Publicité

Des femmes dans la ville

Par
 Le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun met en scène le combat d’une mère pour offrir un avenir meilleur que le sien à sa fille
Le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun met en scène le combat d’une mère pour offrir un avenir meilleur que le sien à sa fille
- Crédit Image : Pili Films, Mathieu Giombini

Rencontre inattendue, sur le grand écran de la compétition cannoise, entre deux cinéastes qu’a priori tout éloigne : le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun et le Norvégien Joachim Trier proposent tous deux, avec Lingui, les liens sacrés et Julie (en 12 chapitres), de très beaux portraits de femmes.

C’est tout l'intérêt du Festival de Cannes : par-delà les continents, sa compétition est le lieu de rencontres et de dialogues inattendus entre des films et des cinéastes qu'a priori tout sépare. Quoi de commun entre le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun et le Norvégien Joachim Trier ? Ils filment tous deux des parcours de femmes, à la fois emblématiques et singulières, et leur inscription dans la ville. Dans Lingui, les liens sacrés, l'éphémère Ministre de la Culture de son pays, déjà distingué à Cannes d'un prix du Jury en 2010 pour Un homme qui crie, et qui de films en films a figuré les blessures des décennies de guerre civile qui ont meurtri le Tchad, s'attache pour la première fois à des héroïnes, une mère et sa fille, qui résistent au patriarcat et à l'hypocrisie en s'inscrivant dans ce qui apparaît comme une société secrète et souterraine, une sororité clandestine qui seule empêche la société tchadienne de se désagréger. Le film recèle de magnifiques déambulations errantes dans les faubourgs de N’Djamena, qui font de lui bien plus qu'un film dossier sur l'avortement et l'excision. Une femme dans la ville, c'est aussi ce que filme Joachim Trier dans Julie (en 12 chapitres), relecture solaire et ludique du beaucoup plus sombre Oslo, 31 août, qui l'avait fait découvrir ici-même à Cannes il y a tout juste 10 ans. Avec cette histoire, qui commence comme un Woody Allen et s'achève comme un Bergman, d'une trentenaire qui cherche sa place dans la vie (sujet majeur de tous les films du Norvégien), Joachim Trier révèle à l'écran une magnifique actrice, Renate Reinsve, retenez bien ce nom, pas impossible qu'on en reparle au moment du palmarès...

Horreur à la récré

A Cannes, il n'y a pas que des abonnés, il y a aussi de grandes découvertes. C'est le cas d'une jeune cinéaste belge, Laura Wandel, qui présente Un monde dans la section Un Certain Regard, recentrée cette année sur la mise en valeur d’œuvres audacieuses de cinéastes encore peu connus. C'est une plongée immersive, et pour tout dire cauchemardesque, dans une cour d'école. Une petite fille y découvre le harcèlement dont est victime son grand frère, et son impuissance à l'aider. En probable disciple des frères Dardenne, en ne quittant jamais le point de vue de son héroïne, en sondant ce qu'il peut y avoir, dès l'enfance, de pire, mais aussi de plus noble, en l'être humain, Laura Wandel signe un grand film. Là encore, c'est quelqu'un dont on n'a pas fini d'entendre parler..

Publicité