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Denise René : "Je ne cherche pas comment l'œuvre est faite, je l'accepte telle qu'elle m'est donnée"

Denise René, galeriste, pose le 5 novembre 2003 à Paris dans sa galerie devant une peinture de Soto.
Denise René, galeriste, pose le 5 novembre 2003 à Paris dans sa galerie devant une peinture de Soto.
© AFP - François Guillot

2001. A l'occasion de l'exposition "Denise René, l'intrépide.Une galerie dans l'aventure de l'art abstrait (1944-1978)" au Centre Pompidou en 2001, "Peinture fraîche" propose un entretien avec la galeriste qui revient sur l'histoire de sa galerie et sa rencontre fondatrice avec l'artiste Victor Vasarely.

Femme de gauche, signataire du manifeste des 121, Denise René ouvre sa galerie qu'elle met au service tout d'abord de l'art abstrait en 1945, après avoir rencontré au Flore Victor Vasarely. Son aventure est sans équivalent, fondée sur la présentation des pionniers de l'abstraction du XX° siècle, sur la défense des plus grands artistes de l'art géométrique et de l'art cinétique de l'après-guerre. Son exposition "Le Mouvement" en avril 1955 qui a réuni les fondateurs de l'art en mouvement (Calder, Duchamp) et les artistes de la nouvelles génération (Agam, Soto, Tinguely) fait partie désormais de l'histoire de l'art du XX° siècle.

En France, il y a toujours eu un très grand refus de l'avant-garde. C'est une tradition, on pourrait dire ! Denise René

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Elle raconte sa rencontre avec Victor Vasarely alors publicitaire qui souhaitait créer une école d'art à l'image du Bauhaus. L'idée de la galerie est née de cette rencontre : "A la Libération, tout était possible, toutes les aventures, toutes les ouvertures, toutes les découvertes!"

André Breton m'a dit, en se promenant dans l'exposition Vasarely : "Les surréalistes auraient-ils trouver un nouveau peintre ?" Mais ça n'a pas été plus loin.

"Peinture fraîche" sur les pionniers de l'abstraction avec la galeriste Denise René, diffusion du 04/04/2001.

55 min

La galeriste se souvient de l'exposition de 1955, "Le mouvement", initiée par Vasarely et qui "a été un événement incroyable, toute la presse en a parlé".

Dans le milieu de l'art, on ne discute plus de la figuration ou non-figuration, de la place de l'abstraction. Elle existe, elle est totale. C'est parallèle à la figuration. Pour moi, c'est une grande ouverture sans fin et le cinétisme l'élargit. Denise René

Denise René parle des œuvres d'art qui lui plaisent et tente de définir les raisons qui font qu'une œuvre l'intéresse ou non. "C'est indéfinissable. C'est un ensemble. C'est un apport de forces et de sensibilités mêlées. Elle doit apportée un univers nouveau, de l'inattendu, et de l'émotion", estime-t-elle. Elle renchérit, "la qualité c'est aussi quelque chose de très indéfinissable".

Je ne cherche pas comment l'œuvre est faite, je l'accepte telle qu'elle m'est donnée, si elle est bonne, si elle est valable, si je l'accepte en tant qu'œuvre de qualité. Mais le système ne m'intéresse pas du tout. Denise René

Cet entretien hommage et aussi l'occasion d'entendre la voix de l'artiste cinétique Victor Vasarely à travers différentes archives.

La hiérarchie des valeurs n'a aujourd'hui plus cours pour la simple raison qu'on ne peut pas fixer la beauté comme une constante définitive.  L'homme qui évolue, qui change au point de vue goûts, coutumes et surtout notre environnement qui est devenu différent à ce qu'il était dans le passé, excluent qu'on puisse parler de la survie éternelle des grands styles. Bien entendu, ce qu'on appelle la "grande culture" continue à avoir sa valeur éducative mais je crois qu'il faut vivre dans son temps, créer le propre style de notre temps et modifier constamment les préférences. Victor Vasarely

On est d'abord l'élève de quelqu'un, suiveur éventuellement puis on trouve son propre chemin et à partir de ce moment, on cherche à créer son propre vocabulaire, son propre langage. Victor Vasarely

Victor Vasarely estime que la multiplicité des œuvres d'art avec la même qualité permet aux œuvres d'être enfin "accessibles".

Ainsi va s'ouvrir pour le grand public une période de démocratisation de l'art qui à mon avis va de paire avec cette promotion industrielle, technologique qui caractérise le monde d'aujourd'hui.

À lire : Victor Vasarely : "Petit à petit, j'ai dégagé deux formes : le rond et le carré"

  • "Peinture fraîche"
  • Première diffusion le 04/04/2001
  • Producteur : Jean Daive
  • Réalisation : Clotilde Pivin