Quand un câlin fait du bien
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Câlin à un inconnu : notre besoin d'étreinte

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Des free hugs aux baisers à 5 francs : notre besoin d'étreinte

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Avec la distanciation sociale, beaucoup souffrent de l'absence d'étreinte. Ils éprouvent ce que les Anglais appellent "skin hunger", ce viscéral besoin physique et affectif. Des free hugs aux baisers d'Orlan, retour en archives sur ceux qui ont comblé ce besoin, même avec des inconnus.

Être simplement pris dans les bras. Un câlin, une étreinte. Même pas sexuelle. Juste un contact enveloppant. Celles et ceux qui n'ont pas été étreints depuis des semaines ou des mois savent la douleur physique de cette absence, d'autant plus sensible en ces temps de distanciation sociale. “C’est formidable, vous pouvez pas savoir le plaisir que ça fait !” Témoignait une victime de "free hugs", de câlins gratuits sous la Tour Eiffel en 2007.  Revenons sur quatre expériences qui ont voulu répondre à la nécessité physique, sociale, affective, de se prendre dans les bras, quitte à ce que ce soit avec des inconnus. 

51 min

1. Les free hugs 

Le premier “free hug” répertorié vient d’un centre commercial australien. Un étudiant se sentait seul et étranger dans sa ville natale. Dans un mall de Sydney, il propose, avec une pancarte, de donner des câlins gratuits. Ses vidéos deviennent virale, le phénomène se diffuse aux Etats-Unis, en Europe, en Asie, à partir de 2006. Depuis, les free hugs ont envahi nos rues et nos festivals, devenant aussi parfois une mode marketing utilisée pour défendre une cause, comme celle des agriculteurs bretons en 2015. Avec leur "commando bisou", ils veulent sensibiliser à l'attractivité de leur métier.  

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2. La câlinothérapie

Mais le besoin de toucher, d’étreinte, relève aussi d’un ressort plus profond. "Ça permet de transmettre un peu d’amour et je pense qu’il y a pas mal de gens aujourd’hui qui en manquent", témoigne un faiseur de câlins gratuits sous la Tour Eiffel. En anglais, on l’appelle la “skin hunger”, littéralement la “faim de la peau”. Plus qu'une simple impression de manque, il s'agit d'une réaction neurologique. 

Céline Rivière, psychologue et autrice de Câlinothérapie (Michalon, 2015), France 3, 2015 : "On sait que les prématurés s’en sortent beaucoup mieux lorsqu’ils sont câlinés. L’hormone du bonheur, l'ocytocine, qui est aussi l’hormone de l’attachement. C’est une hormone qui est extraordinaire puisque ça permet de libérer beaucoup de bien être, de la confiance en soi." 

Patricia Delahaie, sociologue : "C’est ce qu’apporte le câlin. Le sentiment d’être aimé, mais aussi le sentiment d’appartenir à une famille, et plus largement, à une communauté humaine. Ce sont des moments où on est ensemble."

3. La gourou de l'étreinte

Le câlin a aujourd’hui ses thérapeutes, sa journée internationale, mais aussi ses gourous. Certains sont prêts à patienter des heures pour ressentir cette chaleur humaine. Amma, gourou indienne, fondatrice de l’ONG “Embracing he world”, enlace près d’un million de personnes chaque année dans le monde.

4. Une performance artistique 

L’étreinte peut être une performance de rue, une expérience spirituelle. Mais embrasser des inconnus peut aussi devenir une œuvre artistique. En 1977, au Grand Palais à Paris, pas de câlin gratuit, mais un baiser pour 5 francs. Avec sa performance, Orlan veut dénoncer la marchandisation de l’art et du corps des femmes.

Orlan, 1977 : "- Qui n’a pas eu son petit baiser ? 5 francs, 5 francs !
- Un journaliste : Qui êtes-vous ?
- Je suis une femme artiste pute, pour plus de précision.
-Au Grand Palais. À côté des vraies toiles ?
-Mais je suis une vraie toile. Je crée une image. Le baiser c’est pas très très très important. Ce qui compte, c’est l’image. Et l’interrogation qui en découle. Je parle plus que je n’embrasse.
- Et à force d’embrasser n’importe qui…
-N’importe qui ! Mais je suis n’importe qui !
- Vous avez la sensation de leur donner quelque chose ? de leur apporter quelque chose ?
- Ah oui tout à fait, parce que je veux un service vraiment très soigné, très attentif, très artistique.
- Un mécène ! Quelqu’un qui me donne 5 francs et qui ne veut pas de baiser ! "