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Emmanuel Macron et les médias, un an de révolution en trompe-l’œil

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Emmanuel Macron était interrogé par Jean-Pierre Pernaut le 12 avril dernier dans le cadre inédit et très choisi d'une école primaire d'un petit village normand ( Berd'huis, dans l'Orne)
Emmanuel Macron était interrogé par Jean-Pierre Pernaut le 12 avril dernier dans le cadre inédit et très choisi d'une école primaire d'un petit village normand ( Berd'huis, dans l'Orne)
© AFP - YOAN VALAT / POOL

Après un an à la tête du pays, Emmanuel Macron n'aurait pas radicalement transformé la relation de la présidence avec la presse. C'est la conclusion d'un rapport des cabinets de conseils Adjuvance et Frapier et Saab, qui ont interrogé journalistes et experts des médias.

Il ne pratique ni l'omniprésence médiatique de Nicolas Sarkozy, ni la proximité avec les journalistes, comme le faisait François Hollande. Le président Emmanuel Macron se démarque de ses prédécesseurs. Mais il n'est pas non plus révolutionnaire dans sa relation avec les médias, selon Myra Frapier-Saab et Richard Lazareth, co-auteurs d'une étude sur les relations qu'Emmanuel Macron entretient avec la presse depuis son accession à l'Elysée, il y a un an.

Un accès à l'information plus restreint

Les journalistes d'une trentaine de médias interrogés s'accordent sur le fait que l'accès à l'information a été restreint sous la présidence d'Emmanuel Macron. Richard Lazareth, co-auteur de l'étude, précise que le président semble vouloir se passer des médias en communiquant sans intermédiaire, grâce aux réseaux sociaux. "On ne peut pas dire qu'il est dans la censure. En revanche, à l'unanimité des journalistes interrogés, il y a une information beaucoup plus maîtrisée, d'aucuns diraient verrouillée", ajoute Myra Frapier-Saab :

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Un accès à l'information de plus en plus verrouillé selon Myra Frapier-Saab

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Mais l'étude montre qu'il n'est pas aussi "disruptif" qu'on pourrait le penser, dans sa manière d'utiliser les réseaux sociaux. Emmanuel Macron applique le même modèle que le président américain Barack Obama lors de sa campagne de 2008. Des réseaux sociaux gérés par son porte-parole, l'ancien journaliste Bruno Roger-Petit, dont la nomination à ce poste inédit a fait jaser.

Quand on regarde ce qui est fait sur les réseaux sociaux, on se rend compte qu'il les utilise davantage comme un espace de stockage et de diffusion verticale de l'information que comme un espace de conversation. Emmanuel Macron est dans ce rapport traditionnel de l'information qui part du haut vers le bas. Avec ce système, le journaliste n'est plus le porteur ou le décodeur d'un message mais en devient le spectateur, analyse Richard Lazareth.

Une utilisation des réseaux sociaux très traditionnelle selon Richard Lazareth

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Le projet de déménagement de la salle de presse de l'Elysée en dehors du palais est aussi un symbole de cette volonté de mise à distance des journalistes. Installée dans la cour depuis 40 ans, elle doit être déménagée dans une annexe, rue de l'Elysée. Mais la colère des grandes agences de presse semble pour l'instant avoir fait renoncer le président de la République.

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Un contexte de baisse de moyens favorable à Emmanuel Macron

Selon le rapport, Emmanuel Macron est également loin de se débarrasser des médias traditionnels. Ces derniers mois, il a multiplié les apparitions télévisées. En témoignent les interviews données au journal de 13h de TF1 de Jean-Pierre Pernaut ou encore à BFM TV et Mediapart en l’espace de quatre jours. "Le pouvoir est très respectueux quand même, je crois, des médias traditionnels. On l'a vu récemment avec la partie de catch livrée avec Mediapart et BFM TV. Le président et son équipe n'ont pas non plus reculé devant ce type d'exercice, qui n'est pas non plus confortable", décrypte Myra Frapier-Saab.

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Plusieurs journalistes interrogés soulignent également le rythme "dur à suivre" qu'Emmanuel Macron impose. S'ajoute à cela la "pensée complexe" dont il se réclame et qui compliquerait le travail de la presse. Dans le même temps, l'étude souligne la baisse de moyens et d'effectifs dans les rédactions qui complique la tâche. Un contexte dont profite le président de la République, selon les auteurs de l'étude. C'est ce que le Richard Lazareth appelle l'"effet ciseau" : 

Emmanuel Macron sait évaluer les forces en présence et en profiter. On a le sentiment qu'il a su se rappeler des enseignements principaux de Machiavel. Cet opportunisme et cette capacité à saisir les forces en présence pour aller là où il veut aller.

Une hausse des moyens accordés aux rédactions est nécessaire pour contrer cet "effet ciseau", selon Myra Frapier-Saab. 

On peut aussi très bien imaginer que les rédactions choisissent de ne pas couvrir constamment toutes les interventions présidentielles, en tout cas pas autant qu’elles ne le font aujourd’hui pour bien souvent, c’est aussi un fait nouveau, se retrouver invitées à des conférences de presse... sans avoir le droit de poser une seule question. Le nouveau pouvoir invente alors un drôle de concept : le communiqué de presse lu au micro, sans précisions ni contradictions possibles.

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