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Elie Wiesel : disparition d'un rescapé de la Shoah

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Elie Wiesel à une conférence à Budapest en 2009
Elie Wiesel à une conférence à Budapest en 2009
© Maxppp - LAJOS SOOS

"J'étais si près de la mort, si souvent…" L'écrivain et philosophe américain, rescapé de la Shoah et prix Nobel de la paix en 1986, est mort ce 2 juillet 2016 à l'âge de 87 ans. Il avait été invité à Hors Champs en 2014.

Il avait survécu aux camps de concentration, où il avait été déporté en 1944 alors qu'il avait 15 ans : il y avait perdu ses parents et l'une de ses soeurs. Elie Wiesel avait raconté cette indicible expérience en 1955, dans un récit intitulé La Nuit. En 2014, au micro de Laure Adler, il se souvenait de cette époque : "Jusqu'au printemps 1944, j'ai continué à vivre ma vie d'enfant juif pieux dans ma petite ville. (…) En 1941, ils se sont mis à déporter des Juifs, on ne savait pas où…"

"Je vis avec, elle ne m'a jamais quitté cette mémoire. Elle a remplacé tous les autres souvenirs… Quand j'étais jeune, à l'école encore, mes souvenirs allaient très loin en arrière, jusqu'au Temple, la destruction du Temple à Jérusalem (…)  on était assis par terre dans la tristesse, dans le deuil, comme si c'était hier. Aujourd'hui, c'est un peu différent car les autres éléments qui sont venus ont recouvert tout le reste."

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Réécoutez l'intégralité de cette émission :

Elie Wiesel dans Hors Champs, 17/11/2014

44 min

Durée de l'interview : 44'00

Dans cette émission, Elie Wiesel abordait aussi la question de la transmission, expliquant pourquoi le premier réflexe des survivants était de se taire auprès des jeunes ("Ils n'écouteront pas, ils ne comprendront pas."), pour finir par concéder qu'ils avaient peut-être tort et que les jeunes, aujourd'hui, "voulaient savoir". Lui-même déclinait la manière dont se faisait sa propre transmission : l'enseignement, l'écriture de livres, le fait de donner des cours, des conférences… Il rappelait toutefois avoir attendu dix ans avant d'écrire son premier livre… : "La vérité vraie doit rester au-delà du langage. Mais comment la remplacer alors, cette vérité-là ? Je ne sais pas… je cherche. Si j'étais musicien, j'écrirais peut-être un grand concerto pour violoncelle."

"Je dis ça avec désespoir, je sais que la vraie, vraie vérité restera incommunicable. Personne ne comprendra. Ce qu'il est passé dans la tête et dans le coeur d'un petit garçon qui voyait ses parents disparaître, ses frères et ses soeurs, l'un après l'autre, un après-midi, sous un soleil éclatant, avec des patients curieux qui regardaient le tueur tuer, les victimes tomber… Comment est-ce possible ? (…) Cela restera un grand point d'interrogation et d'accusation."

Enfin, Elie Wiesel se confiait sur sa vision de l'humanité : "Qu'est-elle et où va-t-elle aujourd'hui ? A-t-elle appris ?"… avant d'en venir à parler de lui-même avec pudeur : de son expérience de journaliste par exemple, racontant qu'il tremblait avant chaque interview : "Tout le monde m'intimidait. Le mendiant, la mendiante dans la rue m'intimidaient." Ou encore de son quintuple pontage cardiaque, qui lui avait permis d'apprivoiser l'idée de la mort plus sereinement : "J'étais si près de la mort, si souvent. Et maintenant, qui sait, peut-être ici, dans une chambre calme d'hôpital… alors qu'avant ç'aurait été plus dramatique quand même. Mais je ne sais pas, je n'avais pas peur. Ce n'était pas une angoisse qui me paralysait, et c'est toujours mon enfance qui revient…"

Un entretien également émaillé par les voix de Simone Veil et de François Mauriac (archives).