Un homme a baissé son masque (ce qu'il est nécessaire d'éviter) pour fumer une cigarette.
Un homme a baissé son masque (ce qu'il est nécessaire d'éviter) pour fumer une cigarette.

Effet de la nicotine, immunité... les réponses à vos questions sur le coronavirus

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Effet de la nicotine, bactérie prevotella, groupes sanguins : les réponses à vos questions sur le coronavirus

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Vidéo | Quel est l'effet du tabac sur la transmission du Covid-19 ? Le coronavirus laisse-t-il des séquelles ? Pourquoi le groupe sanguin O est-il mieux protégé ? Nicolas Martin, producteur de la Méthode scientifique, a répondu en direct à vos questions scientifiques sur le Covid-19.

Ce matin, Nicolas Martin, auteur de la chronique Radiographie du coronavirus, accompagné par l'équipe de La Méthode scientifique, a répondu en live, sur Facebook, aux nombreuses questions scientifiques des auditeurs de France Culture. Un live que vous pouvez retrouvez ici  ou bien sur notre page Facebook. 

Rendez-vous mercredi 29 avril pour un nouveau live, à 9h, sur Facebook, avec Nicolas Martin.

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De nombreuses questions demandaient quelle était l’influence de la nicotine sur la contamination du SARS-COV-2 :

Allison Reber : Bonjour, quid de l'efficacité de la nicotine ? 

Frederic Says : Bonjour cher confrère, ce matin France Inter indique que la nicotine protège du covid-19. Les fumeurs sont sous représentés parmi les cas graves. Est-ce étayé ?

Plusieurs chose là-dessus : il y a eu plusieurs études, assez contradictoires. Il faut préciser déjà et dissocier deux choses dans le fait de fumer : le tabac qui, je ne vous apprendrai rien, endommage les poumons, et la nicotine.

Il y a eu début mars une étude chinoise montrant que le tabac était dommageable pour les personnes infectées au SARS-COV-2. Dans une étude phylogénétique intéressante, les chercheurs avançaient que le tabac pouvait être une cause de la prévalence de la maladie des hommes sur les femmes : les hommes sont en effet en général plus fumeurs. On sait ainsi qu’il y a une légère surexposition des hommes, d’environ 60 % à 40% par rapport aux femmes. Mais attention, ce serait peut-être les hommes asiatiques, parce qu’il y a de grands phénotypes ethniques : les hommes asiatiques seraient plus touchés, ce qu’on ne constate pas forcément chez les européens.

D’autres études ont été menées de façon peu très significative. Mais on a tendance à constater que le nombre de fumeurs était a priori sous-représenté dans les hospitalisations, tout en constatant par ailleurs que les gros fumeurs eux, lorsqu’ils étaient hospitalisés, déclaraient des formes plus sévères que les gens non-fumeurs. 

Et donc arrive cette étude menée par la Salpêtrière à Paris, sur 480 malades, sur des formes moyennes et sévères, et qui montre qu’il y a une très nette sous-représentation de fumeurs. Une des hypothèses serait que la nicotine est un facteur qui permettrait de moins développer la maladie. Pourquoi ?

Tout ça est à l’état d’hypothèse, il faudrait faire une étude clinique sérieuse, dans les règles de l’art, avec toute les précaution méthodologiques nécessaires. Plein de choses entrent en cause. Par exemple, la déclaration de la consommation de tabac, elle n’est pas obligatoire, on peut ne pas dire que l’on fume. Les épidémiologistes montrent aussi que les personnes les plus touchées sont les plus âgées, sauf que les personnes les plus âgées sont moins fumeuses que la population générale. Il y a ainsi plusieurs biais qu’il faudrait écarter avec une étude clinique. Une hypothèse serait que la nicotine ait une affinité particulière avec les fameux récepteurs ACE2, qui sont les portes d'entrée du coronavirus dans les poumons. La nicotine empêcherait le virus de s’accrocher à ces récepteurs, soit en les détruisant, soit en les occupant, et empêcherait une certaine proportion d’infection. C’est une étude qui ouvre des pistes intéressantes, mais il faut faire attention évidemment. Si c'est vérifié par des études cliniques, il faut dissocier ce qui relève de la nicotine et du tabagisme, c’est une question de bon sens. Le tabagisme important - fumer plus de 10 cigarettes par jours - fragilise les poumons, et les poumons fragilisés vont s’enflammer plus facilement, donc en cas de contraction de la maladie, les formes seront plus sévères, beaucoup plus graves que les patients non-fumeurs. C’est une piste intéressante à confirmer, mais il ne faut pas tomber dans le raccourci “Fumer c’est se protéger contre le SARS-COV-2”. Vous pouvez manger des aubergines par exemple. Une overdose d’aubergine est moins grave qu’une surdose de nicotine.

%C3%A0%20lire : Epid%C3%A9mie%20de%20Covid-19%20%3A%20l'Institut%20Pasteur%20sort%20les%20chiffres

On nous a posé beaucoup de questions également sur la bactérie prevotella. 

Marie Cécile Chapet : “Bonjour, je suis envahie d'articles sur une bactérie présente dans notre flore intestinale, la prevotella, qui aurait un ”rôle majeur” dans la réaction inflammatoire déclenchée par la Covid-19. Ça sent le fake à plein nez ... Vous avez des infos là dessus ?

Vous avez du nez Marie-Cécile Chapet. Pourquoi faut-il se méfier? Un mot rapide sur le poids de la preuve et sur la façon dont il faut se méfier de ces études uniques qui circulent sous le manteau et qui prétendent : “Voilà, on a trouvé la vérité”. Aujourd'hui, il y a des équipes qui travaillent partout dans le monde et qui étudient ce virus pour comprendre ses mécanismes. Et puis il y a des effets de bord. Aujourd’hui on a compris les grandes lignes des mécaniques infectieuses et des mécaniques virales. S’il y avait des découvertes incroyables, ça se saurait, ce ne serait pas sous le manteau, toute la communauté scientifique se mobiliserait.

Il faut se méfier de ces études soi-disant révolutionnaires. Quand quelqu'un affirme qu’il a compris alors que toute le monde n’a rien compris : méfiance !

La prevotella est une bactérie que l’on connaît bien, qui se trouve dans le microbiote intestinal, qui vit dans l'intestin et qu’on sait être à l’origine d’un certain nombre de pathologies. Elle peut changer l’équilibre du microbiote, être un peu surexprimée et déclencher des réactions inflammatoires ; tout ça est parfaitement connu. Ce que dit cette étude à propos de cette prevotella : le SARS-COV-2, s’attaquerait à prevotella à la manière d’un bactériophage. Les bactériophages, ce sont des virus qui entrent dans les bactéries et qui les détruisent. On peut les utiliser en immunothérapie par exemple. Donc le SARS-COV-2 s’en prendrait à cette bactérie dans notre microbiote, et c’est l’association de ce virus avec cette bactérie qui développerait la réaction immunitaire globale - la fameuse tempête de cytokine dont on a beaucoup parlé et qui déclencherait des formes sévères. 

Déjà il y a trois études, qui sont toutes de sources peu fiables, des pre-print, des petits travaux. Le microbiote intestinal de 6 personnes de la même famille a été séquencé et montre des quantités importantes de cette bactérie dans les selles, ce qui signifierait qu’il y aurait une intégration du SARS-COV-2, et que le virus se serait mélangé à cette bactérie. Quand on fait du séquençage génétique, on attrape des petites séquences que l’on met bout à bout et on compare à ce qui existe. Là il on trouvé des petits bouts, on appelle cela des “ribs”, de SARS-COV-2 avec des petits bouts de prevotella. C’est une interprétation vraisemblablement abusive et trop rapide. Tout cela demanderait peut-être plus de travaux. En plus dans ce fameux papier passé sur plusieurs blogs, le papier nie d’emblée l’usage de la chloroquine, que ce serait pour ça que la chloroquine n’est pas efficace. C’est une explication aujourd'hui très largement tirée par les cheveux. C’est ce qu’on appelle une étude “Rogue”, des études qui sortent de nulle part et qui détiennent une vérité cachée : il faut toujours beaucoup de prudence. Le consensus scientifique a un poids, si jamais il y avait une étude disruptive et intéressante, cette information circulerait massivement et serait reprise par l’ensemble des médias.

%C3%A0%20lire : Virus%20cr%C3%A9%C3%A9%20en%20laboratoire%20%3A%20les%20th%C3%A9ories%20fumeuses%20de%20Luc%20Montagnier

Plusieurs questions interrogeaient sur le fait que certains groupes sanguins sont plus ou moins protégés face au coronavirus.

Odile Souny-seillard : On a entendu parler aussi de groupes sanguins plus sensibles que d’autres au virus ?

Effectivement, tout vient d'une étude chinoise, qui montre que la susceptibilité à la Covid-19 ne serait pas la même en fonction qu'on soit de groupe sanguin A, B ou O, ou AB. Que l'on serait plus ou moins protégé face à la contamination. Quels sont les chiffres ? Selon ces études qui ont été menées dans trois hôpitaux de Wuhan et un à Shenzhen, le groupe O serait mieux immunisé avec un risque d'infection 33 % moindre, et les personnes de groupe A auraient à l'inverse 20 % de risque supplémentaire d'être infecté. Pourquoi ? En fait, ce n'est pas une vraie surprise. Pour comprendre ce qu'il se passe il faut faire un peu de biologie moléculaire : quelle est la différence entre les groupes sanguins ? Ce qui fait la différence c'est que les rhésus sont des petits antigènes de surface qui sont sur les molécules sanguines et qui sont différents, suivant qu'on soit A, B ou AB, ou encore O, où il n'y alors aucun antigène. Or, pour distinguer le soi du non-soi, le rhésus est un des marqueurs de différenciation. Si par exemple vous êtes de groupe A et qu'on vous transfuse du sang du groupe B, eh bien les anticorps vont reconnaître les antigènes de surface du groupe B comme du non-soi, et donc vont faire une réaction de défense immunitaire, un rejet. C'est pour ça que O est donneur universel : comme il n'y a pas d'antigènes de surface, et bien on peut vous donner du O sans problème puisque votre système immunitaire ne va pas réagir, puisqu'il ne va pas reconnaître les antigènes de surface. C'est aussi pour cette raison que le groupe O est donneur universel mais qu'il est receveur uniquement du groupe O, puisqu'il possède des anticorps pour les antigènes A et B... C'est pour ça qu'on ne peut donner au groupe O aucun autre groupe sanguin mais qu'il peut à l'inverse en donner à tout le monde.

Ceci étant dit, pourquoi est-ce que le groupe O serait mieux protégé ? Justement à cause de cela : le groupe O produirait plus d'anticorps anti A et anti B. Ce qu'on sait c'est qu'a priori, le SARS-COV-2, quand il infecte les cellules pulmonaires, va finir par présenter en surface ces fameux antigènes de groupe sanguin. Si par exemple une personne de groupe A est infectée par le SARS-COV-2, quand les particules virales dans le mucus vont être exprimées, elles vont présenter ces fameux antigènes de surface de groupe A. Donc si vous vous faites tousser dans le nez par une personne de groupe A et que vous êtes de groupe O, eh bien vous allez inspirer une partie de ces antigènes A de surface à l'intérieur de votre corps. Ils vont alors être reconnus par votre système immunitaire comme un pathogène à éliminer grâce à vos anticorps anti A. Du coup, le groupe O aurait une petite protection supplémentaire, parce qu'il a un système immunitaire plus développé pour lutter contre un certain nombre d'antigènes qui seraient présentés après infection par le virus des hôtes du groupe A ou du groupe B. 

Or le groupe A est très largement surreprésenté dans la population occidentale : il y a donc certainement plus de gens avec des cellules mutées du groupe A qui circulent que d'autres, [ce qui est "avantageux" pour les personnes de groupe O et à l'inverse plus risqué pour les personnes de groupe A]. C’est une protection supplémentaire qui est d'ailleurs relativement connue, et pas uniquement pour les virus respiratoires. Les gens de groupe O ont une immunité un peu plus forte sur les maladies virales que d'autres.