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Derrière les photos anciennes qui bougent, une entreprise israélienne et des questions éthiques

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Les trois cofondateurs de D-ID (dont un par vidéo conférence) devant une démonstration de Deep Nostalgia, une intelligence artificielle capable d'animer les vieilles photos.
Les trois cofondateurs de D-ID (dont un par vidéo conférence) devant une démonstration de Deep Nostalgia, une intelligence artificielle capable d'animer les vieilles photos.
© Radio France - Frédéric Métézeau

L'entreprise israélienne MyHeritage, spécialisée dans la généalogie et le décodage de l'ADN, a connu un succès mondial en permettant de faire bouger des photos. Derrière ce phénomène, une autre startup israélienne spécialisée dans le deep learning, D-ID, et des questions éthiques.

Le décor est déroutant. Dans une tour moderne sur le boulevard Rothschild, en plein coeur de Tel Aviv, les locaux de l'entreprise israélienne D-ID sont une sorte de reconstitution de club anglais, de salon viennois et de locaux post-industriels prisés des entreprises de nouvelles technologies. Les lieux sont presque déserts, ici il n'y a pas d'horaires et le télétravail est une habitude qui date d'avant le coronavirus.

Comme souvent en Israël, l'aventure a commencé à l'Armée, raconte Gil Perry, l'un des trois cofondateurs : 

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C'est une longue et belle histoire. Tous les trois, nous étions dans les services de renseignements militaires israéliens et cela nous a permis de comprendre avant les autres, les risques et les conséquences des technologies de reconnaissance faciale. Nous avons réalisé ce que les gouvernements faisaient, nous avons entrevu le futur, c'est-à-dire maintenant, et on n'a pas aimé ce qu'on a vu. Nous avons compris que ce serait la fin de la vie privée et qu'on allait perdre le droit à l'intimité.

Après le traditionnel voyage à l'étranger post-service militaire, les trois comparses ont créé D-ID, il y a quatre ans. A l'époque, la petite entreprise proposait aux professionnels de bloquer la reconnaissance faciale de photos et vidéos diffusées sur internet, les réseaux sociaux ou les applications de vidéo-conférence utilisées en masse depuis le début de la pandémie. Il suffisait pour cela de modifier informatiquement quelques points du visage, sans que l'oeil humain ne repère quoi que ce soit, pour piéger les logiciels. 

Aujourd'hui, Deep Nostalgia, qui colorise et donne vie aux photos en les faisant bouger, est un dérivé de cette technologie. "C'est la partie émergée de l'iceberg. Cela permet aux gens de se connecter au passé, aux êtres chers. Je l'ai utilisé sur des membres de ma famille et c'était très émouvant" se souvient Gil Perry, qui affirme que seules des expressions de visages bienveillantes et sympathiques animent ces visages venus du passé. Les dirigeants expliquent qu'ils veulent ainsi éviter tout détournement belliqueux ou haineux de photos.

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L'ambition de devenir un nouveau Pixar 

Joli ? Utile ? Intéressant ? Le PDG de l'entreprise ne se pose pas vraiment de questions esthétiques : "Ecoutez, je ne viens pas du monde de l'Art, je viens du "deep learning", l'apprentissage profond, et j'ai aimé ce que j'ai vu. On savait que ce serait un grand succès mais on n'était pas prêts à ce que ça aille si vite !" En effet, pendant plusieurs jours, Deep Nostalgia a été l'application la plus téléchargée au monde.

A présent, D-ID développe une nouvelle technologie : il suffit de prendre la photo d'une personne, un texte dans n'importe quelle langue et la photo se met à réciter le texte avec une voix de synthèse. Devant nous, on découvre un journal télévisé en japonais ou bien encore... Gil Perry qui prononce un discours. Sauf que "je n'ai jamais prononcé ce discours. Jamais !" explique-t-il en souriant. Cette technique encore naissante doit encore être perfectionnée mais elle nécessite beaucoup moins d'employés que l'animation. A terme, certains journalistes "réels" pourrait être remplacés par des logiciels. L'Israélien ne s'en cache pas : "Nous avons l'ambition de devenir l'équivalent de Pixar et de fournir un ensemble de solutions pour l'animation basées sur l'intelligence artificielle". D-ID ne compte que 24 salariés pour le moment "mais on recrute en permanence et nous recherchons des investisseurs. Le français Axa nous a fait confiance par exemple." 

Tout au long de ce discours, à rebours d'une certaine frange de la tech israélienne spécialisée dans la surveillance et la sécurité, Gil Perry insiste sur le respect de la vie privée et la protection des données. Il assure que D-ID, en devenant leader du secteur, saura imposer des règles de bonne conduite même si ce genre de technologie peut être utilisée à de mauvaises fins : "Oui, mais cette technologie est là et on ne pourra pas l'arrêter. Que se passera-t-il si ça tombe aux mains des terroristes ? Eh bien... Chaque grande création qui a changé le monde apporte de bonnes choses et de mauvaises. Nous, on est les bons gars de l'intelligence artificielle." Ce qui ne lève pas toutes les questions à propos de My Heritage, leur client et partenaire qui a permis à D-ID de réaliser un coup mondial est épinglé pour son opacité dans la collecte des ADN.

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