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Disparition de Viviane Forrester

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**L'écrivain Viviane Forrester, ** célèbre auteure d'une oeuvre partagée entre littérature et essais, est morte "des suites d’une longue maladie " ce mardi 30 avril, dans son appartement parisien. Elle avait 87 ans.
Mais quelle merveille, cette possibilité de relire et relire et de pouvoir, en une vie, vivre plusieurs fois celles générées par tant de livres - cette répétition chaque fois différente. La vie devrait se résumer à ça.

*Viviane Forrester dans son journal, Rue de Rivoli * (1966-1972)

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Viviane Forrester en 2009
Viviane Forrester en 2009
© Radio France

Née Viviane Dreyfus en 1925, et de parents juifs aisés – sa famille avait dû fuir en Espagne sous l’Occupation -, Viviane Forrester se fait d'abord connaître grâce à quelques romans : *Ainsi des exilés * (Gallimard, 1970), Le Grand Festin (Denoël, 1971), Le Corps entier de Marigda (Denoël, 1975)…

A l'époque de ces premiers ouvrages, critique littéraire dans la presse écrite et à la télévision, Viviane Forrester rencontre les plus grandes figures littéraires de la deuxième moitié du XXème siècle.

"A trois ans, je me savais un écrivain. Je l’étais avant de naître. ", confesse-t-elle dans son journal, Rue de Rivoli, écrit entre 1966 et 1972 et publié chez Gallimard en 2011.

Mais c'est avec L’Horreur économique , qui reçoit le Prix Médicis de l’essai en 1996, qu'elle acquiert une grande notoriété en tentant de s’approprier une discipline qui n’était originellement pas la sienne. Cela lui vaut d'ailleurs d’être critiquée par de nombreux économistes.

Une virulence qui n'empêche pas Viviane Forrester de devenir la nouvelle pasionaria des injustices économiques : dans son best-seller (traduit dans une trentaine de langues, vendu à plus d'un million d'exemplaires...), elle avance le postulat que l’augmentation du chômage annonce simplement la mutation d’une société dans laquelle il faudra vivre sans emploi: "Il nous faut pourtant apprendre à (…) trouver d’autres modes de survivance que cette forme de rémunération, nous reconnaître d’autres valeurs, si nous ne voulons pas être exclus de l’Histoire. "

Dans ce sillage, Viviane Forrester devient d’ailleurs membre fondateur du collectif altermondialiste Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne), en 1998.

En avril 2000, invitée de Gérard Lefort sur France Inter, elle donnait son analyse de la situation économique d'alors.

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38 sec

En tout, Viviane Forrester aura rédigé une vingtaine d’ouvrages, s’essayant à de nombreux genres dans une prose invariablement superbe : romans, essais philosophiques, biographies (*Van Gogh en 1983 * et *Virginia Woolf en 2009, * notamment, qui ont été respectivement récompensés par les prix Femina et Goncourt de l’essai).

Ouvrages politiques également, avec Une étrange dictature (Fayard, 2000) où elle s’attaque à nouveau au "scandale de l’économie du profit " et Le crime occidental (Fayard, 2004) qui envisage le conflit israélo-palestinien au prisme de la responsabilité européenne.

D’après son fils, Bernard Stoloff, Viviane Forrester préparait un nouveau livre sur la situation économique. Inachevé, il va être confié aux éditions du Seuil.

> ce jeudi, le Journal de la culture rendait hommage à Viviane Forrester :

Journal de la culture

7 min

> réécoutez-la sur l'antenne de France Culture début 2011, lorsqu'elle venait parler de son ouvrage "Rue de Rivoli - Journal 1966-1972" : - dans le Rendez-Vous du 1er mars - Carnet nomade du 27 mars - et Du jour au lendemain du 14 juin

Viviane Forrester
Viviane Forrester
© Radio France