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Du Paléolithique à "Game of Thrones" : l’omniprésence du dragon

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Exposition Game of Thrones, à Sydney, en 2014, et Dragonland, à Paris, en ce moment.
Exposition Game of Thrones, à Sydney, en 2014, et Dragonland, à Paris, en ce moment.
© AFP - Jim Merchant / Citizenside. Pablo Maillé / Radio France

Retour sur les origines et la mythologie de cette fascinante créature, avec deux spécialistes du sujet, alors que se tient en ce moment à Paris une exposition consacrée aux dragons et que débute la saison 7 de la célèbre série américaine.

Créature fantastique fascinante, le dragon inonde aujourd’hui tous nos récits fantastiques, de "Game of Thrones" à "Harry Potter" en passant par l’univers de Tolkien. Mais rares sont ceux qui connaissent vraiment les origines du monstre, la portée de sa symbolique et son évolution à travers le temps. A l’occasion de l’exposition "Dragonland" à la Porte de Versailles, à Paris, Frédérik Canard - muséographe et co-auteur de "Les dragons, des monstres au pays des hommes" - et Julien d’Huy, doctorant et chercheur attaché à l’Institut des mondes africains) nous emmènent aux origines du dragon.

Des origines africaines

La plus ancienne représentation du dragon connue à ce jour date d’environ… 6000 ans. Découverte il y a une trentaine d’années sur le site néolithique de Xishuipo, en Chine, la tombe d’un défunt non identifié est en effet entourée de deux formes de coquillages. La première représente un tigre et la seconde, un dragon. Conservée à Pékin, la tombe a été reproduite spécialement pour ouvrir l’exposition, qui se tient jusqu’au 3 septembre.

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Reproduction de la plus ancienne représentation du dragon connue à ce jour, sur le site néolithique de Xishuipo, en Chine.
Reproduction de la plus ancienne représentation du dragon connue à ce jour, sur le site néolithique de Xishuipo, en Chine.
© Radio France - Pablo Maillé

Pourtant, le dragon n’est pas né en Chine : "De nombreuses créatures légendaires ont été inventées à travers le monde, et ce n’est que plus tard qu’elles sont rassemblées sous la même chapelle du dragon" nous explique Frédérik Canard, qui a conçu la partie historique de l’exposition. Selon lui, d’autres représentations du dragon, plus anciennes que celle de Xishuipo, pourraient être découvertes à l’avenir.

D’après les recherches de Julien d’Huy - qui a consacré trois études aux récits et aux mythes liés aux dragons - le dragon vient en fait… d’Afrique. Il aurait ensuite suivi les premières grandes migrations de l’humanité durant la période du Paléolithique, et notamment l’"Out of Africa", pour se propager à travers les continents. "On emmène avec nous nos récits", assure le chercheur.

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Sa méthode de recherche ? La phylogénétique, ici appliquée à la mythologie. D’ordinaire plutôt utilisée par la génétique des populations, elle consiste à reconstituer des arbres phylogénétiques à partir d’un ensemble de récits partageant des traits communs. C’est en remontant ces arbres que Julien d’Huy a découvert que les différentes mythologies du dragon avaient un ancêtre africain commun.

Julien d'Huy : "Le mythe des dragons suit la route des premiers hommes"

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Les biologistes étudient l'évolution dans le temps des animaux. En utilisant des algorithmes et en observant la proximité entre les espèces - on partage plus de choses avec un singe qu'avec un poisson par exemple - ils arrivent à construire un arbre. Je pars du principe que dans la mythologie, les choses se passent de la même manière : plus deux mythes sont proches, et plus leur ancêtre commun doit être récent.

Si, à l’origine, le dragon était plutôt un "serpent des mers", souvent arc-en-ciel et immortel, le motif s’est peu à peu diffusé à travers le monde, et s'est décliné selon différentes régions. En Occident, par exemple, les ailes du dragon poussent seulement vers le XVe siècle, et uniquement pour quelques variétés. Ce dernier acquiert ensuite des plumes, qui sont finalement remplacées par des ailes de chauve-souris, conformément au mal qu’il représente.

Julien d'Huy : "Aujourd'hui, l'aventure du dragon continue"

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Le motif du dragon continue d'évoluer. Aujourd'hui encore, lorsqu'on lit Harry Potter, ou que l'on regarde Game of Thrones, le dragon n'est pas exactement le même que celui imaginé auparavant. Cela veut dire qu'aujourd'hui, l'aventure du dragon continue.

Selon les périodes et les cultures, le dragon change donc d’aspect, prend différentes formes. Comme l’explique Frédérik Canard : "souvent, les nuances sont dues aux disparités environnementales des sociétés dans lesquelles les dragons sont apparus". Le Dieu égyptien Apophis, par exemple, revêt davantage l’apparence d’un serpent géant, parfois ailé, que d’un dragon à proprement parler. Selon la légende, il tentait chaque nuit d’arrêter la course du Dieu Rê (ou Râ) pour empêcher le soleil de se lever.

Sculpture du Dieu Apophis, réalisée par Alice Morlon pour l'exposition.
Sculpture du Dieu Apophis, réalisée par Alice Morlon pour l'exposition.
© Radio France - Pablo Maillé

A la Renaissance, le dragon connaît également un succès impressionnant : les faussaires en fabriquent pour les nobles et les collectionneurs. Qu’ils souhaitent épater leur environnement social ou qu’ils soient réellement pris de fascination pour la créature, beaucoup ne parviennent pas, à l’époque, à faire la distinction entre fantasme et réalité - pour eux, les crocodiles et les girafes semblent aussi irréels que les dragons.

Frédérik Canard : "A la Renaissance, les faussaires fabriquaient des vrai-faux dragons pour les vendre à des collectionneurs"

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Les nobles et les riches collectionneurs étaient fascinés par toutes les curiosités de la nature. On achetait aussi bien des minéraux, des végétaux que des espèces animales qui semblaient extraordinaires. Les dragons faisaient bonne figure parmi ceux-là : sans les données de l'anatomie comparée, il n'y avait aucun moyen de savoir s'ils existaient.

Une créature ambivalente, mais toujours aussi populaire

Porteur d’un champ symbolique ambivalent, le dragon peut aussi bien incarner le mal, la terreur que la force bienveillante, protectrice. "C’est tout son intérêt, on va pouvoir lui faire raconter plein de choses", s’enthousiasme Frédérik Canard : "Il est à la fois protecteur et effrayant : c’est parce qu’il effraie l’ennemi qu’il va pouvoir nous protéger. C’est aussi un animal terrifiant, à combattre, mais pas à vaincre totalement. Pour ses principaux combattants, le principe était de le dompter sans forcément le détruire. C’était écologiste avant l’heure".

Animatronique grandeur nature du "Draco Rex", présenté à la fin de l'exposition.
Animatronique grandeur nature du "Draco Rex", présenté à la fin de l'exposition.
© Radio France - Pablo Maillé

Écologiste ou pas, le dragon continue en tout cas de fasciner : dans les dernières salles de l’exposition, où sont installés des animatroniques grandeur nature, il fallait voir les yeux complètement éberlués des enfants présents. "Harry Potter", "Game of Thrones", "Mulan"… Beaucoup de fictions — de fantasy, notamment — se font donc, aujourd’hui encore, un plaisir de le faire renaître. Le dragon, définitivement une histoire sans fin. Le Le 1er épisode de la saison 7 de Game of Thrones 7 s'intitule d'ailleurs "Dragonstone" : La pierre de dragon.

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A ECOUTER : Le symbole du dragon, de Saint-Georges jusqu'aux voitures Alfa Romeo, Le Cabinet de curiosités, 24 février 1998.