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"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan
"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan
- nbcfilm

Cannes 2018. Dernière ligne droite du marathon cannois, en attendant le palmarès. Deux déceptions, Un couteau dans le cœur et Ayka, et in fine, un grand film : Le Poirier sauvage, du déjà palmé Nuri Bilge Ceylan.

Chronique Cannes Antoine Guillot - PODCAST

1 min

En fin de Festival, le spectateur assidu est, on ne vous le cachera pas, dans un certain état d'épuisement, et ce n'est donc pas sans une certaine appréhension qu'il voit se profiler certains films, ne serait-ce que pour leur durée : 3h08. Peu de journalistes étaient donc présents hier soir pour découvrir Le Poirier sauvage, pourtant signé d'un des grands cinéastes contemporains, le Turc Nuri Bilge Ceylan, déjà Palme d'or il y a 4 ans avec Winter Sleep. Il faut dire aussi que ledit spectateur épuisé avait déjà subi hier deux déceptions : le dernier film français en compétition, Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez, porté par un véritable buzz, se révélait un assez vain exercice d'admiration et de citation cinéphile, certes plastiquement flamboyant. Celui du Russe Sergeï Dvortsevoy, Ayka, deux éprouvantes et étouffantes heures de souffrance d'une femme filmée en gros plan, avec cette histoire d'une Kirghize abandonnant son nouveau-né dans une maternité moscovite, obligée qu'elle est de travailler immédiatement pour rembourser ses dettes. C'est encore une histoire de dette que nous a proposé ensuite Nuri Bilge Ceylan : un jeune homme retourne après ses études dans son village natal d'Anatolie. Il rêve d'être écrivain, mais les dettes de son père, joueur invétéré, finissent par le rattraper et par brider son rêve. Le film, pourtant très bavard, est passionnant, ne serait-ce que par ce qu'il raconte en creux de la Turquie contemporaine : dénigrement des intellectuels, répression de toute opposition, islamisation de la société, et absence de perspective pour la jeunesse, éduquée ou non. Vu la bonne qualité générale de la compétition cette année, on souhaite bien du plaisir et de la clairvoyance au jury de Cate Blanchett pour établir son palmarès !