Publicité

Derrière le Joker de Batman, le bouffon de Charles VI

Par
Le Joker, l'ennemi juré de Batman, est inspiré de la carte éponyme.
Le Joker, l'ennemi juré de Batman, est inspiré de la carte éponyme.
- DC Comics

Le film "Joker" sort ce jour au cinéma. L'ennemi juré de Batman est inspiré de la carte à jouer du joker. Mais d'où vient-elle ?

C'est la signature d'un des méchants les plus mythiques de l'univers des comics : une carte à jouer laissée là où son crime a été perpétré. Le Joker, némésis de Batman depuis huit décades, a maintenant son propre film. Joker, réalisé par Todd Philipps, sort ce jour en salle. Après les emblématiques Jack Nicholson puis Heath Leadger (on oubliera ici sciemment Jared Leto), c'est au tour de Joaquin Phoenix de prêter ses traits au personnage pour interpréter son "origin story". 

Signes des temps
45 min

Le Joker prendra-t-il ici, son nom, de la fameuse carte à jouer ? Ses créateurs originaux, le dessinateur Bob Kane, le scénariste Bill Finger et l’assistant Jerry Robinson, de leur propre aveu, s'étaient inspirés entre autres, et ce dès le Batman n°1 paru en mars 1940, du jeu de cartes à jouer pour créer le plus vieil ennemi de l'homme chauve-souris. Une carte qui, finalement, n'est pas beaucoup plus vieille que Batman.

Publicité

Aux origines de la carte du Joker 

Les premières itérations du Joker proviendraient du jeu de l'Euchre, qui se développe assez rapidement en Pennsylvanie, aux Etats-Unis, au cours des années 1860. "Dans ce jeu, raconte Gwenël Beuchet, attaché de conservation du patrimoine au Musée français de la carte à jouer d'Issy-les-Moulineaux, il existe deux valets, les valets noirs, de pique et de trèfle, qui sont promus comme plus fortes cartes. Ce sont deux jokers qu’on appelle "Best Bower"."

A mesure que le jeu de l'Euchre se popularise, et avec elle la carte du "bower", le joker apparaît dans un autre jeu : 

On a peu d'éléments sur la carte du joker, mais on sait qu'elle apparaît à la fin du XIXe siècle, notamment dans les jeux de poker, alors qu'elle n'y existait pas au début. La maison Grimaud semble avoir proposé un jeu avec joker dès les années 1890. Ce jeu était destiné à l’exportation. Dessiné par Eugène Grasset, il s’intitule « The Jolly Joker » et représente un valet. Ce modèle sera abandonné par la suite.

Avec une origine liée au jeu d'Euchre, l'étymologie laisse penser que le mot "joker" pourrait être dérivé du mot "bower". Mais il est plus probable que le mot provienne du latin Joccus (une plaisanterie, une facétie) qui a lui-même donné "joke" en anglais. 

Dans le numéro de Detective Comics #168 consacré au Joker, ce dernier explique les raisons de son étrange apparence, cheveux verts et peau délavée. Il use alors de cette étymologie pour justifier ce pseudonyme : "I look live an evil clown ! What a joke on me" ("Je ressemble à un clown maléfique ! Quelle blague !") ; avant d'arguer que puisque ce sont les produits chimiques d'une compagnie de cartes à jouer qui lui ont conféré cet aspect, il allait se renommer d'après la carte avec une tête de clown, celle du Joker : 

Le Joker raconte l'origine de son apparence et de son nom, dans le Detective Comics #168 (1951).
Le Joker raconte l'origine de son apparence et de son nom, dans le Detective Comics #168 (1951).
- DC Comics

L'apparence du joker : le bouffon de Charles VI

En France, la carte du joker n'arrive qu'en 1902, retrace Gwenaël Beuchet : "La régie des cartes autorise la création d’un joker pour le marché français à la demande de la maison Fossorier & Amar. Ce premier joker français est dessiné par Bellery-Desfontaines et représente le fou de Charles VI, Haincelin-Coq".

Le "Joker" inspiré de Haincelin-Coq, d'après le fou de Charles VI, par  Bellery-Desfontaines, dans " Le Vieux Montmartre. Société d'histoire et d'archéologie des IXe et XVIIIe arrondissements"
Le "Joker" inspiré de Haincelin-Coq, d'après le fou de Charles VI, par Bellery-Desfontaines, dans " Le Vieux Montmartre. Société d'histoire et d'archéologie des IXe et XVIIIe arrondissements"
- Gallica - BNF

Le choix du fou de Charles VI est directement lié au fou du jeu de tarot conservé à la BnF : Bellery-Desfontaines s'inspire ainsi de la figure du fou de ce jeu de tarot qui était autrefois considéré, à tort, comme issu d'une commande de Charles VI.

Le joker s'inspire donc du "fol", une carte du tarot qui deviendra par la suite l'Excuse du tarot à enseignes françaises (pique/cœur/carreau/trèfle), qui figure traditionnellement une sorte de bouffon, ou du Mat du tarot à enseignes latines (coupe/épée/bâton/denier). La figure du bouffon du roi, ou joker, s'impose petit à petit dans les jeux de cartes, et la carte se généralise quant à elle pour des raisons de praticité d'édition  : 

Les différents usages se sont sans doute développés parce que l’impression des cartes à jouer en planche laissait des espaces vides utilisés pour des cartes supplémentaires : cartes titres, cartes de règles, cartes publicitaires, cartes blanches… et jokers. Gwenaël Beuchet

Les apparences du Joker se multiplient d'autant plus rapidement que dans l'univers des jeux de cartes, où les figures se ressemblent toutes, elles sont l'occasion pour les différentes maisons d'édition de marquer leur différence. A mesure que la carte apparaît dans les jeux, on lui confère plusieurs usages : elle permet de réaliser des combinaisons spéciales, elle est la carte la plus forte et, surtout, peut remplacer n'importe quelle carte, prenant alors le rôle de "wild card". Le rôle même que s'attribue la némésis de Batman, le Joker. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.