Dian Fossey, pionnière de la protection animale

Publicité

Dian Fossey, pionnière de la protection animale

Par

En plein débat sur la cohabitation entre espèces sauvages et humains, voici le portrait d'une icône de la protection animale, Dian Fossey. Reconnue tardivement par ses pairs, cette scientifique engagée a consacré sa vie aux gorilles des montagnes rwandais, avant d'être tuée mystérieusement.

"Femme aux gorilles", icône de la protection animale, scientifique engagée : Dian Fossey a consacré sa vie et sa carrière à étudier et sensibiliser le monde aux gorilles des montagnes. Dénigrée, menacée et attaquée, elle s'est battue pour les protéger jusqu’à son assassinat à 53 ans. Grâce à son travail acharné, les gorilles des montagnes, menacés d’extinction, sont passés de moins de 275 à la mort de Dian Fossey, à plus de 1 000 aujourd'hui.  

Une petite fille solitaire

Née en 1932 en Californie, Dian Fossey grandit avec un beau-père autoritaire. Enfant, à San Francisco, elle est obligée de prendre ses repas seule ; et se prend d’affection pour son unique compagnon à la maison : un poisson rouge.

Publicité

Dian sait d’ores et déjà qu’elle vivra entourée d’animaux. Elle veut devenir vétérinaire mais rate ses examens de physique et chimie et se tourne vers l’ergothérapie.  

Pour son premier travail, elle est embauchée auprès d’enfants autistes. Elle déclarera plus tard que cette expérience l’a aidée à appréhender les gorilles des montagnes.

A 31 ans, Dian rêve de communiquer avec les animaux sauvages, et s’endette à hauteur d’un an de son salaire pour visiter l’Afrique. Sa rencontre avec les gorilles des montagnes la bouleverse. Déterminée à les revoir, elle décroche un emploi en 1961 et s’installe au Rwanda pour les étudier. Pour approcher les gorilles, la scientifique reproduit leur comportement. Elle marche à quatre pattes, grignote des plantes, apprend leurs cris, se gratte...

"La femme qui vit sans homme dans la forêt"

Dian Fossey est surnommée par les Rwandais Nyiramachabelli, soit : "La femme qui vit sans homme dans la forêt". Marie-Claude de Montjoye, professeure au Museum d'Histoire naturelle, se souvient de cette femme si particulière, sur le plateau d'Antenne 2 en 1985 : “Elle était proche d’eux, elle avait les mêmes gestuelles, les mêmes cris, elle était intégrée près des gros mâles, ce qui était difficile. [...] Il est certain qu’elle était retournée à l’état gorille si je puis dire. C’est à dire qu'indiscutablement elle avait de mauvais rapports avec une autre espèce : l’espèce humaine.”

Critiquée par une partie de la communauté scientifique pour son manque de distance critique avec son objet d’étude, elle ne renonce pas à sa proximité avec les primates, avec qui elle vit dorénavant. La chercheuse refuse d’utiliser des tranquillisants pour répertorier les gorilles. Elle réussit à les identifier par leur empreinte nasale, leur donne des noms, passe des heures en leur compagnie pour les observer, les étudier, les comprendre. 

Une scientifique enfin reconnue

Elle finit par gagner la reconnaissance de ses pairs en obtenant un doctorat en zoologie à l’université de Cambridge (Grande-Bretagne), à 42 ans. En janvier 1970, son portrait, photographié par Bob Campbell, paraît en couverture du National Geographic. Dian Fossey devient mondialement connue. Elle est l’une des figures de l’étude du comportement et de la psychologie des singes.

La scientifique utilise sa notoriété pour déconstruire les stéréotypes. Les gorilles ne sont pas les monstres dépeints dans les livres et au cinéma. Eric Baratay, historien des animaux, analyse l'impact de ce qu'elle a su introduire : “Ce retournement d’image est important car il va permettre de reconsidérer les animaux sauvages comme des êtres importants, pour lesquels on ne peut pas faire n’importe quoi. Dian Fossey et d’autres imposent de laisser les animaux vivre tels qu’ils sont parce qu’ils ont une sociabilité, ils ont une intelligence, ils ont une culture.” 

Gorilles dans la brume, son récit autobiographique, raconte ses treize ans de vie avec les primates. C'est un best-seller mondial. Le livre fait l’objet d’une adaptation cinématographique, avec Sigourney Weaver dans le rôle titre. Dian y alerte sur l'importance de la préservation des gorilles, au bord de l'extinction à l’époque.

La jeteuse de sorts contre les braconniers

La primatologue fait alors de la lutte contre les braconniers sa priorité, eux qui revendent les mains et les têtes des gorilles et capturent leurs bébés pour des particuliers. Elle engage une patrouille pour détruire les pièges, intimider et humilier les chasseurs. Elle joue sur leur peur de la magie noire, en leur jetant des sorts. Après avoir trouvé le corps mutilé de Digit, son gorille préféré, Dian Fossey intensifie ses actions et brûle des maisons. Elle écrit : « Je me sentais comme amputée d'une partie de moi ».

Braconniers empêchés de chasser, trafiquants d’or qu’elle menace de dénoncer, scientifiques voulant profiter de ses recherches, fonctionnaires rwandais pro-tourisme… Au fil de ses combats, elle se fait de nombreux ennemis. Dian Fossey est assassinée en 1985 à l’âge de 53 ans. Malgré les différentes pistes, son meurtre reste irrésolu. Elle est enterrée à côté de Digit, dans le cimetière des gorilles au Rwanda.  

Les dernières lignes de son journal sont : "Quand vous réalisez la valeur de toute vie, demeurez moins sur ce qui est passé et concentrez-vous davantage sur la préservation de l’avenir."

54 min
3 min
58 min