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Emmanuel Macron, l’Européen

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Emmanuel Macron à Rome, le 11 janvier 2018
Emmanuel Macron à Rome, le 11 janvier 2018
© Getty - Antonio Masiello

Il faut reconnaître au président français une vraie détermination à ce propos. Le projet européen était l’un des principaux axes de son programme présidentiel. Un an après son élection, Emmanuel Macron a déjà prononcé trois discours sur le sujet et s’apprête à en prononcer un quatrième en Allemagne.

Emmanuel Macron reçoit ce jeudi 10 mai le Prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, qui récompense “son acharnement et son engagement européen”.

"La Société pour la remise du Prix Charlemagne honore en Emmanuel Macron un précurseur courageux du renouvellement du rêve européen." C’est en ces termes élogieux que le Directoire de la Société motive sa décision de récompenser le chef d’Etat français. Il est le deuxième président de la République française à être distingué par ce prix après François Mitterrand.
L'Elysée insistait, lundi après-midi, sur la rapidité avec laquelle Emmanuel Macron se voit récompenser, au bout d’un an de mandat.
Pendant sa campagne, il avait listé dans son programme au moins 26 propositions. Nous dressons ici un premier bilan.

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Ses promesses de campagne : où en est-il ? 

Promesse tenue /en cours de réalisation : 

  • Réforme du travail détaché / mars 2018

Les négociations entre la Commission, le Parlement et le Conseil européen ont débouché sur un accord pour réviser la directive des travailleurs détachés de 1996. Cette directive permettait à toute entreprise de l’UE d’envoyer pendant un temps limité ses salariés dans un autre pays membre. Ces travailleurs dits détachés bénéficiaient des conditions de travail du pays d’accueil, mais les charges sociales restent celles du pays d’origine. Cette directive incarnait une forme de “dumping social”, fléau contemporain de la précarité des travailleurs.

Pour comprendre la directive de 1996 sur les travailleurs détachés, ses limites, les enjeux des négociations et sa future mise en application : 

55 min
  • Réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) pour 2020

La France a exposé trois priorités : l’organisation de l'agriculture en filières économiques, dont Emmanuel Macron a fait un préalable au déblocage de 5 milliards d'euros pour le secteur; la rémunération des services rendus dans le domaine de l'environnement, et enfin, la gestion des crises par la création d’une vraie réserve de crise, “différente de ce qui existe aujourd'hui et qui oblige à ponctionner les aides à la production”.

  • Une Europe de la défense / décembre 2017 

Le 11 décembre 2017, le Conseil de l’UE a adopté une décision établissant la coopération structurée permanente (CSP ou PESCO en anglais) entre 25 États membres. Pour ce faire, le Conseil de l’UE a établi une liste initiale de 17 projets devant être entrepris au titre de la CSP, tel que la formation, le développement des capacités et l'état de préparation opérationnelle en matière de défense.
→ Défis : la coopération structurée permanente ressemble plus aux idées allemandes que françaises : Berlin penche pour un PESCO civil tandis que Paris souhaite à terme substituer le CSP à l’OTAN. Le chef de l’Etat propose enfin la création d’une “académie européenne du renseignement” et d’un “Parquet européen de lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme”. Ce dernier a été approuvé par les députés qui ont adopté le 5 octobre dernier un texte entérinant la création d’un Parquet européen spécialisé dans la lutte contre les fraudes à la TVA et aux subventions européennes d’ici à 2020.

  • Taxation plus équitable des géants du numérique / mars 2018

Dossier ardemment défendu par Emmanuel Macron, il souhaitait une taxation des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) sur la base du chiffre d’affaires réalisé dans chaque pays, et non plus en fonction des bénéfices perçus dans des Etats à faible fiscalité. Le 21 mars, la Commission européenne a dévoilé son projet de taxation des géants du net à 3% de leur chiffre d’affaires, pour des recettes qui pourraient atteindre 5 milliards d’euros par an.

  • Opposition à l’autorisation du glyphosate pour 10 ans

Emmanuel Macron s’est clairement opposé à la proposition de la Commission européenne de reconduire la licence du glyphosate pour les 10 ans à venir. Le vote s’est conclu par un échec suite au revirement des Allemands lors du scrutin. Mais les Français ont réussi à réduire son autorisation à 5 ans. Cette victoire n’est que de courte durée : en effet, le gouvernement s’est engagé à interdire le glyphosate au niveau national dans les trois ans qui suivent. Cet herbicide utilisé par 80 % des agriculteurs français constitue un pesticide à moindre coût mais ses conséquences phytosanitaires sont de plus en plus soulignés par les professionnels de la santé.

En attente : 

  • La signature d’un nouveau traité de l’Elysée, renouvelant les engagements bilatéraux pris par de Gaulle et Adenauer en 1963 

→ Le 22 janvier 2018, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont uniquement fait une déclaration conjointe. Pour cause : l’absence de gouvernement stable de la part de l’Allemagne. 

6 min
  • La généralisation progressive du programme “Erasmus”, avec l'objectif de 200 000 jeunes Français par an effectuant au moins un semestre à l’étranger d’ici 2022. 

→ Enjeux : faire coïncider ambition et financement. La priorité n’est pas d’augmenter le budget de ces partenariats interétatiques, surtout depuis le départ des Britanniques. 

  • La création d’une taxe carbone aux frontières de l’UE pour pénaliser les industries étrangères affichant des standards inférieurs à ceux définis par l’Accord de Paris. 

Cette proposition s’inscrit dans une politique plus globale conduisant à une transition vers une économie à faible émission de carbone, tout en dirigeant les investissements vers des technologies propres. Emmanuel Macron propose d’ailleurs que les bénéfices générés servent à financer le budget européen après le Brexit.

  • Une mesure concernant la crise migratoire

Toujours pas de nouvelles depuis les déclarations tenues lors du discours à la Sorbonne. Emmanuel Macron souhaite “créer un véritable office européen de l’asile” et “une police des frontières européennes”. Enfin, il préconise une “connexion” des fichiers entre les services des partenaires européens, afin d'accélérer la procédure concernant les demandeurs d’asiles.

  • La relance de la taxe sur les transactions financières européennes (TTF)

Évoquée par le président français à plusieurs reprises, la TTF pourrait être utilisée pour financer la transition climatique, et notamment aider les pays en développement - surtout l’Afrique - dans ce domaine. Toutefois, elle ne figurait pas dans le plan pour le climat du 6 juillet 2017 de Nicolas Hulot, ministre de l'Environnement. Pour cause :  la TTF pénaliserait Paris alors qu’elle cherche à tirer profit de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.
 

Promesse incertaine : 

  • L'idée d’un budget substantiel pour la zone euro 

→ Problème : comment compenser les 12 à 14 milliards d’euros annuels qui vont manquer du fait du départ des Britanniques suite au Brexit.

  • La transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES) en Fonds monétaire européen (FME) / avril 2018

→ Le MES a été fondé en 2012, en pleine crise des dettes souveraines européennes, pour renflouer les finances publiques des États membres en difficulté. A chaque plan d’aide, il a exigé de nombreuses réformes structurelles basée sur le modèle du Fonds Monétaire International (FMI). Le futur FME devrait se substituer au FMI, en réagissant plus vite à une possible crise. Il devrait proposer des financements préventifs à un État. Ce FME financé par les États, devrait également assumer un rôle de garant des banques en difficulté dans la zone euro au cas où les mesures déjà prévues ne seraient pas suffisantes. 

Refusée :

  • L'idée d’un Parlement de la zone euro 
  • L'idée d’un ministre des finances européen
  • La constitution de listes transnationales en prévision des élections européennes de 2019

En février dernier, l’assemblée plénière du Parlement européen a rejeté cette idée chère à Emmanuel Macron. Ces listes devaient permettre d’occuper les 73 sièges laissés vacants par les députés britanniques.

58 min

Les quatre discours européens d’Emmanuel Macron

  • Le discours à la Pnyx, Athènes le jeudi 7 septembre 2017 

Le discours lyrique à la résonance démocratique : En visite d’Etat de deux jours en Grèce, Emmanuel Macron tient un discours sur l’Europe qui selon lui doit se refonder sur trois points : “la démocratie”; “la reconquête de notre souveraineté” et le retour de la “confiance”. C’est sur cette colline, symbole de la démocratie athénienne, que le Président de la République a également abordé des sujets comme la convergence fiscale ou sociale en Europe. Pour autant, ce discours présenté par l'Elysée comme “fondateur” passe quasiment inaperçu suite à ses propos controversés sur les “fainéants, les cyniques et les extrêmes”.

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  • Discours à la Sorbonne, Paris le mardi 26 septembre 2017 

Le discours aux promesses substantielles : Suite à l’échec de la portée du discours prononcé en Grèce, Emmanuel Macron prononce quelques semaines plus tard un discours dans la prestigieuse université de la Sorbonne, à Paris. Essayant de s’imposer comme le leader instigateur d’une Europe puissante, le chef de l’Etat a dévoilé plusieurs “mesures emblématiques” dans l’optique de “lancer le débat” au niveau européen, et ainsi aboutir à des réformes tangibles d’ici la fin de l’année.

19 min

Réécoutez ci-dessus le compte-rendu du discours présidentiel par Stéphane Robert. Puis le regard des étudiants Erasmus présents dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne sur le projet des “consultations citoyennes” au micro de Sophie Delpont.

40 min
  • Discours au Parlement européen, à Strasbourg, le mardi 17 avril 2018

Le discours aux propositions visionnaires : C’est au sein de l'hémicycle du Parlement européen qu’a lieu le discours d’Emmanuel Macron, suivi d’un débat avec les eurodéputés. Le chef de l’Etat lance un appel pressant sur la nécessité de s’opposer aux forces populistes qui poussent en Europe. Les membres de l’Union Européenne doivent se concilier sur de multiples thématiques sensibles : l’immigration, le budget de l’UE, la montée des populismes… afin que le modèle européen perdure et progresse face à ce “contexte de doute”. Et pour Macron, une seule arme massive : la démocratie. “Dans ce monde, la démocratie européenne est notre meilleure chance, la pire erreur serait d’abandonner notre modèle, notre identité."

4 min
  • Discours à l'Hôtel de Ville d'Aix-la-Chapelle, le jeudi 10 mai 2018

Le discours de la concrétisation : Récipiendaire du Prix Charlemagne 2018, Emmanuel Macron profite de la remise de son prix pour prononcer un discours dans lequel il tracera les contours de son utopie européenne sur les deux ou trois décennies à venir. Cette distinction constitue un point d’impulsion à la politique pro-européenne du chef de l’Etat, qui peut désormais vanter son idéal contemporain : paneuropéen, démocratique et prépondérant.

Selon l’Élysée, les discours de La Sorbonne, de Strasbourg et d’Aix-la-Chapelle forment un tout : "Il y a un discours sur le passé, un sur le présent et un sur l'avenir de l’Europe."