Drôles de crimes en Amérique latine : quand Edgar Allan Poe influence Borges et Cortázar

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Drôles de crimes en Amérique latine : quand Edgar Allan Poe influence Borges et Cortázar

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Edgar Allan Poe
Edgar Allan Poe
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Se pencher sur le jeu qui existe entre l’œuvre de Poe et l’œuvre de certains de ses successeurs amusés comme Jorge Luis Borges, Horacio Quiroga ou Julio Cortázar, qui n’hésitent pas à parodier le maître et son invention du genre policier...

Drôles de crimes en Amérique latine, par Pénélope Laurent

46 min

Il suffit de penser aux trois grands inventeurs du cuento latino-américain, Horacio Quiroga, Jorge Luis Borges et Julio Cortázar pour se convaincre de l’influence considérable de l’œuvre d’Edgar Allan Poe en Amérique latine, tant par la réflexion que par le désir de se l’approprier qu’elle a suscités chez eux, à travers les commentaires, les traductions et la création de leur œuvre personnelle. Mais il n’est pas moins intéressant de se pencher sur le jeu qui existe entre l’œuvre de Poe et l’œuvre de certains de ses successeurs amusés qui n’hésitent pas à parodier le maître et son invention du genre policier (Jorge Luis Borges en Argentine), à exploiter sa figure ou ses personnages (Horacio Quiroga en Uruguay, Andrés Caicedo en Colombie), peuplant l’imaginaire des littératures hispano-américaines de drôles de crimes et de drôles de détectives, tantôt meurtriers et tantôt victimes. Se prenant pour des Auguste Dupin sud-américains, les détectives se jettent dans la gueule du loup, paradoxalement à cause de leurs capacités analytiques et intellectuelles, et les criminels inconscients se posent en héritiers drolatiques, déprimés ou cupides d’un Egæus en quête dentaire ou d’un Montresor vengeur. La déviation souvent parodique semble accroître le rôle et la complicité du lecteur tant du point de vue des références attendues que de son plaisir à se laisser tromper comme un détective en herbe.

Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. Edgar Allan Poe

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Une conférence enregistrée dans le cadre du colloque "Spectres de Poe dans la littérature et les arts", qui s’est tenu au Centre Culturel International de Cerisy en juillet 2017, sous la direction de Jocelyn Dupont et Gilles Menelgado.

Pénélope Laurent, maître de conférences en littérature hispano-américaine à l’Université de Paris Sorbonne (Paris IV) et membre du CRIMIC. Agrégée d’espagnol, elle a soutenu en 2009 une thèse sur l’ensemble de l’œuvre de l’écrivain argentin Juan José Saer, qui a donné lieu à la publication de l’ouvrage Juan José Saer. Unité, cohérence et fragmentation (L’Harmattan, Paris, 2015). Sa recherche porte essentiellement sur les littératures du Río de la Plata des XXe et XXI siècles, en lien avec la théorie de la lecture.