Ella Maillart : entre voyages et spiritualité
Ella Maillart : entre voyages et spiritualité

Ella Maillart : entre voyages et spiritualité

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Ella Maillart, le voyage comme quête de sens

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Qu’est-ce que la vie ? Cette question, Ella Maillart a tenté d’y répondre en parcourant des régions inexplorées qu'elle a racontées dans ses livres.

Exploratrice pionnière en Asie, Ella Maillart a transformé ses voyages en exploits, en quêtes spirituelles. Vagabonde sportive, "coureuse d’univers", elle parcourra la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran, appareil photo et carnet à la main pour capturer la beauté du monde. 

"Ce qui était fondamental était de comprendre pourquoi et comment l’Europe avait pareillement déraillé pour faire une civilisation de fou qui s’entretue tous les 20 ou 30 ans et alors je me suis dit, en allant vers l’Asie centrale, comme on vivait il y a 2 000 ans, peut-être que je comprendrais ce que nous avons fait comme erreur", déclarait Ella Maillart en 1977 au micro de France 3. 

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Une aventurière

Comment l’Europe en est arrivée là ? C’est ce qu’Ella a en tête quand elle part en 1929 pour Moscou, sac sur le dos avec des vivres pour 15 jours. Ce jour-là, elle devient exploratrice. 

35 min

Mais son âme d’aventurière germe depuis sa tendre enfance… Née en 1903 à Genève, Ella, qui a une santé fragile, est férue de sport. Téméraire, elle chausse ses skis dès qu’elle le peut et participe aux JO de 2024 en tant que navigatrice. Elle est la plus jeune compétitrice et la seule femme de sa catégorie. 

Avec son amie "Miette", elle navigue, intrépide, sur la Méditerranée, rêvant de traverser l’Atlantique.
Ella a 21 ans et enchaîne des petits boulots à Paris, Londres et Berlin. 

J'avais un sac de couchage, quinze jours de provisions sur le dos et je me disais : "l faut aller voir la beauté du monde, en attendant de savoir pourquoi je vis." Ella Maillart

Curieuse d’enquêter sur la jeunesse soviétique, elle découvre dans le Caucase la vie des nomades. Une rencontre qui change sa vie.

"Là, elle a découvert cette vie simple, une toute autre vie, le soviétisme n’avait pratiquement pas touché ces régions et elle a dit : "C’est ça la vie, la vie simple, authentique, traditionnelle." Et c’est ça qui lui a donné le goût du voyage pour voir d’autres sociétés qui entraient dans ce schéma", développe Bridget Dommen, autrice d'un livre sur Ella Maillart. 

Exploration de l'Asie centrale

Elle a 26 ans et parcourt le Caucase seule, sans repères et elle s’y sent bien. Appareil photo à la main, elle immortalise chaque moment. De ce voyage naît son premier roman. 

À la manière d’une ethnologue, Ella décrit les odeurs, les sons, les goûts, les comportements. Pour observer d’autres culture nomades, elle se fait embaucher par "Le Petit Parisien" et s’envole en Mandchourie alors en plein conflit.

30 min

"En fait, elle détestait écrire. C’était une sportive, c’était quelqu’un qui voulait être en plein air, dans la nature et elle a découvert que pour faire ses voyages il fallait à chaque fois écrire un livre pour payer le voyage suivant", ajoute Bridget Dommen

Une fois à l’est de la Chine, elle rejoint l’ouest vers un territoire inexploré : le Kirghizistan. L’aventurier et romancier britannique, Peter Fleming, l’accompagne. Ils traversent le Cachemire, empruntent la route de la soie et découvrent des paysages qui les marquent à vie. 

Vous auriez pu faire ce voyage sans moi, moi je n’aurais pas pu le faire sans vous. Peter Fleming 

Mais sa vie d’écrivaine voyageuse est chamboulée après un voyage en Afghanistan, en 1939, avec une amie toxicomane qui espère se sauver en voyageant.

En quête de spiritualité

"Par son amie elle a vu que la vie intérieure avait beaucoup plus d’importance que la vie extérieure et que la souffrance physique, la guerre, les douleurs, ce n’était rien par rapport à cette douleur spirituelle. Le sens de la vie, qu’elle a cherché toute sa vie, elle a voyagé en partie pour trouver quelque chose, elle a dit : “C’est par là que j’ai découvert qu’il fallait arrêter ces voyages, je regrette d’avoir transformé le monde en terrain de jeux. Il faut chercher son sens de la vie intérieure", " ajoute l'autrice. 

1h 00

Ella transforme alors sa soif d’aventure en quête de spiritualité. En pleine Seconde Guerre mondiale, elle se réfugie en Inde auprès d’un sage.  

J'étais au début d'un voyage tout nouveau qui devait me conduire plus avant vers la vie complète et harmonieuse que je cherchais instinctivement. Ella Maillart

Là-bas elle découvre la plénitude du moment présent. 

"Cette lumière de perception, c’est le mystère suprême, c’est la présence de l’esprit, on tombe à genoux, personne ne peut l’expliquer, qu’est-ce que c’est que la vie, que vous et moi soyons vivantes aujourd’hui", résume Ella Maillart devant les caméras de France 3 en 1991.

Ella rentre alors en Suisse, dans une Europe meurtrie. Ses milliers de clichés sont un héritage inestimable pour ces territoires longtemps inexplorés. Et ses ouvrages, entre roman d’aventure et essai ethnologique, apportent de nouvelles connaissances sur plusieurs communautés d’Asie centrale.   

À partir de 1949, Ella vit dans un chalet à Chandolin, perché dans les Alpes et adopte, elle aussi, un rythme de nomade : l’été dans les montagnes, l’hiver en voyage. Népal, Tibet, Inde, Ella voyage jusqu’à sa mort, à l’âge de 94 ans.