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Embarquez pour l’île de Marlon Brando… à vos risques et périls !

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Marlon Brando dans les révoltés du Bounty
Marlon Brando dans les révoltés du Bounty
© Getty - Image d'archive

Culture Maison. Dans L’Île de Marlon Brando, Bruno Léandri raconte avec humour et érudition comment la très versatile star hollywoodienne s’enticha d’un atoll tahitien, au point de l’acheter et de s’y établir… très momentanément, bien sûr.

Les éditions du Trésor ont lancé une nouvelle collection, Insulaires, dirigée par Bruno Fuligni. Le principe : aborder une île à travers la singularité d’un récit, et grâce au pouvoir évocateur d’une carte illustrée. Pour l’inaugurer, l’encyclopédiste du dérisoire qu’est Bruno Léandri nous plonge avec L’Île de Marlon Brando dans la passion funeste qui lia le héros des Révoltés du Bounty à une belle Polynésienne, Tarita, et l’atoll paradisiaque de Tetiaroa. Visite guidée du lieu, avec Antoine Guillot, producteur de l’émission Plan Large sur France Culture.

De mutinerie en mutinerie

Le plus moustachu des anciens collaborateurs de Fluide Glacial, Bruno Léandri, qui nous y régala longtemps de son indispensable Encyclopédie du dérisoire, commence son récit un certain 23 décembre 1787, quand un trois-mâts de vingt-sept mètres, le HMS Bounty, appareille de Portsmouth direction Tahiti, avec comme mission d’y récupérer des arbres à pain pour les transplanter en Jamaïque. A bord, un méchant capitaine, William Bligh, et un gentil lieutenant, Fletcher Christian, soit tout ce qu’il faut pour provoquer une mutinerie suffisamment illustre pour que moult livres, récits et films s’en emparent et en fassent l’odyssée légendaire que l’on sait. 173 ans après les faits, en 1960, la MGM décide de donner sa version de l’épopée (deux films ont précédemment permis, en 1933 et 1935, d’incarner le fier lieutenant en deux célèbres moustachus, là encore : Errol Flynn et Clark Gable – mais pour jouer Fletcher Christian, ils se sont tous deux rasés la moustache, on s’égare…) Et qui la major au lion choisit-elle pour leur succéder dans ce luxueux remake en Technicolor et 70 mm, tourné à Tahiti ? Rien moins que « la star absolue de l’époque, l’acteur mythique adulé des foules, alors au zénith de sa carrière », l’homme à la peau de serpent et au marcel sensuellement déchiré, le mouchard douloureux et le motard huileux, Marlon Brando himself

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Lubies fantasques et stakhanovisme sexuel

Le tournage est entré dans la légende des grands désastres hollywoodiens : dix-huit mois de cauchemar, et un acteur difficile et capricieux qui pousse le réalisateur Carol Reed à la dépression nerveuse et à la démission, et son remplaçant Lewis Milestone à lire le journal dans son fauteuil pendant que la Diva réalise seule toutes les scènes où elle figure. Un homme à lubies, que décrit malicieusement Bruno Léandri dans ses toquades et foucades diverses et fantasques. « Au rythme des balles d’une mitrailleuse, écrit-il, la succession de ses engouements touchait tous les domaines : artistique, relationnel, politique, géographique, et surtout sensuel. » C’est ainsi que le demi-dieu, « stakhanoviste sexuel », met dans son lit l’ensemble des vahinés censées conférer sa touche ethnico-érotique à ce film de cocotiers typique de l’air du temps hollywoodien, en ces débutantes années 60. Toutes… sauf une, qui lui résiste farouchement, alors qu’elle joue le premier rôle féminin. Elle s’appelle Tarita Teriipaia, elle a 19 ans et sa beauté est sublime. Le coup de foudre est d’autant plus foudroyant qu’elle est rétive. Peu importe, à force d’insistance et de frottements de narines sur le tournage, elle va devenir la future Mme Brando, à qui il fera deux enfants, avant de la délaisser tout en lui imposant ses caprices, dans une de ces relations passives-agressives dont l’acteur avait la regrettable habitude.

Comment saccager son paradis personnel

Plus profond et beaucoup plus durable, le deuxième coup de foudre est pour une minuscule île déserte - nous y voilà ! - dont il fera son Eden personnel : Tetiaroa. En l’occurrence, c’est « un atoll de six à sept kilomètres de diamètre, constitué de treize îlots couverts de cocotiers, baignés d’un lagon de rêve et entourés d’une barrière de corail sans passage à la mer libre, qui rend leur accès difficile car uniquement possible par petit bateau plat, à la faveur d’une vague. » Et Bruno Léandri, avec son goût un rien sarcastique pour le paradoxe loufoque, de raconter comment, après avoir réussi à acheter l’atoll à une vieille dame aveugle en circonvenant des autorités françaises locales pour le moins circonspectes et réticentes, le néo-Robinson n’aura de cesse de saccager son bijou paradisiaque et isolé, en creusant un chenal dans la barrière de corail, en construisant un aéroport et un hôtel, dont il jouait à l’occasion l’hôte débonnaire dans ses moments d’autoconfinement entre deux tournages. L’hôtel existe encore aujourd’hui, sous le nom de The Brando. Remis au goût du luxe contemporain (à savoir « une merveille d’écologie intégrale »), il accueille depuis 2014 quelques modestes clients tels que Barack Obama, Leonardo Di Caprio, Pierce Brosnan et autres Pippa Middleton.

Un récit aussi drôle qu’érudit

Caustique, enlevé et pince-sans-rire, le récit érudit de Bruno Léandri, agrémenté comme dans toute la collection Insulaires d’une carte très joliment illustrée (signée de l’illustratrice Camille de Cussac), réussit le tour de force de nous plonger à la fois dans l’histoire maritime du XVIIIe siècle et dans la mythologie hollywoodienne, et de nous proposer une réflexion des plus contemporaines sur notre soif d’exotisme écoresponsable et notre propension irrépressible à détruire ce qui nous fait rêver. Tout en nous faisant bien rire, c’est bien le moins.

  • L’Île de Marlon Brando, de Bruno Léandri (64 pages + carte illustrée 15 €) - Editions du Trésor
Le Réveil culturel
26 min

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