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Denise René, militante de l'abstraction

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Denise René, galeriste, pose le 5 novembre 2003 à Paris dans sa galerie devant une peinture de Soto.
Denise René, galeriste, pose le 5 novembre 2003 à Paris dans sa galerie devant une peinture de Soto.
© AFP - François Guillot

Hommage la galeriste pionnière de l'art abstrait géométrique.

"Denise René n’est pas une marchande de tableaux, c’est une militante. ", a un jour affirmé Jean Cassou, ancien conservateur en chef du Musée d’Art moderne.

Agée de 99 ans, la militante s'est éteinte ce 9 juillet. Jeune modiste à l'aube de la Seconde guerre mondiale, elle avait décidé de transformer la boutique qu'elle tenait avec sa soeur, en galerie d'art , suite à sa rencontre avec Victor Vasarely . Début d'une longue aventure dans la sphère des arts géométriques et cinétiques qu'elle aura défendus toute sa vie.

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Denise René
Denise René
© Reuters

Non contente d'être une ardente militante de l'abstraction, Denise René se revendiquait antifigurative, et avec opiniâtreté. A tel point qu'Andy Warhol, qui souhaitait réaliser son portrait, s'est vu opposer un refus catégorique. En 2001, elle répondait à Elizabeth Gouslan (Libération ), qui l'interrogeait sur ce choix de l'antifiguratif : "A la Libération, Matisse, Picasso, Braque, ces vedettes sont des vedettes incontournables et qui étaient adulées par la jeune peinture. Je voulais trouver une autre direction. Je me suis tournée vers le constructivisme russe, les suprématistes, qui n’étaient pas suivis en France."

Elle disait vouloir "sortir des sentiers battus ". Mais celle qui n'avait jamais fait d'études et avait hérité son appétence artistique de son père collectionneur, y avait-elle jamais mis les pieds ? Suivant son instinct, les yeux grands ouverts sur cet univers artistique en mouvance, elle avait fait ses débuts de galeriste en exposant Vasarely, en 1944, révélant l'artiste (qu'elle avait rencontré au Flore  en 1939) derrière le publicitaire qu'il était alors. Puis, Denise René n'a pas tardé à exposer Jean-Michel Atlan, dès lors fermement décidée à se spécialiser dans l’art géométrique construit et boudant définitivement l’art lyrique, "la chaude ", pourtant très en vogue à cette époque : "J’ai donc choisi la construction, mais mêlée à la sensibilité qui est indispensable dans une œuvre d’art, sinon ça n’est que de la décoration .", confiait-t-elle à Henri François Debailleux, dans Libération , le 22 avril 2001.

Rue de la Boétie, son ancien petit espace de mode devenu galerie fut bientôt un endroit incontournable - notons qu'en 1943, il avait même accueilli quelques figures de la Résistance -. En 1946, on y expose les oeuvres avant-gardistes de Dewasne, Hartung, Poliakoff, puis celles des Danois Jacobsen et Mortensen. Ces deux peintres lui rendent d'ailleurs la pareille, aidant Denise René à faire connaître les artistes de sa galerie dans leur pays. C'est un succès, et la "papesse de l'art abstrait " n'a alors de cesse de faire circuler ses expositions, soucieuse de conférer à ses artistes une nouvelle visibilité. Et ce d’autant plus que l’art qu’elle défend est alors relativement déconsidéré en France, souvent perçu comme trop construit, trop froid. Qu'importe, Denise René ne change pas de cap, et ce même lorsque la galerie est déficitaire, dans les années 50.

Au micro de Xavier Martinet, écoutez Jean-Paul Ameline, qui en 2001, avait rendu un hommage à Denise René au centre Pompidou à travers l’exposition "Denise René, l’intrépide." :

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Effectivement, d'emblée, Denise René, qui ne souhaite pas se limiter à la vente et à l'achat de tableaux, signe de premiers contrats avec les peintres (Deyrolle et Dewasne, en 1946), qui perçoivent des mensualités de la galerie. Ce sont là les prémices de sa fameuse "écurie " d'artistes.

L'année 1961 voit Denise René dévoiler au public son nouvel "op art ", du Groupe de recherche d’art visuel (Grav). En France, elle cherche alors à répandre et théoriser cet "art optique ".

Interviewé par Xavier Martinet, Julio Le Parc, fondateur du Grav, qui avait rencontré Denise René en 1958 : 

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Celle qui a lancé Herbin, encouragé Mondrian, exposé Sonia Delaunay, Kandinsky, Max Ernst, Arp, Marcelle Cahn…, et qui s'exclamait volontiers "A Beaubourg, je me sens, comment dire, à la maison ! ", tenait fidèlement son stand à la FIAC. L'édition 2011 l'avait même vue se faire décorer de la Légion d'honneur par Frédéric Mitterrand .