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Écologie : quelle place lui donnent les candidats à la présidentielle 2022

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Nous avons étudié les programmes de six candidats et candidates pour réaliser ce panorama qui évoluera au fil des nouveautés apportées au débat.
Nous avons étudié les programmes de six candidats et candidates pour réaliser ce panorama qui évoluera au fil des nouveautés apportées au débat.
© AFP - Philippe Modol - RF / Joël Saget

À moins de deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, l'écologie peine à s'imposer dans les débats. Quelles solutions proposent les candidats pour lutter contre le dérèglement climatique et l'érosion de la biodiversité ? Passage en revue des programmes, à gauche et à droite.

Deux semaines après la publication d'une tribune, signée par 1 400 scientifiques, exhortant médias et partis politiques à sortir "des discours de l'inaction" face au dérèglement climatique, le sujet peine encore à s'imposer dans le débat public de la présidentielle. Pourtant, il suffit d'ouvrir les programmes des principaux candidats et candidates à la présidentielle pour se rendre compte que l'écologie est bel et bien devenue un sujet incontournable : de la gauche à la droite la plus radicale, plus aucune famille politique ne fait l'impasse sur la question. En revanche, la quantité de mesures proposées, ainsi que leur nature changent radicalement d'un candidat à l'autre. 

Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences Po et spécialiste de l'écologie politique : "Le grand soir vert n'est pas encore arrivé". Entretien réalisé par Mathilde Cariou le 28 janvier 2022.

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Valérie Pécresse : mettre fin à l'écologie "punitive"

La candidate des Républicains souhaite défendre une vision qu'elle juge "positive" de l'écologie, en proposant des incitations financières, "plutôt que des taxes". Seule exception : le niveau européen. Valérie Pécresse défend une taxe carbone aux frontières de l’Union pour se protéger "contre le dumping social et environnemental".

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Pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, la candidate mise tout sur le développement des transports électriques. Une électricité d'origine nucléaire. Valérie Pécresse souhaite prolonger le fonctionnement des centrales existantes et lancer six nouveaux EPR. La candidate veut développer les bornes de recharges des voitures électriques et remplacer les transports en commun fonctionnant au diesel, par des transports "propres". L'objectif : les véhicules neufs ne devront plus consommer d'énergies fossiles d'ici 2035. 

Autre proposition : fusionner le Livret A avec le Livret développement durable pour mettre les ressources du Livret A "au service de la transition écologique".

En ce qui concerna la biodiversité, et la protection des espaces naturels, la candidate LR s'engage à ce que 10% du territoire national soit sous "protection forte" d’ici vingt ans. Elle souhaite également la signature d'un "accord des pays riverains de la Méditerranée" pour l’éradication des rejets de plastiques en mer.

Éric Zemmour : préserver la "beauté de la France" et favoriser la voiture

Le candidat de la droite identitaire se distingue par une conception de l'écologie liée à la "préservation des paysages" qui font la "beauté de la France". C'est ce qui le pousse à prendre des mesures à l'opposé des conceptions classiques de la lutte contre le dérèglement climatique, comme par exemple militer pour l'interdiction de tout nouveau projet d'éolienne (sur terre comme en mer). À défaut d'éolienne, Éric Zemmour mise tout sur le nucléaire : prolongation de la durée de vie du parc existant jusqu'à au moins soixante ans, et lancement de quatorze nouveaux EPR.

Cette conception de l'écologie l'amène également à vouloir interdire la construction de nouvelles grandes surfaces et zones commerciales à l'entrée des villes et villages. Autre proposition : aggraver les sanctions contre la pratique des décharges sauvages.

Pour réduire la dépendance à l'utilisation des pesticides, Éric Zemmour mise sur l'innovation et le financement en "robotique agricole". Il souhaite également encourager l'installation de nouveaux agriculteurs, "notamment dans la culture bio" et privilégier les circuits courts, en augmentant la part de produits locaux dans la restauration collective.

En revanche, rien sur le développement de modes de transport alternatifs. Éric Zemmour s'affiche au contraire en défenseur des automobilistes et souhaite d'ailleurs la restauration de la limitation de vitesse à 90km/h ainsi que la fin des "zones à faibles émissions" qui empêchent la circulation en ville des voitures les plus polluantes. 

Marine le Pen veut démanteler les parcs éoliens

La candidate du Rassemblement national n'a pas fini de dévoiler l'entièreté de son programme pour 2022, mais l'on sait déjà qu'elle s'oppose elle aussi farouchement aux énergies renouvelables. Elle souhaite "rendre aux ménages les 5 milliards de subventions versées notamment aux éoliennes", interdire tout nouveau projet éolien et va même jusqu'à proposer le démantèlement progressif des parcs existants. Avec notamment la mise en chantier de 5 paires d’EPR2 par quinquennat, elle promet de relancer la filière nucléaire et hydroélectrique, mais également d'investir dans l'hydrogène. 

En matière de bien-être animal : Marine le Pen souhaite un "plan abattoirs" pour assurer des conditions dignes et interdire l’abattage sans étourdissement (pratiqué notamment pour la viande hallal).

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Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel : des ambitions communes

C'est à gauche de l'échiquier politique que l'on retrouve le plus grand nombre de propositions en faveur de l'environnement. En particulier chez Yannick Jadot ou Jean-Luc Mélenchon, qui y consacrent une large partie de leur programme.

Des mesures font consensus entre les différents candidats. Tous proposent un vaste plan de rénovation thermique des logements pour lutter contre le gaspillage d'énergie (les Insoumis et les Communistes souhaitent par exemple 700 000 logements rénovés par an). Le développement du train et des transport en commun fait également l'unanimité. Fabien Roussel milite pour la gratuité des transports collectifs urbains, Yannick Jadot veut prêter un vélo à chaque de 16 à 25 ans qui le souhaite et abonder le "Fonds vélo" à hauteur de 500 millions d'euros par pour que que la bicyclette représente 15% des transports du quotidien à horizon 2030 ; Anne Hidalgo veut des véhicules électriques accessibles aux particuliers pour un coût mensuel inférieur aux frais d’un véhicule à essence, et la mise en place d'un million de bornes électriques supplémentaires déployées dans tout le pays. Concernant le transport aérien : les Verts comme les Insoumis proposent l'interdiction des vols intérieurs lorsqu'il existe une alternative en train de moins de quatre heures. 

Sans forcément proposer les mêmes solutions et présenter les mêmes ambitions, tous souhaitent favoriser une agriculture locale et biologique. Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo sont d'accords pour une interdiction très rapide des pesticides les plus décriés (glyphosate et néonicotinoïdes). Les Verts le garantissent : "À horizon 2027, toute la nourriture servie dans les cantines publiques des écoles, des administrations, des universités, des hôpitaux ou encore des prisons sera bio, locale, moins carnée, de meilleure qualité, respectueuse du bien-être animal". À noter : la question des organismes génétiquement modifiés (OGM), autrefois importante dans les débats, n'est abordée que par les Insoumis et les Verts. 

Autre point de consensus à gauche : l'augmentation des budgets alloués à la gestion de l'environnement. Tous évoquent par exemple davantage de moyens consacrés à l'Office national des forêts. 

Concernant le bien-être animal : Jean-Luc Mélenchon veut interdire les "fermes usines" et limiter les temps de transport des animaux vivants; Fabien Roussel plaide également pour des mesures de limitation et de contrôle pour empêcher le développement des installations industrielles d’élevage ; Yannick Jadot compte mettre fin à l'élevage en cage d'ici 2025. La question de la chasse est également abordée : les Verts souhaitent l'interdire les weekends et pendant les vacances scolaires pour "partager l'accès à la nature" ; quand les Insoumis réclament la fin de la chasse à courre. 

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Les communistes, seuls pro-nucléaires à gauche

Seul point véritablement clivant à gauche : la question de l'énergie. Alors que Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot mise sur le 100% renouvelable à long terme ; Fabien Roussel souhaite relancer le nucléaire français et construire au moins six nouveaux EPR. Un aspect du programme que Jean-Luc Mélenchon s'est toutefois dit prêt à abandonner et à soumettre au référendum, dans le cas où les communistes accepteraient de faire alliance avec lui.