Publicité

Ecoutez Neil Young au coin du feu et vivez enfin le numérique sur le mode analogique

Par
Neil Young en 1988
Neil Young en 1988
© Getty - Aaron Rapoport

Culture Maison. Imaginez une grange, dans un ranch du Nord de la Californie. Neil Young y vit depuis 1970 et y partage désormais avec le monde entier ses archives.

Sylvain Bourmeau, producteur de La suite dans les idées sur France Culture, vous invite à plonger dans les Neil Young Archives pour arpenter avec lui cette mine d’or sonore dans laquelle le musicien légendaire ajoute régulièrement de nouvelles sessions.

Ce dimanche soir, Neil Young annonçait sur son compte Instagram qu’il devait différer de quelques heures la mise en ligne de sa nouvelle fireside session, ces petits concerts au coin du feu qu’il partage de temps à autre en ligne. Une raison désormais banale à ce léger retard : ayant contracté le Covid-19, Daryl Hannah, l’actrice devenue la compagne de Young en 2014, avait dû se confiner plusieurs jours dans l’enceinte du célèbre Broken Arrow Ranch, lui-même sacrément isolé de tout, au Nord de la Californie.

Publicité

Or c’est elle, l’éternelle sirène de Splash, explique le musicien canadien, qui filme et monte la session sur son iPad, avant de déposer la tablette à la porte afin qu’un ami du couple regagne la bourgade la plus proche et accède à une connexion internet plus ou moins digne de ce nom (il faut quand même une journée entière pour télécharger les fichiers !). Je patienterai donc encore quelques heures pour retrouver ce héros de toujours, sa voix unique et le son de ses guitares.

C’est que je n’ai pas attendu l’heure du confinement pour m’abonner aux Neil Young Archives et le centreur rouge du fond noir qui tourne, hypnotique, comme sur une platine imaginaire, le temps que se charge sur l’écran de mon ordinateur cette véritable caverne d’Ali Baba, produit chaque fois son effet magique : la bascule dans un univers virtuel on ne peut plus réel. Jamais je n’ai fait d’expérience numérique aussi analogique qu’en arpentant les galeries de cette mine d’or sonore. Neil Young n’a pas attendu l’Internet, ou plutôt le web, encore moins le 2.0, pour se poser la question des archives, et de leur accès.

L’anti Netflix

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Dès la fin des années 1980, il a commencé à réfléchir à cet ambitieux projet appelé à couvrir au moins cinquante ans de carrière, à réunir tous les documents sonores et visuels, les albums et singles officiels bien sûr, mais aussi et surtout des enregistrements live, des demos et autres raretés. Un certain nombre de CDs sont ainsi sortis au fil des ans, mais c’est assez récemment que le projet a pris tout son sens avec la création d’un site internet inouï.

Les Neil Young Archives c’est au fond le contraire de Netflix. Depuis son ranch californien, ce fou de son, parti depuis des années en guerre contre le MP3 avec la même fougue que celle qu’il déploie contre Monsanto – et qui lui a d’ailleurs valu d’être espionné par la multinationale – a su inventer une interface numérique dix coudées au-dessus de celles de la plateforme de cinéma et séries télé en vogue ou d’Amazon. Loin de tout parier sur la bêtise des algorithmes qui prétendent savoir qu’on aimera ceci parce qu’on a aimé cela, Young a su inventer une véritable « expérience utilisateur », pour reprendre cette expression galvaudée dans les start-up nations du monde entier.

Pour entrer dans les archives, il faut d’abord tirer sur la grosse poignée chromée d’un vieux meuble métallique à dossiers suspendus. Tout est là, ou presque – à commencer par le bruit du tiroir qui s’ouvre. Chaque album fait l’objet d’un dossier méticuleusement rangé, annoté, et chaque titre à l’intérieur du dossier d’une chemise. Tout peut s’écouter. C’est à chacun de tracer son chemin. Personne ne vous prend par la main, et surtout pas les foutus algorithmes.

"Hey hey, my my", le rock a une histoire

Il est une autre manière, précieuse, de déambuler dans ce cabinet de curiosités si bien rangé, c’est la timeline. Elle démarre en 1959, mais on n’y trouve rien avant janvier 1961, date à laquelle il est indiqué : « Neil Young créé son premier groupe The Jades ». De là, jusqu’à ces derniers jours, on peut descendre ou remonter le temps, et trouver ainsi le repère chronologique qui fait désormais trop souvent défaut à une époque où les gens écoutent tout et n’importe quoi, quand nous avions nous l’habitude de nous construire musicalement contre ce qui nous avait immédiatement précédé, parfois de quelques mois seulement.
C’est de cela que témoignent peut-être d’abord et avant tout ces Archives Neil Young : du fait que, Hey hey, my my, le rock a une histoire, et qu’il ne mourra jamais parce qu’il n’est pas le « contenu » aplati servi sur les si bien nommées plateformes…

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Et ces archives sont davantage qu’un vieux meuble à tiroir ouvert qui verserait dans son ombre comme un flot de vieux airs, d’accords engageants. Car à côté de ce « fouillis de vieilles vieilleries », se trouve aussi un antique cinéma, le Hearse Theater où Young projette nombre de films, depuis les plus connus tels Rust never sleeps ou CSNY / Déjà Vu jusqu’aux plus obscures ou récentes productions.

Et dans cette grange qui condense tout l’univers de Young et son Crazy Horse, on édite aussi un journal. Un vrai journal, mis en page comme s’il était en papier, le NYA Times-Contrarian. On y lit toujours des choses passionnantes et des informations utiles. La prochaine à guetter : le jour de la sortie sur l’écran du Hearse Theater de la nouvelle fireside session.

Neil Young au coin du feu, à quoi rêver de mieux en ces temps confinés ?

  • Pour plonger dans les Neil Young Archives et arpenter avec lui cette mine d’or sonore c'est ici (site en anglais).
58 min

"Culture Maison", un rendez-vous quotidien et une newsletter

Retrouvez chaque jour une proposition culturelle avec Culture Maison, et abonnez-vous à la newsletter pour la recevoir dans votre boîte e-mail avec deux autres suggestions : une fiction audio signée France Culture et une émission de savoirs pour votre culture générale.

Pour afficher ce contenu Qualifio, vous devez accepter les cookies Mesure d'audience.

Ces cookies permettent d’obtenir des statistiques d’audience sur nos offres afin d’optimiser son ergonomie, sa navigation et ses contenus.