Edgar Morin, philosophe à l'état sauvage - #CulturePrime

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Edgar Morin, ses conseils aux jeunes : "Il faut risquer sa vie"

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À tout juste 100 ans, son parcours est en soi une leçon de vie. Avec sagesse, malice et générosité, Edgar Morin a fait l'effort de transmettre l'essentiel de ce que la vie lui a appris aux plus jeunes d'entre nous. Car il faut vivre, et non survivre.

"Il faut penser que vivre peut comporter un certain risque", aime à rappeler Edgar Morin. Résistant, intellectuel humaniste, pionnier de l’écologie, il se dit “philosophe à l’état sauvage”. Edgar Morin fut de tous les grands combats du XXe siècle, et il a beaucoup à nous dire, surtout aux plus jeunes, lui qui a passé les 100 ans : "Vous vivez dans une époque très précaire. Je dois vous dire que j’ai vécu ma jeunesse dans une époque d’extrême précarité, puisque c’était l’occupation nazie sur la France. J’ai vu la différence qu’il y avait entre survivre et vivre. Survivre, je me planque, je me mets à l’abri. Vivre, à ce moment-là il faut risquer sa vie, mais risquer sa vie, ça permet de participer à quelque chose qui est une communauté de tous les jeunes de tous les pays qui se battent pour la liberté."

Prendre le parti d'Eros

Edgar Nahoum naît dans une famille de Juifs athées en 1921. Sa mère a essayé d’avorter et on le croit mort-né, mais il s’accroche à la vie. Fils unique choyé, il est traumatisé par la mort de sa mère qu’on lui cache, quand il a 10 ans. 

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À 15 ans, son 1er acte politique le conduit à aider les Républicains espagnols dans une organisation libertaire. À 20 ans, il entre dans la Résistance communiste sous le pseudo de Morin, qu’il choisira de garder : "On était quelques uns à résister, à faire notre possible pour nous opposer à l’envahisseur, à l’occupant."

À la Libération, il partage la vie tumultueuse du trio formé par Marguerite Duras, Robert Antelme et Dionys Mascolo. Lui pour qui l’amour, même platonique, est un moteur puissant : "Dans toute l’histoire humaine, vous avez toujours eu le combat entre deux forces inséparables mais ennemies. Eros et Thanatos. Il faut prendre le parti d’Eros. Si vous prenez le parti d’Eros, des forces d’union, de fraternité, d’amour, vous vous sentirez bien dans votre peau, vous serez content, vous serez tonique. Rejoignez tous ceux qui ont pris le parti d’Eros, mais en ayant beaucoup de lucidité pour ne pas vous laisser tromper par des sirènes qui vous aveugleraient. Voilà le message."

Militer pour une "pensée complexe"

Soutenu par Merleau Ponty et Jankélévitch_,_ il n’a pas 30 ans quand il entre au CNRS. Exclu du PC en 1951, il dit l’avoir vécu comme “un chagrin d’enfant, énorme et très court”. Militant lors de la guerre d’Algérie, il fonde le "comité des intellectuels contre la guerre d’Afrique du Nord" et s’engage dans un vaste et constant combat anticolonial.  Ethnologue, il s’installe dans un village breton pour l’étudier sous toutes ses coutures, dans le cadre d’un ambitieux projet pluridisciplinaire. Sociologue, c’est l’un des premiers à prendre au sérieux des phénomènes comme la rumeur, la télévision ou la chanson. 

C’est lui qui invente le mot “yéyé” pour identifier la mode des jeunes de son temps. Cinéaste avec Jean Rouch, il crée le manifeste du cinéma-vérité : Chronique d’un été, une enquête sur le bonheur auprès des jeunes des années 1950. Paris, été 1960, ils s'entretiennent avec des Parisiennes (dont Marceline Loridan-Ivens) et des Parisiens sur la façon dont ils se "débrouillent avec la vie". 

Philosophe, Edgar Morin est l’auteur d’un nombre considérable d’essais, obsédé par l’idée de créer des ponts entre les disciplines, une “pensée complexe”, au service de la connaissance, de la vie, mais d’une vie poétique. 

"Je crois que l’idée de vivre poétiquement est capitale, parce que partout la prose, les choses qui ne vous intéressent pas, que vous subissez par contrainte vous encerclent, vous envahissent, vous parasitent. Essayez alors de lutter. Vivez poétiquement. La poésie ne doit pas seulement être une chose écrite, lue, récitée. C’est une chose qui doit être vécue."

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À lire : Les souvenirs viennent à ma rencontre, Edgar Morin, Fayard, 2019