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Du Quartier latin à l'île Saint-Louis, le Paris de Baudelaire, "le plus nomade des Parisiens"

Par
Hôtel Lauzun, 1898
Hôtel Lauzun, 1898
- Louis Édouard Fournier

Le 31 août 1867, Baudelaire mourait à Paris, après y avoir passé presque toute sa vie. Entre vie quotidienne et source d'inspiration poétique, Paris fut le théâtre d'une vie tumultueuse et vouée à l'écriture. En 1980, sur France Culture, trois documentaires exploraient le Paris de Baudelaire.

Paris, lieu de vie. Paris, source d'inspiration poétique. Cent-cinquante ans après la mort de Charles Baudelaire, décédé le 31 août 1867, que savons-nous du Paris qu'il habitait au quotidien ?

En 1980, le producteur Jean Montalbetti consacrait un triptyque d'émissions au lien qu'entretenait le poète avec Paris, et conviait les auditeurs à une balade radiophonique dans le Paris baudelairien. Du quartier latin au Tribunal de Grande Instance en passant par l'île Saint-Louis, déambulons, en compagnie des éditeurs Claude Pichois et Jean Ziegler, ou aux côtés du poète Yves Bonnefoy, pour comprendre comment la ville a façonné son oeuvre poétique.

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Quel Paris Charles Baudelaire a-t-il connu ?

Lorsque Charles Baudelaire naît en 1821, Paris compte environ un million d'habitants, majoritairement répartis le long de la Seine. Quelques années plus tard, les mutations parisiennes s'amorcent sous l'impulsion du baron Haussmann et le Paris insalubre cède la place aux grandes artères aérés. En ce siècle d'urbanisation, Baudelaire aura donc connu trois visages de Paris : l'ancien Paris, l'époque de la transformation et enfin, le Paris d'Haussmann.

Tout au long de sa vie, Baudelaire a fréquemment déménagé, si bien que Jean Montalbetti le décrit volontiers comme "le plus nomade des Parisiens dont on ne finit pas de dénombrer les domiciles". Du quartier latin où il est né et où il passera les vingt premières années de sa vie jusqu'aux cafés des Grands boulevards en passant par les ruelles de l'île Saint-Louis, le poète n'a cessé d'arpenter les rues parisiennes tout au long de sa vie.

Le poète Yves Bonnefoy rappelle combien la ville de Paris, à l'époque de Baudelaire, était une ville pleine de contrastes, de la grande misère au raffinement luxueux, un environnement aussi propice à la violence qu'à la rêverie poétique. Il poursuit en ces termes :

Quand Baudelaire écrit à propos de Paris, c'est toujours à propos de rencontres qu'il fait dans Paris. Il ne parle guère, autant que je puisse m'en rendre compte, du paysage urbain. C'est toujours un être qui est là, en face de lui pour se révéler. Dans Paris certes, mais comme lui-même. A travers ce prisme, c'est la passante du sonnet fameux, c'est le cygne qu'il rencontre sur le quai de la Seine, ce sont les petites vieilles qui font l'objet de son plus beau poème, ce sont les sept vieillards, c'est Mademoiselle Bistouri dans ce magnifique poème en prose. Des êtres qui chacun sont là, sous le signe du temps qui les apporte et qui le défait. Voilà les situations qui font à chaque instant l'aventure de Baudelaire dans Paris.

Yves Bonnefoy : Baudelaire et Paris (Un homme, une ville, Baudelaire à Paris 1/3, 23.05.1980)

7 min

(Durée : 7'22)

Où Baudelaire a-t-il écrit Les Fleurs du Mal ?

En octobre 1843, Charles Baudelaire s'installe au plein cœur de Paris, sur l'île Saint-Louis, entre deux rives. Il emménage à l'hôtel Pimodan (aujourd'hui appelé hôtel de Lauzun), tenu par le Baron Jérôme Pichon. Baudelaire s'installe dans les combes de l'immeuble, au troisième étage. Dans cet appartement, il commence à écrire Les Fleurs du Mal. Il est alors âgé de 23 ans, c'est le début de sa vie d'adulte et d'écrivain.

Visite guidée de l'appartement du poète, grâce à ce reportage de 1980, mais aussi à travers les textes que nous ont laissés ses contemporains, Charles Asselineau et Théodore de Banville :

Baudelaire avait choisi un logement exigu aux murailles très hautes, composés de plusieurs petites pièces sans attributions spéciales, dont la fenêtre laissaient voir la large rivière. (Théodore de Banville)

Ecrire Les Fleurs du Mal, à l'hôtel Pimodan (Un homme, une ville, Baudelaire à Paris 2/3, 30.05.1980)

12 min

(Durée : 12'03)

Comme le souligne Jean Ziegler, l'île Saint-Louis correspond à la période la plus heureuse de sa vie. Il profite de la vie et dépense sans compter l'argent hérité à la mort de son père, lorsque Baudelaire n'avait que six ans. Sa mère s'inquiète de ces dépenses et demande un conseil judiciaire, affecté en 1844 -"Il ne faut pas oublier que se voir affecter un conseil judiciaire, c'est redevenir mineur aux yeux de la loi."

Où a-t-il fait l'expérience des Paradis artificiels ?

Et puis Baudelaire a déménagé, tout en conservant ses habitudes à l'hôtel Pimodan. Le poète a changé d'étage pour rejoindre l'étage noble, où se réunissait le Club des Hashischins. Il y vient à présent en visiteur pour assister aux "Fantasias". Dans ces soirées, organisées chaque mois par le peintre Joseph Ferdinand Boissard de Boisdenier, il croise les artistes de son temps : Honoré de Balzac, Eugène Delacroix, Gustave Flaubert ou encore Honoré Daumier. Tous viennent tester les effets du haschisch. Claude Pichois évoque en ces termes l'expérience de Baudelaire avec les paradis artificiels :

Le haschisch est une curiosité de jeune écrivain. Il veut savoir quels sont les rêves, quels sont les hallucinations, les images merveilleuses que donnent le haschisch. J'ai l'impression que le haschisch a été pour lui, parfois, ce qu'est un peu la première cigarette pour celui qui veut s'aventurer vers la tabagie et qui ne va pas plus loin parce qu'il a un haut le corps.(Claude Pichois)

L'expérience du haschisch au Club des Hashischins (Un homme, une ville - Baudelaire à Paris 2/3, 30.05.1980)

5 min

(Durée : 5'53)

Le poète partageait cette expérience dans la capitale dans Les Paradis artificiels, dont voici un extrait lu par Jean-Louis Trintignant :

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Où les Fleurs du Mal ont-t-elle été condamné ?

La dernière escale de ce parcours baudelairien nous mène jusqu'à une instance judiciaire. Quelques temps après la parution des Fleurs du Mal, le 21 juin 1857, le scandale éclate et la justice intervient.

Le 20 août 1857, Baudelaire entre dans la 6ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance pour le procès des Fleurs du Mal. Deux chefs d'accusation sont alors en jeu : atteinte à la morale religieuse ; atteinte à la morale publique. Le magistrat est Ernest Pinard, celui qui avait mené le procès contre Flaubert quelques mois plus tôt. Baudelaire tente de se défendre, en convoquant les exemples passés, dans la littérature, où l'on trouve des passages transgressifs. Deuxième pilier de sa défense, le poète argue aussi, qu'il entendait montrer le mal pour en détourner son lecteur.

Mais la condamnation est sans appel : aux trois-cent francs d'amende s'ajoutent le retrait de six poèmes des Fleurs du Mal. Il faudra alors attendre septembre 1946 pour que ces textes soient réintégrés, "grâce à une loi qui a été votée pratiquement pour que les pièces condamnées puissent figurer de nouveau dans Les Fleurs du Mal."

La 6ème Chambre du Tribunal de Grande Instance (Un homme, une ville - Baudelaire à Paris 3/3, 06.06.1980)

8 min

(Durée : 8'36)

En intégralité...

Retrouvez l'intégralité des documentaires Baudelaire à Paris dans Les Nuits de France Culture :

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