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Depuis #NousToutes, "une prise de conscience de la société" sur les violences faites aux femmes

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Le collectif #NousToutes organise ce samedi 23 novembre 2019 sa 2e marche contre les violences sexistes et sexuelles. En 2018, 60 000 personnes dont beaucoup de jeunes s'étaient rassemblées en France (ici dans le cortège parisien).
Le collectif #NousToutes organise ce samedi 23 novembre 2019 sa 2e marche contre les violences sexistes et sexuelles. En 2018, 60 000 personnes dont beaucoup de jeunes s'étaient rassemblées en France (ici dans le cortège parisien).
© Maxppp - Christophe Morin

Il y a un an, #NousToutes organisait le premier défilé d’ampleur en France contre les violences sexistes et sexuelles réunissant 60 000 personnes à travers le pays. Les organisatrices espèrent réunir bien plus de monde ce samedi, après une année riche en mobilisations contre ces formes de violences.

En 2018, la première marche #NousToutes a sans doute été le premier pas d’une impulsion jamais connue jusqu’ici en France. 60 000 personnes d’après les organisatrices, 32 000 d’après les autorités, avaient défilé couvertes de violet, couleur symbolique des féministes, dans les rues de l’Hexagone. Ce samedi, le collectif organise sa deuxième marche à partir de 14h, place de l'Opéra à Paris, et s’attend à une mobilisation bien plus importante. Car depuis un an, si les dispositifs pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles manquent toujours, certaines avancées sont notables, avec notamment une réelle prise de conscience de la société. Une vague féministe qui s’étend bien au-delà de nos frontières.

Les associations se donnent de la visibilité

Avec la naissance du mouvement #MeToo en octobre 2017, la société s’est emparée un peu plus de la question des violences sexuelles et sexistes. Mais il a fallu attendre l’arrivée de #NousToutes pour qu’elle soit au centre des débats dans notre pays. Depuis un an, le collectif, ainsi que de nombreuses associations ont occupé une place qui leur était peu accordée jusqu’alors.

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À plusieurs reprises en 2019, des manifestations ont été organisées en France contre les féminicides et les violences conjugales. Le 6 juillet, des centaines de personnes se sont par exemple rassemblées à Paris pour réclamer des mesures d’urgence contre les violences faites aux femmes. En septembre, #NousToutes a dénoncé le 100e féminicide en se réunissant place du Trocadéro à Paris. Depuis plusieurs mois, le collectif Collages Féminicides affiche dans les rues des messages pour dénoncer les meurtres conjugaux. Puis, en octobre, les FEMEN ont défilé torse nu, les noms des victimes de féminicides peints sur le corps. 

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Une prise de conscience, en particulier des plus jeunes

Sur les réseaux sociaux aussi, les actions se sont multipliées. #NousToutes y a par exemple diffusé quotidiennement des messages contre les violences sexistes et sexuelles. Depuis fin janvier 2019, chaque nouveau féminicide, comptabilisé par le collectif bénévole Féminicides Par (Ex) Compagnons, a été annoncé, avec une interpellation systématique du président de la République, l’appelant à agir de toute urgence.

Une présence dans l’espace public et en ligne pour alerter l’opinion mais pas seulement. "Depuis un an, vous avez entendu parler de nous parce que nous avons fait de l’éducation populaire__", affirme Fatima Benomar, membre de #NousToutes. Et les réseaux sociaux "fonctionnent très bien" selon la militante. La page #NousToutes compte plus de 112 000 abonnées et abonnés sur Instagram, elles et ils sont environ 71 500 sur Facebook et 24 500 sur Twitter. Ces chiffres révèlent à quel point la jeunesse s’est appropriée le combat, Instagram étant un réseau plébiscité par les plus jeunes, bien au-delà de Facebook et Twitter. 

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Il y a un renouvellement générationnel qui est très impressionnant. L’an dernier, la manifestation était très jeune, je pense que celle d’aujourd’hui le sera aussi. Il y a une vraie prise en main du flambeau par cette génération. Elle s’intéresse à des podcasts, à des écrits théoriques, féministes et a déjà un champ lexical que je trouve absolument fascinant ! Les jeunes connaissent très bien les enjeux et les problématiques aujourd’hui.                          
Fatima Benomar, membre du collectif #NousToutes 

Anaïs Leleux, qui elle aussi a rejoint #NousToutes, confirme : "100 comités jeunes ont été créés dans les lycées, les universités, la mobilisation est massive". 

La génération climat, qui a fait grève tous les vendredis contre le changement climatique, a pris conscience de son pouvoir, de son impact et de son envie de se mobiliser. On voit vraiment que la jeunesse est encore plus mobilisée, c’est phénoménal ! Des collégiennes nous écrivent en nous demandant comment elles peuvent agir, c’est très fort pour nous. Et en même temps, cela montre bien que dès le plus jeune âge, elles sont déjà victimes de sexisme, de violences sexistes et qu’elles n’ont pas envie de subir cela toute leur vie.                          
Anaïs Leleux, du comité de pilotage de #NousToutes

Pour la militante, la prise de conscience s’étend bien au-delà des jeunes. "Il y a un changement radical en cours, la société prend conscience que ces violences sont massives. L’an dernier, nous étions 60 000 dans les rues. Cela a été la mobilisation la plus importante historiquement contre les violences faites aux femmes. Cette année, nous savons que nous serons encore plus. Je pense que la mobilisation sera phénoménale, historique"__, avance Anäis Leleux.

L’évolution des médias

Des avancées sont notables dans les médias également. Depuis la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, les citations liées aux violences faites aux femmes ont augmenté de plus de 190% note l’AFP, citant les chiffres de l’institut Press’edd. Plusieurs médias ont publié des dossiers sur le sujet, comme Le Monde qui a mobilisé une douzaine de ses journalistes pour enquêter sur les féminicides en France. Plusieurs services de vérification de l'information ont répondu aux questions récurrentes comme le nombre précis de féminicides (par AFP Factuel) ou ce nombre augmente-t-il ? (par Libération).

Le vocabulaire aussi a évolué, le terme "féminicide" étant de plus en plus souvent employé dans les médias et remplaçant les mal nommés "crimes passionnels" ou "drames familiaux". Si le mot n’est aujourd’hui pas reconnu dans le droit français, la procureure d’Auch (Gers) l’a employé lors d’une conférence de presse, après la mort d’un couple fin août 2019. L’association ONU Femmes vient d’ailleurs de lancer une campagne sur les réseaux sociaux pour demander la reconnaissance du terme "féminicide" dans le droit français. 

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De nouvelles mesures insuffisantes pour #NousToutes

En novembre 2017, l’égalité femmes-hommes a été érigée "grande cause du quinquennat" par le président Emmanuel Macron. S’en était suivie une série de mesures : plateforme de signalement des violences sexistes et sexuelles en ligne lancée en octobre 2018, campagne de communication d’un montant de 4 millions d’euros... Et l'entrée en vigueur de la loi Schiappa en août 2018, qui a notamment mis en place le délit d'outrage sexiste, pour lutter contre le harcèlement sexiste dans la rue et les transports. En un an, 713 contraventions ont été dressées pour outrage sexiste. Jusqu’au lancement d’un Grenelle contre les violences conjugales le 3 septembre 2019 pour une durée de trois mois. À la veille de l’ouverture du Grenelle, les associations disaient attendre "un plan Marshall" contre les violences faites aux femmes. Les conclusions seront connues lundi, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Ce n’est pas tout de se poser en Président féministe, encore faut-il être à la hauteur. Et aujourd’hui, ce n’est pas le cas.                          
Anaïs Leleux, membre du collectif #NousToutes

44 min

Autre fait notable en politique, le vote en octobre dernier par l’Assemblée nationale à la quasi-unanimité d’une proposition de loi du député Les Républicains Aurélien Pradié prévoyant notamment la mise en place d’un bracelet électronique anti-rapprochement pour les auteurs de violences conjugales. Le texte avait été soutenu par le gouvernement. Le Sénat l’a également approuvé début novembre mais le scrutin a été boycotté par les élus de gauche dont les amendements avaient été rejetés.

Récemment, la ministre de la Justice a reconnu des dysfonctionnements en matière de lutte contre les violences conjugales suite à un rapport de l’Inspection générale de la justice.  Des défaillances que le président de la République avait pu constater lui-même lors d’une visite au centre d’appels du 39 19, dédiés aux femmes victimes de violences. Emmanuel Macron avait pu entendre un gendarme refuser d’accompagner une femme victime de violences conjugales au domicile familial. 

Pour Fatima Benomar, de #NousToutes, ces événements ont permis au gouvernement d’évoluer dans sa posture. 

Quand le gouvernement a lancé le Grenelle, toute la communication était sur le 39 19 et les femmes qui ne porteraient pas plainte. Avec le rapport de l’Inspection générale de la justice, on voit que les démarches n’ont pas d’effet : les enquêtes préliminaires sont rarement lancées, les victimes sont auditionnées mais pas les auteurs… Lorsqu’Adèle Haenel disait qu’elle ne porterait pas plainte, Nicole Belloubet lui conseillait d’aller en justice. Quelques semaines plus tard, la ministre est obligée de faire son mea culpa suite à la publication d’un rapport.

Le collectif demande notamment cette année de mettre l'accent "sur la prévention et l'éducation", avec "un brevet de la non-violence à l'école, sur le modèle de l'attestation de sécurité routière." La formation des professionnels dans les secteurs de la santé, de la justice, de la police, de la gendarmerie est aussi nécessaire pour prendre en charge les victimes de violences sexistes et sexuelles. 

En parallèle des mesures qui seront annoncées lors du Grenelle, les associations réclament des moyens conséquents pour éradiquer les violences faites aux femmes.

Et ailleurs dans le monde, quelles actions ?

En Argentine, les rassemblements sont massifs chaque année contre les violences conjugales, sous le slogan "ni una menos" (pas une de moins). Ici à Buenos Aires, le 3 juin 2016
En Argentine, les rassemblements sont massifs chaque année contre les violences conjugales, sous le slogan "ni una menos" (pas une de moins). Ici à Buenos Aires, le 3 juin 2016
© AFP - Eitan Abramovich

L’Espagne est régulièrement citée comme exemple en Europe pour sa politique de lutte contre les violences faites aux femmes. Une loi adoptée en 2004 sous le gouvernement de Jose Luis Zapatero a permis la création d’une centaine de tribunaux et d’un parquet spécialement dédiés à ces violences. Un système de bracelets électroniques pour les auteurs de ces violences existe également. Un budget d’un milliard d’euros a également été prévu en 2017 sur cinq ans. En 2003, 71 féminicides ont été recensés contre 48 en 2018. Aujourd’hui, les féministes s’inquiètent de la montée du parti d’extrême-droite Vox, devenu la troisième force politique du pays. Vox jugeait la loi de 2004 "idéologique et discriminatoire  envers les hommes" et réclamait son abolition. 

En Europe, la Convention d’Istanbul, ratifiée par 34 États, impose aux pays signataires de lutter efficacement contre les violences faites aux femmes et violences domestiques. Mais le texte n’évoque pas le terme "féminicide". D’après Stéphanie Wattier, spécialiste en droit et genre et professeure de droit à l'université de Namur en Belgique, citée par l’AFP "l’Italie est le seul État européen à avoir adopté une législation comportant in extenso le terme ‘féminicide’".

" L’Amérique latine semble être devenue depuis plusieurs années un laboratoire de luttes et d’expérimentations féministes", expliquait un article des Inrocks en septembre dernier. 

Les femmes s’étaient notamment rassemblées par centaines de milliers dans les rues d’Argentine dès 2015 en scandant "Ni una menos" (pas une de moins) après une succession de féminicides dans le pays. Très actif, le collectif argentin a notamment appelé à une grève internationale pour la journée de la femme le 8 mars 2017 :

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Mais malgré ces mobilisations de masse qui n’ont cessé depuis, une femme est tuée toutes les 31 heures dans le pays, elles ont été 255 à être assassinées en 2018. 

Le Mexique est le premier pays à avoir adopté une loi reconnaissant le terme féminicide, en 2007. Pourtant, d’après Amnesty international, depuis 2015, 3 366 femmes y ont été tuées en raison de leur genre. Dans la capitale Mexico, la maire Claudia Sheinbaum vient tout juste de déclencher "l’alerte sexiste", qui doit permettre de donner plus de visibilité à l’ampleur des violences sexistes et sexuelles et une réponse coordonnée aux victimes. Ce dispositif existe déjà dans 18 des 32 États au Mexique, explique l’AFP.

En Amérique latine, le féminicide est reconnu comme un crime à part entière dans 14 pays, largement en avance sur la France en la matière.

38 min