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Écologie : qui peut faire quoi par Dominique Bourg

Par
Domonique Bourg
Domonique Bourg
© Radio France

Vidéo . Maintenant que nous commençons à ressentir les effets du réchauffement climatique, il est peut-être temps d'agir. Le philosophe Dominique Bourg nous donne des pistes sur ce qu'il est possible de faire, car non "il n'est pas trop tard".

Démission de Nicolas Hulot, marches pour le climat et tribunes dans les journaux, nous n'avons jamais été aussi proche d'une prise de conscience collective sur les enjeux écologiques. Concrètement, que peut-on faire maintenant ? Voici quelques éléments de réponse avec le philosophe Dominique Bourg. 

Les citoyens

Avoir des appartements mieux isolés, commencer à renoncer à des voyages extrêmement lointains, etc. Manger moins de viande, ce n’est pas très difficile quand même. En revanche, passer de façon beaucoup plus massive d’une agriculture conventionnelle à une agroécologie, ça c’est une partie de la société qui peut le faire, si on donne les moyens, si on facilite, c’est une transition qu’on peut faire sur 10 ou 15 ans. 

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Les systèmes de productions

Pour vous montrer l’absurdité de nos modes de production aujourd’hui, et évidemment de nos modes de consommation qui suivent, je vous donne un exemple tout bête c’est une pomme, j’ai oublié le nom ce n’est pas grave, cette pomme elle exige 30 passages de pesticides, elle est très belle, elle est bien ronde, elle n’est pas bosselée, simplement elle n’a aucun goût, aucune valeur nutritive. Pourquoi vous voulez qu’on continue ? Moi je préfère franchement une pomme un peu bosselée, qui a beaucoup de goût et qui est nutritive. C’est absurde vous croyez ?

Et l’État ?

On peut commencer par des choses assez modestes dans un premier temps. Aujourd’hui, en général, quand vous êtes face à deux biens, je prends par exemple une poêle, la poêle en aluminum recyclé elle est un peu plus chère de 1 ou 2 euros que la poêle qui a pourtant une empreinte carbone très forte. Si vous instituez ce qu’on appelle une TVA circulaire c’est-à-dire qu'en fait, si vous avez un bien plus propre : paf ! Abattement de 10% de TVA.
On peut prendre une deuxième mesure en touchant l’aspect économique : c’est d’imposer, dans certains secteurs dans un premier temps et en partant d’un niveau très bas, c’est de substituer à nos matières premières, des matières premières recyclées ou des matières biosourcées, venant du vivant. On peut faire ces pas, ce n’est pas difficile, alors pourquoi on ne les fait pas ?

Pourquoi l’État n’interdit pas les pratiques les plus polluantes ?

“Il ne faut pas interdire, il ne faut pas d’écologie punitive…” C’est débile. Quand je fais quelque chose qui est mortifère, je l’interdis. Par exemple un aller à Barcelone à 19 euros, je suis désolé ça, ça ne doit plus exister. Parce que le coût pour la collectivité est gigantesque. À la fois il faut jongler sur les réductions des inégalités, avancées environnementales, compréhension et donation du sens à ce qu’on fait, il faut que chacun comprenne pourquoi on le fait. S’il y a des taxes sur un billet EasyJet qui ne sera plus à 19 euros, tout le monde peut le comprendre, on sait pourquoi on le fait et ça a un sens pour tout le monde. Alors allons-y. 

Il n’est pas trop tard ?

On a fait beaucoup de bêtises, on a énormément détruit, vous avez le pourtour de l’Antarctique qui commence déjà à fondre. Faut pas rêver, on aura des problèmes, on aura même des gros problèmes. Mais si on n’agit pas, ce n’est pas des gros problèmes, c’est-à-dire qu’on va rendre la Terre difficilement vivable et on va devoir réduire et se voir avec une population résiduelle. Les difficultés on ne les évitera pas mais en revanche on a des marges d’action énormes pour faire que ces difficultés soient encore supportables, on peut peut-être encore y arriver, mais on n’a pas un temps immense pour le faire. 

En savoir plus : Comment rendre crédible la catastrophe écologique ?