Elon Musk ou la conquête de l’espace

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Elon Musk ou la conquête de l’espace

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Elon Musk, le PDG de SpaceX, rêve d'envoyer des hommes sur Mars. Le 10 octobre 2019, dans les locaux de SpaceX à Hawthorne (Californie)
Elon Musk, le PDG de SpaceX, rêve d'envoyer des hommes sur Mars. Le 10 octobre 2019, dans les locaux de SpaceX à Hawthorne (Californie)
© AFP - Philip Pacheco

La société spatiale SpaceX du milliardaire américain doit lancer ce mercredi deux astronautes américains vers la Station spatiale internationale. Une première pour une société privée. Son fantasque dirigeant de 48 ans ne manque pas d’ambition dans la conquête de l’espace.

Les États-Unis lanceront ce mercredi soir pour la première fois en neuf ans sur le territoire américain des astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS), en présence du président Donald Trump. Un vol habité opéré, et c'est inédit, par une société privée : SpaceX, l’entreprise spatiale américaine du milliardaire Elon Musk, également PDG de Tesla. Depuis 2011 et le dernier voyage de la navette américaine Atlantis, tous les astronautes américains partis en direction de l’ISS ont fait le trajet au départ du Kazakhstan, à bord des Soyouz russes dont le siège aller-retour coûte 80 millions de dollars. Une dépendance qui pourrait donc prendre fin dès aujourd’hui avec le départ de Bob Behnken et Doug Hurley, 49 et 53 ans, à bord de la capsule Crew Dragon. Doug Hurley avait piloté la dernière navette Atlantis.

Si la météo le permet, le départ de la fusée Falcon 9 de SpaceX se fera à 20h42 GMT (22h42 en France) au Centre spatial Kennedy de Floride, l’endroit même où était partie la mission Apollo 11 pour la Lune. Si elle réussit, elle pourrait changer nettement les relations entre le secteur public et les industriels privés dans le domaine spatial. Il s’agirait alors d’un nouveau succès pour Elon Musk dans sa liste ambitieuse de projets pour l’espace. 

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Trait pour trait | 14-15
2 min

Une mission pour acter un changement des relations public-privé

Si la mission Demo-2 qui s’élance aujourd’hui réussit, on ne pourra pas parler d’un événement historique mais plutôt symbolique, estime Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste de l’espace. Déjà parce que cela mettra fin à une période de dépendance des États-Unis par rapport à la Russie pour le lancement de ses astronautes. Une période vécue comme "frustrante" pour le monde politique outre-Atlantique. "Mais la grande nouveauté derrière ce tir est en fait l’arrivée de nouveaux acteurs industriels__, soutenus par l’argent public", explique le spécialiste. "Jusqu’à présent, la Nasa supervisait des programmes techniques et les industriels les réalisaient sous son contrôle, avec un cahier des charges très précis." Désormais, les industriels développent leur propre programme.

"Une délégation desservie est donnée à ces nouveaux acteurs privés qui eux-mêmes ont leur propres programmes, leurs propres moyens et ont conçu beaucoup plus librement ces systèmes", ajoute Xavier Pasco. Mais il ne parle pas pour autant de privatisation de l’espace car l’argent public alimente toujours les programmes.

Là où il y avait une institution, avec une seule vision, se développe donc deux sortes d’institutions, qui, à la différence des anciens acteurs, ont leurs propres capacités et une vision. "Cela crée un écosystème différent où la Nasa et les grandes entreprises collaborent" selon Xavier Pasco. Ce tir est aussi vu comme un test du bienfondé de ce partenariat.

En cas d’échec, "cela serait un énorme coup porté à cette nouvelle relation que la Nasa veut mettre en place avec des sociétés comme celles d’Elon Musk, c’est-à-dire se dégager quelque peu de la conception et ne regarder que la sécurité"

La capsule Crew Dragon et la fusée Falcon 9 avant le lancement de deux astronautes vers la Station spatiale internationale, au Centre spatial Kennedy en Floride, le 24 mai 2020
La capsule Crew Dragon et la fusée Falcon 9 avant le lancement de deux astronautes vers la Station spatiale internationale, au Centre spatial Kennedy en Floride, le 24 mai 2020
© Maxppp - SpaceX

Des succès incontestables

Passionné par l'espace et la science-fiction, Musk a fondé SpaceX en 2002, à 31 ans, avec comme objectif principal de construire des fusées low cost qui permettront d’aller sur Mars. Si l’idée pouvait (et peut toujours) faire sourire, le fantasque et hyperactif patron, comme il est régulièrement décrit, affiche tout de même un certain nombre de succès spatiaux.

En 2006 déjà, SpaceX obtient son premier contrat de la Nasa : il s’agit de ravitailler la Station spatiale internationale. Six ans plus tard, la capsule Dragon parvient à rejoindre la Station spatiale internationale. Depuis, la Dragon de SpaceX a ravitaillé 19 fois l’ISS en matériel et nourriture. 

Un autre succès a marqué l'histoire d'une société alors au bord de la faillite : le 28 septembre 2008, lors d'un nouveau lancement de sa fusée Falcon 1. Après trois échecs. Musk l'a lui-même reconnu, "Si ce quatrième lancement n'avait pas réussi, on aurait fermé boutique. Mais le destin nous a souri ce jour-là". 

En 2015, il parvient à une opération très contestée dans le milieu : faire réatterrir une partie de sa fusée Falcon 9 (neuf moteurs). C’est un succès, après plusieurs échecs, et le début des fusées réutilisables. Le premier étage de la Falcon 9 peut désormais se poser à la verticale sur une barge dans l’Atlantique. 

En février 2018, il réussit, cette fois grâce à Falcon Heavy, estampillée fusée la plus puissante du monde, à lancer dans l'espace une de ses voitures ! Énorme coup de pub pour celui qui a glissé au tableau de bord de son véhicule rouge le message "don't panic".

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On a tendance à voir chez Elon Musk l’aspect fantasque mais il faut reconnaître qu’il a quelque peu transformé le secteur spatial, et pas seulement aux États-Unis. L’impact de son activité se fait aussi ressentir en Europe où est apparue la nécessité de devoir moderniser et diminuer les coûts des lanceurs. La réutilisation des lanceurs était très contestée aussi bien en Europe, qu’aux États-Unis ou ailleurs. Puis finalement, elle fonctionne. On ne sait pas exactement quels sont les coûts de cette réutilisation, si on reconstruit des moteurs mais Elon Musk baisse ses prix.                                                                  
Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste de l’espace

Depuis 2019, l’entreprise lance également des satellites en orbite. Au 1er mai 2020, ils étaient 422 à être déployés et doivent permettre d’accéder à internet, même dans les coins les plus reculés du monde. Au total, 12 000 satellites doivent être lancés et SpaceX souhaite en envoyer 30 000 supplémentaires, au grand dam des astronomes qui craignent de ne plus pouvoir observer correctement le ciel, en raison notamment de la luminosité de ces appareils.

La Méthode scientifique
58 min

Prochaine étape : la Lune

La Nasa souhaite envoyer à nouveau des astronautes sur la Lune, en 2024. Pour cela, "la Nasa a passé deux gros contrats ce printemps, en avril et en mai, précise Xavier Pasco. Le premier est un contrat de ravitaillement en matériel, etc., de la future station lunaire qui sera en orbite autour de la Lune. SpaceX a été retenue parmi d’autres sociétés mais pas Boeing. Le deuxième contrat est celui de l’atterrisseur lunaire__." SpaceX a également été retenue, avec Blue Origin (entreprise du patron d’Amazon Jeff Bezos) et Dynetics. L’agence spatiale américaine choisira l’un des trois alunisseurs présentés. Elon Musk entend bien s’imposer en proposant une fusée réutilisable.  

Des touristes dans l’espace

Le chef d'entreprise et ingénieur sud-africain naturalisé canadien puis américain n’entend pas se contenter de ravitailler la station lunaire. Il souhaite aussi envoyer des touristes dans l’espace, notamment autour de la Lune. Le patron de SpaceX envisage également de faire voyager des personnes d’un continent à un autre, en un temps minime, en passant par une partie d’orbite. "Cela ressemble plus à des coups de com’ d’Elon Musk qu’à des réalités", pour le spécialiste de l’espace Xavier Pasco. 

Elon Musk a réussi à attirer la lumière des projecteurs sur lui. À coup de communication de ce type, Elon Musk fait rêver. Ce n’est jamais totalement irréaliste techniquement parlant mais c’est toujours moins simple que ce qu’il ne laisse entendre. Que ce soit au plan réglementaire car cela supposerait de nouvelles réglementations puis d’un point de vue technique. Cela reste très délicat d’envoyer des gens dans des appareils qui s’apparentent à des fusées, avec tous les risques que cela comporte. De l’ébauche de l’idée à sa traduction dans la réalité, il y a des années et des années, si ce n’est des décennies.                                                                  
Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique

Cette technique permet également à SpaceX d’attirer des fonds puisque, si l’essentiel des revenus de l'entreprise proviennent de fonds publics, elle bénéficie également d’investissements privés. "La grande force d’Elon Musk en parlant de ce type de projets un peu futuristes, pas nécessairement fondés et qu’on peut contester, est d’entretenir une dynamique. Il n’est jamais statique, il est toujours dans la prochaine étape. Cela fascine les gens. Le storytelling est très important pour lui, il raconte une histoire et les gens se laissent facilement prendre par la main", explique Xavier Pasco. 

Le fantasme de Mars

Si SpaceX a été créée, c’est avant tout pour réaliser le fantasme d’Elon Musk : aller sur Mars. Et le patron de la société spatiale ne se contente pas d’en rêver. Il avait commencé par le projet de "Mars Oasis", une serre qui pour la première fois aurait fait pousser du vert sur la planète rouge. Aujourd'hui, dans son usine de Boca Chica, au Texas, le PDG développe sa fusée Starship qui doit aider à son programme martien. Le premier prototype de cette fusée en inox a été présenté en septembre dernier. "Il réalise des choses et il les teste, constate Xavier Pasco. Et au bout du compte, il investit énormément. Il a embauché énormément de monde au Texas pour se concentrer sur ce Starship." 

Elon Musk entend envoyer une première mission vers Mars en 2022 avant d’y envoyer des hommes en 2024. Mais pour Xavier Pasco, cet objectif est très compliqué car pour le moment, "on ne sait pas transporter des hommes vers Mars sans leur faire risquer beaucoup, y compris en terme de santé avec les radiations…" Des problèmes sur lesquels de nombreuses agences travaillent, dont la Nasa. Mais Mars reste pour le moment inhabitable pour l'humain. Se posent aussi des problèmes éthiques souligne cet article de National Geographic : les humains transporteraient avec eux des microbes inexistants sur Mars et pourraient alors anéantir toute forme de vie potentielle sur la planète... 

Les délais de 2022 et 2024 sont intenables pour Xavier Pasco qui précise qu'"il y a une constante chez Elon Musk, il ne faut pas tenir compte des délais dont il parle, ils ne sont jamais respectés !__" Difficile d’imaginer également que, de son vivant en tout cas, Elon Musk, 48 ans, puisse voir se développer cette humanité "espèce multiplanétaire" dont il rêve tant. Le patron de SpaceX prévoit toutefois que, d'ici 2050, un million d'humains peupleront la planète Mars

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L'Invité des Matins
16 min

Quand la culture du zéro défaut rencontre celle d'Elon Musk

"Le spatial est une culture du zéro défaut donc cela prend beaucoup de temps de construire un satellite ou une fusée et c’est très cher. On teste tout, tout le temps et on est à peu près sûr que rien ne peut se passer quand on tire", explique Xavier Pasco. Ce n’est pas le cas dans le fonctionnement d’Elon Musk. "C’est le monde d’internet. On sort une première version très vite et si elle n’est pas tout à fait parfaite, ce n’est pas grave, on sort un patch qui corrige ce qui ne va pas", détaille le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique. 

Cette culture a beaucoup choqué dans le milieu de l’espace. Car celui qui a aussi relancé le projet d'un train Hyperloop à ultra grande vitesse n’hésite pas à faire du low cost. Le satellite ne survivra pas longtemps mais il permettra d’apprendre de ce qui a été fait, de corriger les erreurs et de mettre en place des ajustements successifs. Une méthode qui paye puisque, aujourd’hui, Elon Musk apparaît comme un acteur majeur de l’industrie spatiale.