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Eclipse de Lune : des mythes derrière les astres

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Une éclipse en 2017.
Une éclipse en 2017.
© Getty - John Finney photography

Ce soir, l'Europe pourra observer une éclipse de Lune partielle. Ces événements, dans différentes mythologies, des Incas aux Chinois, ont toujours eu une signification particulière, souvent négative.

Chaque année, il y a au moins deux éclipses lunaires. La Lune se trouve alors en partie dans l'ombre de la Terre : elle ne reçoit plus de la lumière directe du soleil, mais uniquement celle qui est d'abord filtrée à travers l'atmosphère terrestre, qui disperse le spectre lumineux du vert au violet. Seul subsiste le rouge. La Lune prend alors une teinte cuivrée, qui lui vaut le surnom de "Lune de sang".

De Tintin au Dieu-Soleil Inti : l'éclipse chez les Incas

Les éclipses ont longtemps intrigué. Considérés comme de mauvais présages, elles étaient l'objet de toutes les superstitions. Les amateurs de Tintin ont pu en avoir un aperçu dans l'album "Le Temple du Soleil", où le héros reporter met cette information à profit pour éviter d'être sacrifié par des Incas peu au fait des avancées de la science moderne :

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En savoir plus : L’éclipse

Hergé s'était bien renseigné : chez les Incas, la religion était centrée autour d'Inti, le Dieu-Soleil. Les éclipses ne pouvaient donc qu'être considérées comme un symbole de mauvais augure. Aux yeux des Incas, c'était alors un puma céleste, créature représentant les êtres surnaturels, qui dévorait Inti. Quant aux éclipses de Lune, les Incas s'imaginaient que la Lune était en train de s'abandonner à un sommeil trop profond et déviait de son chemin, au risque de disparaître, ou même de tomber sur la Terre.

Dans les deux cas, pour pallier le danger de voir le Soleil ou la Lune disparaître, ils tapaient sur des objets ou jouaient d'instruments de musique, afin de la réveiller.

En Chine, tirer à l'arc sur l'éclipse

À lire : Lune de sang, rousse, bleue ou noire : à quoi s'attendre dans le ciel nocturne ?

Fins astronomes, les Chinois surveillaient et prédisaient les éclipses plus de 2000 ans avant notre ère. L'Empereur chinois, considéré comme le fils des Cieux, avait pour mission de maintenir l'harmonie entre Ciel et Terre : prédire les mouvements célestes étaient donc de la première importance. A en croire la légende, les astronomes royaux Hi et Ho, en 2137 avant J.-C., furent ainsi décapités après avoir échoué à calculer la date exacte d'une éclipse solaire.

L'enjeu est de taille : une éclipse ne serait, selon les croyances, qu'un animal monstrueux, le Taotie, tentant de dévorer le Soleil. Pour faire fuir cette créature dont l'apparence n'est pas sans rappeler celle d'un dragon, l'Empereur lui-même jouait du tambour, alors que ses dignitaires décochaient des flèches vers l'éclipse, afin de faire fuir la créature.

En Inde, les éclipses étaient elles aussi dues à un démon, comme le raconte l'astrophysicienne Fatoumata Kébé, autrice de La Lune est un roman. Histoires, mythes et légendes :

"Dans la religion hindoue il existe trois dieux primordiaux, ainsi que d’autres dieux, les devas , et démons, les asuras , qui n’étaient pas immortels et qui se sont associés pour créer un élixir d’immortalité. Quand ils y sont parvenus, les dieux secondaires n'ont pas voulu partager avec les démons, et ils se sont donc alignés pour prendre l’élixir d'immortalité. Le démon secondaire Rahû s’est mis dans cette file, mais la Lune, Chandra, et le Soleil, Sûrya, le voient et le dénoncent au dieu Vishnou, qui lui tranche la tête et la projette dans l'espace. Mais Rahû a déjà bu une partie de l'élixir et sa tête est immortelle : ainsi lorsqu'il y a une éclipse, c’est Rahû qui vient se venger, et qui avale le Soleil ou la Lune, avant de les recracher car il n’a plus de corps."

Prédire les éclipses

Du côté de la Grèce, les éclipses seraient le résultat d'une visite d'Artémis, déesse de la nature associée à la Lune, à son amant Endymion. C'est cependant à l'époque de la Grèce antique, au IIe siècle avant J.-C., que l'on commence à prédire efficacement les éclipses, grâce à l'Almageste de Claude Ptolémée. Dans ce qui est considéré comme la plus grande oeuvre astronomique de l'Antiquité, ce dernier parvient en effet à observer les mouvements des astres, à comprendre que la Lune s'interpose entre la Terre et le Soleil, et ainsi à calculer l'imminence d'une éclipse.

Malgré ces avancées scientifiques spectaculaires, les éclipses restèrent encore longtemps un phénomène à la portée mystique. Lors des épidémies de peste noire, au XIVe siècle, la Faculté de médecine de Paris détermine ainsi que :

La cause éloignée et première de cette peste a été et est encore quelque constellation céleste... laquelle conjonction avec d'autres conjonctions et éclipses, cause réelle de la corruption tout à fait meurtrière de l'air qui nous environne, présage la mortalité et la famine.

L'astronome et écrivain Jean-Pierre Luminet raconte ainsi comment certaines éclipses de Lune ont eu une influence non négligeable sur des évènements historiques et rappelle comment Lawrence d'Arabie a utilisé ce phénomène naturel pour s'emparer du premier poste de défense de la ville d'Aqaba, kethira, comme il le relatait dans les Sept Piliers de la Sagesse :

D’après mon agenda il y aurait une éclipse. Elle vint à l’heure, et les Arabes forcèrent la position sans aucune perte, tandis que les soldats superstitieux tiraient des coups de feu en l’air et frappaient des pots de cuivre pour secourir le satellite menacé.

D'après la tradition islamique, la venue d'une éclipse en plein ramadan pourrait en effet annoncer le Jour du Jugement dernier.