Des designers inventent des enseignes de commerce autosuffisantes en énergie

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Des designers inventent des enseignes de commerce autosuffisantes en énergie

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Carotte de tabac, croix de pharmacie, lunettes d'opticien... deux jeunes designers réinventent ces enseignes commerciales pour en faire des enseignes autosuffisantes en électricité.

Et si on débranchait les enseignes lumineuses énergivores pour les remplacer par des enseignes autosuffisantes et écolo ? C'est l'idée de deux designers, Cécile Canel et Jacques Averna, pour lutter contre le gaspillage d'énergie et la pollution lumineuse.

Cécile Canel, designer : "Il y a beaucoup d'objets techniques qui pourraient fonctionner avec des petites astuces mécaniques pour se couper un peu de l'électricité. On se plaît à croiser les univers, à aller chercher un peu du côté des jouets articulés ou bien des œuvres d'art, carrément."

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Réduire la facture énergétique des commerces, c'est que proposent ces deux créateurs. Ils ont imaginé des solutions pour produire des enseignes qui fonctionnent sans électricité. Des solutions qu'ils présentent cet été 2021 à la villa Noailles, à Hyères.

Jacques Averna, designer : "La croix de pharmacie, par exemple, c'est une tôle d'acier poli miroir, qui est découpée et pliée Elle va tourner et faire un mouvement cinétique un peu hypnotisant. Grâce au miroir, elle va refléter la lumière de la ville." 

Malgré une loi de 2018 qui interdit l'éclairage des enseignes entre 1h et 6h du matin, beaucoup de commerces laissent encore leur enseigne allumée. Une consommation de 1 000 gigawatts par heure, soit l'équivalent de la consommation de 370 000 foyers en France.

Cécile Canel : "Il y a une citation  de Bruno Munari, qui est un designer italien, qui a dit que l'artiste devait descendre de son piédestal et daigner concevoir l'enseigne du boucher. On l'a pris un peu à la lettre et on est parti dessiner des enseignes comme ça."

À réécouter : Une histoire lumineuse
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Jacques Averna : "Dans le monde du design à proprement parler, ce n'est pas un geste de designer que de faire une enseigne, comme ça peut l'être de faire une chaise ou un canapé. On aime bien aller explorer des domaines qui sont à la fois très visuels, très attractifs et qui sont partout dans notre quotidien. Des domaines qui, pour autant, sont un peu des champs délaissés du monde du design."

Un design ludique et interactif

Après la croix de pharmacie, ils ont aussi conçu d'autres enseignes en reprenant leur forme mais en les réinterprétant de manière ludique et ingénieuse.

Cécile Canel : "On a dessiné une très jolie carotte de tabac qui tourne avec le vent. Elle est composée de deux tôles d'acier thermolaquées. Elle tourne comme une petite éolienne, avec la possibilité de s'auto-éclairer comme des roues de vélo qui émettent des flashs avec des aimants."

Durant leurs recherches, ils ont aussi imaginé des sources d'énergie surprenantes, faisant même parfois intervenir la force humaine.

Cécile Canel : "On va pousser la porte et tirer un câble qui va faire cligner l'enseigne de l'œil à chaque passage."

Jacques Averna : "Ça a donné lieu à beaucoup de blagues, de recherches qu'on a faites ensemble. Par exemple, l'enseigne d'un poissonnier où à chaque fois qu'un client rentre, la canne à pêche tire un poisson ou un sex-shop avec des seins qui tournent à chaque fois qu'un client passe la porte, même si normalement, il faudrait être discret pour faire ça."

Vers une production à plus grande échelle

Si des commerçants séduits ont déjà passé commande, les deux designers aimeraient passer à une échelle industrielle, en utilisant des matériaux accessibles et bon marché.

Jacques Averna : "Parfois, il vaut mieux prendre un matériau un peu sale, mais qui va durer 30 ans que de prendre un matériau très propre, mais qui va endurer, qui va durer deux mois."

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Cécile Canel : "Il y a un vrai enjeu aussi de recyclabilité. Il y a beaucoup de matériaux innovants dont la filière recyclage n'est pas du tout au point encore, alors qu'il y a des matériaux industriels qui se recyclent très bien. Et si l'objet est bien conçu, il est tout à fait recyclable. 

Outre l'aspect écologique, les deux créateurs aimeraient réimaginer les objets fonctionnels du quotidien, pour les intégrer à une esthétique urbaine harmonieuse.

Cécile Canel : "On aimerait beaucoup faire des chaises de bistrot, des lampadaires et surtout des blocs de climatisation."

Jacques Averna : "On a un peu une fixette avec les blocs de climatisation. En France, ça va parce qu'il y a des plans locaux d'urbanisme, mais on se rend compte qu'ailleurs, il y a beaucoup de façades Renaissance avec des blocs de climatisation accrochés partout sur les fenêtres."

Cécile Canel : "En réalité, il faudrait réfléchir à l'échelle du bâtiment, ce que font quand même certains architectes. Il s'agit de faire circuler de l'air ou refroidir l'atmosphère par des moyens qui sont plus doux, qui ne sont peut-être pas électriques. C'est quelque chose qui se dessine en amont, plutôt que d'essayer de faire des solutions au cas par cas, pièce par pièce, avec des tuyaux dans tous les sens."

En plus de réduire la facture énergétique, la lutte contre la pollution visuelle pourrait aussi avoir un impact positif sur la biodiversité, notamment sur les oiseaux, dont le vol est perturbé par les éclairages nocturnes.

À réécouter : Le nouveau design
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