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Élections européennes : "la surabstention des jeunes s'amplifie"

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Illustration du vote des jeunes.
Illustration du vote des jeunes.
© Maxppp - Laurent Theillet

Selon un dernier sondage de l'Ifop, 77 % des Français de 18 à 25 ans comptent s'abstenir lors du scrutin du 26 mai. Cette situation rappelle les élections européennes de 2014, où ils étaient 74% à ne pas avoir voté. Retour sur l'évolution du vote des jeunes aux élections européennes.

Les élections européennes n'attirent pas les électeurs, et encore moins les jeunes de 18 à 24 ans. C'est le résultat d'un sondage Ifop publié avant le scrutin du 26 mai : 77 % des jeunes ne comptent pas aller voter aux européennes. Lors du dernier scrutin européen, en 2014, 74% des Français de 18 à 24 ans ne s'étaient pas déplacés pour aller voter, contre 71 % en 2009. Comment a évolué le vote des jeunes au fil des élections ? Comment se caractérise-t-il ? Retour sur le comportement électoral des 18-24 ans qui ressemble de plus en plus à celui de l'ensemble des Français.

Une abstention très élevée 

Le taux de participation des jeunes Français aux élections européennes semble baisser inexorablement au fil des élections. Selon le dernier sondage de l'Ifop, seuls 23% des 18-24 ans indiquent vouloir aller voter le 26 mai. Leur comportement électoral suit en fait de plus en plus celui du reste des Français. "Les jeunes se rapprochent de l'ensemble des Français sur leurs comportements électoraux. Il y a un phénomène de perte de singularité du vote jeune", détaille Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop. Entre 1979, date des premières élections européennes au suffrage universel direct, et 2014, le taux de participation de l'ensemble des Français aux élections européennes est passé de 60,71% à 42,43%. "Le phénomène de surabstention des jeunes s’est déjà entrevu mais il s’amplifie", affirme Frédéric Dabi. 

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Cela fait longtemps que l’abstention est particulièrement visible lors des élections européennes, mais je dirais que c’est une caractéristique qui concerne l’ensemble de l’électorat.                                                        
Anne Muxel, directrice de recherches au Cevipof

3 min

"Depuis 1979, nous observons au sein de l’ensemble électorat une très forte abstention qui ne cesse de s'accroître de scrutin européen en scrutin européen. Évidemment, les jeunes amplifient cette tendance mais cela s’inscrit dans un phénomène plus large, qui touche l’ensemble de l’électorat", explique Anne Muxel, directrice de recherches au Cevipof, le centre de recherche politiques de Sciences Po. Plus l'abstention est élevée à un scrutin, plus elle est portée par une forte abstention des jeunes, selon Céline Braconnier, professeure de sciences politiques et directrice de Science Po Saint-Germain-en-Laye.

Comme l'ensemble des Français qui se sont abstenus à 56 % lors des dernières élections européennes en 2014, les jeunes se désintéressent à l'Europe. "L'Europe n’est plus une évidence ou n’est pas une évidence pour un certain nombre de jeunes. Ils ne voient pas au quotidien ce que cela change pour eux, ils ont le sentiment de mal la connaître, de la trouver lointaine", résume Mathieu Cahn, président de l’Anacej, l'association nationale des conseils d'enfants et de jeunes, et adjoint au maire de Strasbourg. "Sur ces élections européennes, il y a une logique de vanité du vote : à quoi bon voter pour ces élections ? Ils ont le sentiment qu'elles ne changeront pas leur vie, contrairement aux élections municipales et présidentielle", complète Frédéric Dabi.

"Les jeunes sont plus abstentionnistes que leurs aînés : c’est vrai pour toutes les élections. Mais c'est aux européennes qu'ils sont le plus abstentionnistes. C’est à l’élection présidentielle qu’ils votent le plus. En 2017, au premier tour, 7 jeunes sur 10, parmi les 18-24 ans, ont participé au scrutin", complète Anne Muxel, directrice de recherches au Cevipof.

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Un tropisme de gauche plus prononcé chez les jeunes

Le vote des jeunes en France a toujours été plus ou moins orienté vers les partis de gauche. Pendant longtemps, les jeunes Français votaient massivement à gauche aux élections européennes comme pour d'autres scrutins nationaux. Cette tendance est aujourd'hui moins nette mais elle reste d'actualité. "À une époque, le vote jeune était extrêmement typé, extrêmement spécifique. En 1981, ils avaient plus voté que la moyenne pour Georges Marchais (PCF). En 2002, ils avaient porté en tête Noël Mamère, qui avait fait 5% auprès des Français", retrace Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.

"Avec le temps, les jeunes votent de moins en moins à gauche, par rapport à leur vote dans les années 1980/1990, où la jeunesse était plus acquise à la gauche__. Aujourd’hui, c’est plus balancé, plus nuancé. Il y a beaucoup de jeunes qui ne se reconnaissent ni dans la gauche ni dans la droite, il y en a de plus en plus, 4 jeunes sur 10 aujourd’hui", détaille Anne Muxel, directrice de recherches au Cevipof.

Selon le sondage de l'Ifop récemment publié, les listes de la République en Marche associée au Modem et celle du Rassemblement National arrivent en tête des intentions de vote chez les jeunes pour le 26 mai. Mais dans l'ensemble, les jeunes continuent à voter à gauche. En effet, le total des intentions de vote en faveur des listes de gauche chez les jeunes est de 43 %, toutes listes confondues : Lutte ouvrière, Parti Communiste, La France Insoumise, Génération.s, Place Publique/Parti Socialiste/Nouvelle Donne et Europe-Écologie-les-Verts. "Nous sommes à peine à 28-30 % (d'intention de vote pour des listes de gauche) auprès de l’ensemble des Français : il y a un tropisme de gauche plus prononcé chez les jeunes", affirme Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’Ifop.

Céline Braconnier affirme de son côté qu'il y a toujours un "ancrage plus à gauche du vote des jeunes par rapport au vote global". "Quand ils votent, les jeunes votent plus à gauche : il n’y pas d’exception européenne", complète la directrice de Science Po Saint-Germain-en-Laye.

Ce qui caractérise vraiment les jeunes, c’est la polarisation de leurs choix. Lorsqu'ils font des choix, ils le font plutôt aux extrêmes : soit avec un vote pour la France Insoumise, soit pour le Front National, aujourd’hui RN.                                                
Anne Muxel, directrice de recherches au Cevipof

Si cette tendance au vote de gauche est aujourd'hui moins nette qu'avant, c'est en partie dû à la percée du Front National chez les jeunes, tous scrutins confondus. Cela a été le cas lors d'élections nationales, comme lors de l'élection présidentielle en France de 1995 et 2002. "La liste qui était arrivée en tête chez les jeunes était celle qui était portée par le Front national", rappelle Anne Muxel. "À l’occasion des élections européennes, la jeunesse est plus mobilisée aux extrêmes : elle va utiliser le scrutin européen pour faire passer un certain nombre de préoccupations, revendications", ajoute la directrice de recherches au Cevipof.

Une appétence particulière pour EELV

La liste d'Europe-Écologie-les-Verts (EELV) est la première liste de gauche chez les jeunes, selon les intentions de vote publiées dans le dernier sondage de l'Ifop. Avec 16%, elle arrive en troisième position, parmi l'ensemble des listes présentées aux européennes, soit derrière les listes de la République en Marche associée au Modem et celle du Rassemblement National. Le parti EELV double donc son score d'intention de vote chez les jeunes, puisqu'au niveau de l'ensemble des Français, seules 8,5% des personnes interrogées comptent voter pour cette liste. Mais là encore, le vote des jeunes tend à suivre celui de l'ensemble des Français lors des élections européennes. En effet, lors des scrutins européens, les Français sont plus enclins à voter pour EELV que lors d'un scrutin national. En 2012, par exemple, la candidate EELV, Eva Joly avait recueilli 2,31 % des voix. En 2014, lors des dernières élections européennes, la liste EELV avait remporté près de 9% des suffrages. Il y a donc à nouveau une perte de spécificité du vote jeune pour les Verts.

"Les Verts font de bons scores chez les jeunes, mais ce ne sont pas n’importe pas quels jeunes : il s'agit de jeunes plutôt diplômés", précise Céline Braconnier, professeure de sciences politiques et directrice de Science Po Saint-Germain-en-Laye.

Marche pour le climat à Paris, le 1er mars 2019.
Marche pour le climat à Paris, le 1er mars 2019.
© AFP - JACQUES DEMARTHON

Les jeunes pourraient être amenés dans les années qui viennent à voter plus favorablement en faveur d'Europe-Écologie-les-Verts. Ils sont des centaines de milliers à s'être mobilisés lors des récentes marches pour le climat, leur engagement pour les questions environnementales pourrait donc se traduire par un vote plus important pour les Verts. "Beaucoup de jeunes qui se mobilisent n’ont pas la majorité électorale", rappelle Anne Muxel, directrice de recherches au Cevipof.