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Edgar Morin : "Un passé se décompose mais ce n'est pas une décomposition d'une société"

Femmes portant le bigouden et écoutant le crieur public. Prise de vue réalisée par Dan Lailler à Plozévet (Finistère).
Femmes portant le bigouden et écoutant le crieur public. Prise de vue réalisée par Dan Lailler à Plozévet (Finistère).
© AFP - Mucem/RMN-Grand Palais

1968. En 1967 paraissait "Commune en France. La métamorphose de Plodémet" d'Edgar Morin, une enquête sur la modernisation d'une commune du Finistère dans les années 1950. France Culture proposait alors dans "Les lundis de l'Histoire" un débat avec Fernand Braudel et François Furet autour de ce livre.

Animée par Jacques Le Goff, la discussion des "Lundis de l'histoire" diffusée en 1968 porte sur le livre d'Edgar Morin La métamorphose de Plodémet (ou Plozévet). On peut y entendre les voix de Fernand Braudel, Georges Friedmann et François Furet.

Le sociologue Edgar Morin détaille sa démarche sociologique dans ce travail de recherche sur le terrain.

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Je crois très profondément à la nécessité d'une sociologie, d'une science clinique, c'est-à-dire qui essaye de voir à leur état le plus virulent , le plus vivant comment se posent les problèmes. Sociologie ou histoire, pour moi c'est secondaire, je me sens tellement en osmose. Ma démarche propre c'est le phénomène donné, en l'occurrence c'était cette commune, qui est un phénomène donné. J'essaye de l'envelopper par tous les moyens dont je pourrais disposer et avec le maximum d'intelligence dont je pourrais disposer. Peu m'importe de savoir si j'outrepasse les frontières (du reste invisibles) de la sociologie, si je suis historien ou sociologue. Je suis dans la science humaine qui essaye de faire un phénomène. C'est le phénomène qui m'intéresse. Edgar Morin

Débat dans "Les lundis de l'histoire" sur France Culture avec Fernand Braudel et Edgar Morin, auteur du livre "La métamorphose de Plozévet". Diffusé le 12/02/1968

1h 33

Le débat continue de porter sur les "provocations" du travail de terrain d'Edgar Morin à l'égard des historiens. Fernand Braudel y répond.

L'événement c'est une porte qui s'ouvre devant lui [Edgar Morin] et au-delà de cette porte, il regarde soit la conjoncture c'est-à-dire un événement plus long, soit les problèmes de structure. Le processus de démembrement, c'est un processus que l'on peut tout de même picté sur le terrain d'après tel ou tel événement. L'événement vous le dépassez, alors si vous le dépassez, vous n'êtes pas "événementialiste"...  Fernand Braudel

Fernand Braudel ramène la discussion sur le vin et le cabaret, le vin à la fois comme "outil de poésie" mais aussi coïncidence avec une "crise morale".

Le vin a dû accompagner aussi bien l'épanouissement d'un côté que les dépressions de l'autre. Aujourd'hui encore on voit très bien, les ouvriers agricoles, ce sont des gens pour la plupart alcooliques : est-ce qu'ils sont restés à ce stade misérable parce qu'ils sont alcooliques ou bien inversement ? Il y a un lien incontestablement. Ce qui est très frappant, c'est qu'on a l'impression que des gens qui boivent beaucoup comme les marins ne sont pas malades, ne sont pas alcooliques. Autrement dit ceux qui sont dans une crise morale, le vin devient instrument de dégradation y compris somatique. Donc le vin est polyvalent. Le vin de la solitude, de la tristesse, du chagrin, de quelque chose de profondément mélancolique qui reste à côté de la jovialité. C'est une des choses fascinantes du pays bigouden et de ces gens-là parce qu'ils sont très joyeux, très gais, ils adorent plaisanter et il y a en même temps chez eux quelque chose de très rêveur, de très mélancolique. Il ont deux aspects : un aspect de Méridionaux et de Bretons. Alors le vin ne pouvait que s'adapter... Edgar Morin

  • "Les lundis de l'histoire"
  • Production : Pierre Sipriot
  • Première diffusion : 12/02/1968
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA-Radio France