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Droit à l'oubli numérique : premier bilan et polémique

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Google vient de révéler ses 1ers chiffres : 70.000 demandes de retrait de liens en un mois, concernant des internautes européens, dont avant tout des Français. C'est la conséquence d’un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne qui voulait toutefois aussi préserver le droit à l’information.

Or, des médias viennent déjà de voir leurs articles être ainsi déréférencés du moteur de recherche.

Recherche internet et droit à l'oubli
Recherche internet et droit à l'oubli
© Fotolia

La France puis l’Allemagne et la Grande Bretagne, voilà d’après Google les pays où l’on souhaite le plus se faire oublier en ligne.

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Avec 14.000 demandes en France, entre le 29 mai au 30 juin, quand un peu plus de 267.000 liens étaient visés au niveau européen.

Le formulaire mis à disposition des internautes par le géant américain n'est donc pas resté lettre morte. Alors que Microsoft finalise le sien puisque tous les moteurs de recherche dans leurs versions européennes sont concernés.

Google en revanche n'a pas détaillé le nombre de déréférencements déjà réalisés, ni à quels motifs. La Cour européenne en avait établi trois à la condition d'une demande argumentée : _dès lors qu'existe une donnée obsolète, non pertinente ou inappropriée.
_

Le droit à l'information commencerait-il à s'effacer devant celui à l'oubli ?

En attendant davantage de précisions et comme prévu par certains, la polémique s'amplifie autour du sort des médias d'information. Reporters sans Frontières a d'ailleurs intitulé son communiqué de ce vendredi " L'engrenage infernal du droit à l'oubli". Le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, y affirme que

"Ces décisions auront sans conteste une influence sur l’accès aux informations d’actualité et sur la vision du monde des utilisateurs des moteurs de recherche. Sont-elles prises par des journalistes, conformément aux principes d’honnêteté prévus dans les chartes d’éthique ? Sont-elles prises par des magistrats, avec des garanties d’indépendance ? Pas du tout. C’est grave.

Et d'appeler les moteurs de recherche "à la mise en place d’un processus indépendant, transparent et conforme aux standards internationaux sur la liberté d’expression" et "à la production d’un rapport qui détaillera les déréférencements effectués".

Avis de suppression d'une recherche Google
Avis de suppression d'une recherche Google

Un premier site français touché

Marc Rees a du mal à y croire. Le rédacteur en chef de Next INpact raconte comment il a reçu dans la nuit de mardi à mercredi un courriel pour le prévenir d'un déréférencement. Ou comment les versions européennes de la porte d'accès principale en ligne ne renverront plus à une actualité de 2009 évoquant le licenciement de 3 employés de ce site respecté consacré à l'actualité du numérique (qui revendique un million de visiteurs uniques/mois).

Du jamais vu en France, sans davantage d'explications, explique Marc Rees , qui va du coup se tourner vers la CNIL :

Marc Rees déplore cette situation où "Google est un peu condamné à être une juridiction privée, à devoir gérer des données extrêmement sensibles", sans vraiment de respect des droits de la défense. Mais le journaliste souligne que le groupe "n'a jamais voulu être responsable d'un tel traitement", donc "je pense que cela arrange bien Google qu'il y ait comme cela une espèce de bruit médiatique" :

Marc Rees, rédacteur en chef de NextInpact, à propos du droit à l'oubli en ligne et de ses conséquences

6 min

Même procédé et colère à la BBC et au Guardian. Le quotidien britannique qui a dénoncé de la censure a ainsi brandi six déréférencements d'articles d'actualité, dont la moitié au sujet du mensonge d’un ancien arbitre écossais pour justifier un pénalty ! Fini aussi pour un post de blog sur l'ancien patron de Merrill Lynch. Sans que Google ne révèle le nom du plaignant ni sa motivation.

Comble de ces affaires, les événements concernés gagnent une nouvelle médiatisation, voire sont tout simplement révélés au plus grand nombre . Une parfaite illustration du fameux effet Streisand : attiser toujours plus de curiosité à force de vouloir cacher des informations.

Pendant que certains voient dans ces médias touchés et alertés un pied de nez de Google à la justice européenne pour rallier à sa cause les journalistes ou plus simplement un géant débordé par ce nouveau type de requête ! Droit à l'oubli : non Google ne supprime pas totalement les articles de ses recherches. Le Monde

Publié ce vendredi.

Google et le droit à l'oubli : la presse craint la censure. Le Figaro

Par Chloé Woitier, mis à jour hier.

Droit à l’oubli : L’improbable stratégie de communication de Google. Le blog du communicant

Par Olivier Cimelière, ce samedi.