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Ecoxia : construire des bâtiments à énergie positive sera bientôt la norme

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Laurent et Olivier Riscala devant leur prototype de maison passive qui est aussi le siège d'Ecoxia à Yerres dans l'Essonne
Laurent et Olivier Riscala devant leur prototype de maison passive qui est aussi le siège d'Ecoxia à Yerres dans l'Essonne
© Radio France - Annabelle Grelier

Demain l'éco. En baissant les coûts grâce à un mode de construction innovant qu’ils ont appelé l’enveloppe intelligente, Laurent et Olivier Riscala, fondateurs d'Ecoxia, voulaient démocratiser la maison à énergie passive. La nouvelle norme de construction RE 2020 pourrait bien faire de ce rêve une nécessité.

Elle était prévue de longue date, plusieurs fois repoussée et remaniée dans un mois, au 1er janvier 2022,  elle entrera enfin en application : la RE 2020. Cette nouvelle réglementation qui viendra remplacer l’ancienne RT2012, vise à réduire l’empreinte carbone des bâtiments neufs sur toute la durée du cycle de vie. Nouvelle règlementation environnementale et non plus seulement thermique, elle est considérée comme un levier d’action indispensable dans la lutte contre le réchauffement climatique, si la France veut atteindre la neutralité carbone en 2050, et atteindre les objectifs prévus dans l’Accord de Paris et réaffirmés dans la loi énergie-climat. L’effort de réduction des émissions de gaz à effets de serre doit se répartir entre les différents secteurs de l’économie mais le bâtiment y tient une lourde part puisqu’il était responsable à lui seul en 2019, de 25% des émissions et 40% si l’on prend en compte les émissions indirectes liées à la phase de construction et aux matériaux.

La RE2020 poursuit trois grands objectifs : en matière d’énergie, accorder la priorité à la sobriété de la consommation et à la décarbonation de la production ; diminuer l’impact carbone de la construction des bâtiments ; en garantir le confort en cas de fortes chaleurs.

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La nouveauté par rapport à la RT2012 est d’encourager des modes constructifs qui émettent peu de gaz à effet de serre, en prônant une éco-conception jusque dans le choix des matériaux et des équipements. Il s’agira ainsi de privilégier le recours à des matériaux biosourcés comme la laine, le chanvre et le bois, considérés comme capables de "stocker" le CO2.

L’impact environnemental de chaque matériau, de chaque équipement et de chaque unité d’énergie consommée sera évalué lors d’une Analyse de Cycle de Vie du bâtiment (ACV).  

Toute la filière est concernée : de l’industriel au maître d’ouvrage jusqu’à l’ouvrier du bâtiment ; de la maintenance aux acteurs de l’aval avec la déconstruction et le recyclage, prévient Dominique Naert, directeur du master spécialisé 'Immobilier et bâtiment durables' de l’École des Ponts ParisTech. 

La RE2020 va nécessiter une révolution des mentalités. Il suffit de visiter un chantier pour être conscient du fossé qui existe entre la réalité d’aujourd’hui et les exigences de demain. Mais depuis le temps qu’on en parle, on ne peut pas dire que ça leur tombe dessus.

Dans ce domaine, la France est en retard déplore-t-il et pour étayer ce constat quelques chiffres : les émissions carbone du parc immobilier ont baissé de 4% en vingt-cinq ans entre 1990 et 2015, elles devront diminuer de 49% en 15 ans entre 2015 et 2030 ! Le défi est vertigineux disent les experts et auteurs de l’ouvrage Immobilier et bâtiments durables : réussir la transition carbone et numérique dirigé par Jean Carassus et Dominique Naert de l’École des Ponts ParisTech qui vient de paraître aux Éditions Eyrolles.

Maison passive et BEPOS

La RT2012 s’était grandement inspirée d’une expérimentation qui l’a précédée, à travers le label bâtiment basse consommation (BBC). De la même manière, l’État a lancé en 2017 l’expérimentation E+/C-, pour caractériser les bâtiments à la fois sobres en énergie et en carbone, servant ainsi de point de départ pour élaborer la RE2020.

Pionniers de l’écoconstruction, avec son concept de maison structure bois à énergie passive et positive, le fondateur d’Ecoxia, Laurent Riscala a participé entre 2016 et 2020 à l’observatoire des contrats de performances énergétiques mis en place par l’Ademe et le Centre scientifique et technique du bâtiment décrochant ainsi le label E+C-. Ce laboratoire qui évaluait les nouveaux produits avait classé dans son panorama 6 de ses maisons dans les 20 plus performantes du marché rappelle-t-il. 

L' enveloppe dite intelligente sont tous les modules de la maison construits hors site dans les ateliers de fabrication à Angers et Besançon
L' enveloppe dite intelligente sont tous les modules de la maison construits hors site dans les ateliers de fabrication à Angers et Besançon
- Ecoxia

Ingénieur passé par l’école américaine, Laurent Escala a fondé avec son frère en 2009 son entreprise, enthousiaste dans l’idée d’inventer l’habitat du XXIe siècle. Ce devait être une maison écologique, économe en énergie et bien sûr confortable.

Dès le début, on a considéré que si l’écologie demandait trop de sacrifice au niveau du confort cela ne pourrait pas marcher. Or c’est tout l’inverse qui se passe, les maisons à énergie passive sont plus lumineuses, ont une meilleure acoustique et un air intérieur plus sain.

L’innovation d’Ecoxia réside en tout premier lieu dans la conception de ce que Laurent Riscala appelle l’enveloppe intelligente qui comprend les murs, la toiture, la charpente, les menuiseries et le système de ventilation.

"Tout pour le passif, rien que le passif" avait résumé un expert de l’Ademe nous explique-t-il fièrement.  

Tous les éléments sont en effet pensés dans ce sens. Les murs sont des caissons structure bois d’une quarantaine de centimètres avec panneaux de contreventement rigide et isolation avec des matériaux biosourcés comme la laine de roche, fibre de bois ou ouate de cellulose. 

Les murs à ossature bois, caisson perspirant avec une isolation en laine de roche
Les murs à ossature bois, caisson perspirant avec une isolation en laine de roche
© Radio France - Annabelle Grelier

Les menuiseries sont impérativement du triple vitrage avec protection pour éviter les surchauffes en été. S’y rajoute un système de ventilation double flux qui aspire l’air intérieur tout en soufflant et filtrant l’air extérieur. Une pompe à chaleur réversible assure les températures de 21 degrés l’hiver et 25 degrés l’été. Le seul équipement nécessaire pour maintenir la maison à bonne température et procurer de l’eau chaude précise Laurent Riscala.

Nous sommes concepteurs certifiés passif et réalisateurs ce qui veut dire que l’on s’occupe de tout et que nous sommes responsables de tout. Cela permet un gain de temps, un chantier propre et la maîtrise des coûts.

Car c’est l’autre innovation d’Ecoxia : son organisation. Contrairement aux maisons traditionnelles où chaque corps de métier intervient aux différentes étapes de construction, l’entreprise conçoit sur les plans de l’architecte tous les lots de la maison qui seront fabriqués hors site dans leurs usines partenaires à Besançon et à Angers.

Nous travaillons en temps masqué. Pendant la construction des fondations, nous assemblons dans nos ateliers tous les lots qui seront installés en seulement quelques jours.

En développant sa propre technologie de fabrication modulaire, les délais de fabrication sont raccourcis de plus de moitié par rapport à une construction traditionnelle équivalente. Ainsi, la maison bois Vermont de 100 mètres carrés peut être livrée en seulement un mois.

Le centre de loisirs d'Oissery en Seine-et-Marne construit en 2021
Le centre de loisirs d'Oissery en Seine-et-Marne construit en 2021
- Ecoxia

Après plusieurs années de recherche et développement, Ecoxia s’est lancé en 2017 dans la construction de ses premières maisons passives et séduit maintenant les collectivités locales. L’entreprise vient de finir la construction du centre de loisirs d’Oissery en Seine-et-Marne, un chantier de 500 mètres carrés et le vestiaire du terrain de football de la cité de La Habette, à Créteil. Et nouveauté de cette fin d’année, l’intérêt des bailleurs sociaux comme Versailles Habitat pour des logements passifs à Neauphle-le-Château. 

Bioclimatisme et usages

Démocratiser les maisons à énergie passive passe évidemment par la question du coût. Laurent Riscala reconnait qu’il faut compter aujourd’hui un budget d’en moyenne 15% plus élevé qu’une maison traditionnelle et si l’on veut passer en BEPOS, bâtiment en énergie positive, c’est-à-dire produire plus d’énergie que l’on en consomme, il faut rajouter le budget d’un équipement de production d’électricité alternative comme des panneaux solaires. 

Mais comparaison n’est pas raison dit l’adage et dans la construction cela devient pertinent si l’on raisonne en terme d’investissement. Sur le long terme, les gens s’y retrouveront sans craindre la flambée des prix de l’énergie et leurs factures à la fin du mois estime le fondateur d’Ecoxia.

Les promoteurs sont restés trop longtemps figés au prix du mètre carré. Promettre des maisons toujours moins chères a conduit à des constructions de piètre qualité sans aucune anticipation des besoins écologiques et énergétiques.

Un avis largement partagé du côté des experts. Il faut prendre en compte le prix global d’une maison précise Dominique Naert. Les Suisses et les Allemands le font depuis longtemps déjà sur le modèle de la certification passivhaus. C’est aussi un changement radical des mentalités et des usages qu’il va falloir adopter. 

Un bâtiment seul ne peut pas être positif si vous ne savez pas l’utiliser. Cela nécessite un pilotage et des pratiques simples et rationnelles à apprendre ou réapprendre.

À commencer par quelques règles de bioclimatisme : choisir un terrain à bâtir adapté, définir la bonne orientation nord sud pour ne pas être trop exposé au soleil l’été, car il est toujours plus difficile d’être performant au froid qu’à la chaleur, prévoir assez de fenêtres et des systèmes d’occultations et de ventilation, être raisonnable en terme de surface, privilégier des volumétries compactes et des matériaux avec une bonne inertie ou encore limiter la domotique. Autant de réflexes même les plus simples, que nous avons peu à peu perdus mais qu’il nous faudra retrouver très vite comme mettre un gilet à l’intérieur et fermer nos volets à la force des bras, tout naturellement.