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Emmanuel Macron largement réélu face à Marine Le Pen mais sous pression et avec une abstention record

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Emmanuel Macron peu avant 22h ce dimanche soir 24 avril 2022 au Champ-de-Mars pour célébrer sa réélection.
Emmanuel Macron peu avant 22h ce dimanche soir 24 avril 2022 au Champ-de-Mars pour célébrer sa réélection.
© AFP - Thomas Coex

Emmanuel Macron est le premier Président de la Ve République réélu sans période de cohabitation, de façon assez nette. Une mobilisation a eu lieu face à Marine Le Pen qui porte malgré tout l'extrême droite à un niveau inédit. L'abstention est presque historique à un second tour de présidentielle.

Emmanuel Macron est entré dans l'Histoire ce dimanche 24 avril 2022 en réussissant l'exploit d'être le premier président de la Ve République réélu au suffrage universel direct hors cohabitation. Le sortilège du président sortant sorti a été brisé avec 58,2% des voix selon l'estimation de notre partenaire Ipsos - Sopra Steria. Une large victoire saluée par une grande majorité de dirigeants européens mais pour beaucoup portée par un barrage à Marine Le Pen. La dirigeante du Rassemblement national s'incline une troisième fois lors d'une présidentielle mais elle permet à l'extrême droite d'enregistrer un score historique. Autre record pour la Ve République, à l'exception de 1969, l'abstention d'un peu plus de 28%.

Victoire nette et inédite d'Emmanuel Macron mais sous très fortes pressions

Le président-candidat a réussi son pari. Sa victoire a été accueillie par une marée de drapeaux français et européens brandis par ses partisans réunis au pied de la Tour Eiffel au son de 'One more time' de Daft Punk. Le Champ de Mars et la Tour Eiffel, lieux historiques, politiques et touristiques connus dans le monde entier. La Tour Eiffel lieu aussi à venir des JO de Paris de 2024, un des objectifs du président réélu.

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Comme beaucoup le prévoyaient, l'écart entre les deux prétendants à la présidence s'avère plus serré qu’il y a cinq ans. En 2017, Emmanuel Macron avait largement distancé Marine Le Pen, avec 66,10% des suffrages. Il passe cette fois sous la barre des 60% et devra se montrer plus rassembleur et prendre en compte le mécontentement très clairement exprimé par l'abstention, le vote blanc, les réponses dans les enquêtes d'opinion ou les messages et les mots-clés sur les réseaux sociaux. Sans oublier le passif des "gilets jaunes", de l'opposition à la réforme des retraites ou encore les récentes critiques sur sa suffisance, son arrogance pendant le débat d'entre-deux-tours.

"Je ne suis plus le candidat d'un camp mais le président de tous" a-t-il déclaré ce soir dans un court discours au Champ de Mars, après une lente marche avec sa femme et des enfants sous l'air de l'hymne à la joie. Emmanuel Macron a promis une "méthode refondée" pour sa gestion du pays et a précisé que le vote de ceux qui l'ont choisi pour "faire barrage" à l'extrême droite l'"oblige pour les années à venir". "La colère et les désaccords" qui ont conduit à voter pour l'extrême droite "doivent trouver une réponse" a également affirmé celui qui a demandé de ne pas siffler ses opposants.

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Durant toute sa campagne, celui qui était entré à l'Élysée en 2017 en "Jupiter" a promis qu'il allait "changer" de méthode pour "associer davantage nos compatriotes". "Je ne crois qu'à une seule chose dans ce moment, c'est de réconcilier la bienveillance et l'ambition", a affirmait-il vendredi lors de son dernier meeting à Figeac. Le 15 avril, sur notre antenne, il relevait une responsabilité des intellectuels et des politiques “à reconsidérer notre démocratie par rapport à cette relation à la radicalité", à “cette volonté de pureté”. Et pour l'avenir, "Il faut réussir à ce que nos compatriotes soient associés eux-mêmes à l'action, surtout quand ils en sont les dépositaires. C'est ça ce que je veux réussir à faire, ce qui est un changement profond. C'est une réforme de l'État autant que des institutions".

Notre billettiste politique Frédéric Says nuance également et relève qu'il n'y a "Pas forcément de quoi plastronner avec le vote protestataire ou de rupture qui a atteint plus de 55% des voix au premier tour et les partis d'alternance traditionnels - LR et PS - totalement marginalisés. Il y a donc un aspect triomphe, certes, mais un peu sur un champ de ruines".

Sur notre antenne également ce dimanche soir, la philosophe et sociologue Dominique Méda a estimé qu'Emmanuel Macron aura "de nombreuses tensions et contradictions à gérer entre son projet et ses différentes annonces récentes, comme au sujet de l'écologie. Et je me demande s'il sera capable de changer en prenant en considération les classes populaires. Et s'il n'en n'est pas capable, on risque d'entrer dans une période très difficile avec des colères, des manifestations et des risques de violences". Yves Bardon, pour Ipsos, confirme au sujet de l'environnement, devenu l'une des grandes préoccupations des Français, et ajoute les enjeux très élevés sur l'inflation, le pouvoir d'achat toutes les difficultés au quotidien ou encore les questions sociales et les référendums.

L'historien Nicolas Roussellier pointe qu'"il est réélu sur un bilan un peu bizarre. Pas vraiment après une série de réformes qu'il aurait menées, en fonction du programme de 2017. Mais n fonction des crises qu'il a gérées, qu'il a pris sur le coin de la figure. C'est assez paradoxal et cela peut nuancer l'idée que le macronisme est réélu à travers Macron".

L'éditorialiste Sylvie Kauffmann évoque enfin "l'immense soupir de soulagement chez nos partenaires européens".

Soulagement marqué à la tête des institutions et pays européens. De Bruxelles, Angélique Bouin.

1 min

Dès lundi, les spéculations vont se concentrer sur le choix du Premier ministre et du gouvernement qui seront chargés de conduire la majorité aux législatives mais aussi de porter ce renouveau pour l'après. Le nom du remplaçant de Jean Castex devrait être annoncé entre le 2 et le 10 mai, selon une source proche.

2h 11

Nouvelle défaite pour Marine Le Pen mais l'extrême droite au plus haut

Marine Le Pen a essuyé dimanche sa troisième défaite à la présidentielle, mais à un niveau élevé inégalé pour l'extrême droite, qui devrait rester une force dominante de l'opposition à Emmanuel Macron. La candidate du Rassemblement national a réuni autour de 42% des voix selon les estimations, soit environ 8 points de plus et 2,5 millions de voix supplémentaires qu'en 2017. "Les idées que nous représentons arrivent à des sommets (…) Le résultat représente en lui-même une éclatante victoire", a-t-elle déclaré très rapidement après 20 heures au Pavillon d'Armenonville, un ancien relais de chasse situé à la lisière du Bois de Boulogne, dans l'Ouest parisien. Laurent Jacobelli, un de ses porte-paroles, pense qu'avec environ 42% des voix "on ne peut plus parler" d'un plafond de verre, parce qu'elle a "progressé dans beaucoup de catégories".

Arrivée en tête en Guadeloupe avec 69,6% des voix, en Martinique (60,87%), à Saint-Barthélemy (54,73%), en Guyane (60,70%), ainsi qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon (50,69%), Marine Le Pen a tenu à remercier les Outre-mer : "Cette France trop oubliée, nous, nous ne l'oublions pas". Emmanuel Macron est arrivé en tête dans les territoires du Pacifique, comme au premier tour, à 61,04% en Nouvelle-Calédonie, à 51,80% en Polynésie française et à 67,44% à Wallis et Futuna.

Marine Le Pen n'a peut-être pas "suffisamment précisé ses projets", comme s'il suffisait "de vouloir pour pouvoir", a expliqué à l'AFP Jean-Yves Camus. Le RN est en outre "né à l'extrême droite, ça repousse encore des gens", selon ce spécialiste, tandis que son mode de fonctionnement a été critiqué en interne; notamment par des proches de sa nièce Marion Maréchal, partis depuis chez Éric Zemmour. Éric Zemmour qui n'a pas manqué de remarquer que "C'est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen" en appelant "le bloc national à s'unir et se rassembler" pour les législatives.

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"Je poursuivrai mon engagement pour la France et les Français", a aussi promis la candidate du Rassemblement national qui avait déclaré pendant la campagne qu'il s'agissait de sa dernière présidentielle. D'ajouter : "Nous lançons ce soir la grande bataille électorale des législatives. Je mènerai cette bataille aux côtés de Jordan Bardella, avec tous ceux qui ont eu le courage de s'opposer à Emmanuel Macron au second tour, avec tous ceux qui ont la France chevillée au corps". Interrogé sur TF1 à propos de l'éventuelle candidature de Marine Le Pen aux élections législatives des 12 et 19 juin, le président du RN Jordan Bardella a laissé entendre qu'elle briguerait sa réélection dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais (Hénin-Beaumont/Carvin). Des législatives décisives également pour l'avenir financier du parti qui fêtera en octobre ses 50 ans. "Je redoute le troisième tour social qui se fera dans les rues", a réagi de son côté sur France 2 le maire RN de Perpignan Louis Aliot.

En 2017, quinze ans après son père, Jean-Marie Le Pen, la candidate avait déjà permis à son parti d'atteindre un score jamais égalé : 33,94% des Français ont voté pour la cheffe de file du Front national.

À noter que l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon a lui aussi immédiatement appelé à la mobilisation pour les législatives. "Le troisième tour commence ce soir, le 12 et 19 juin un autre monde est encore possible si vous élisez une majorité de députés de la nouvelle union populaire qui doit s'élargir", a affirmé celui qui était arrivé troisième lors du premier tour, ratant de près de 400 000 voix la deuxième place,.

Une abstention record au second tour d'une présidentielle

Selon les estimations, l'abstention a tourné autour de 28%, soit un peu plus d'un électeur sur quatre qui a boudé les urnes. L'abstention a gagné 2,5 points par rapport à il y a cinq ans (25,44%). Et elle a également augmenté de 1,7 point par rapport au premier tour du 10 avril (26,31%).

Jamais une abstention aussi forte n'a été enregistrée à un second tour d'une présidentielle, à l'exception du record de 1969, quand les électeurs de gauche avaient, à l'appel du candidat communiste éliminé au 1er tour, massivement refusé de choisir entre "bonnet blanc et blanc bonnet" (Georges Pompidou et Alain Poher).

Selon un sondage Ipsos Sopra Steria publié ce lundi matin au lendemain du scrutin, 41% des 18-24 ans ne se sont pas exprimés dans les urnes dimanche, contre 38% des 25-34 ans et 35% des 35-49 ans, selon l'enquête de l'institut de sondage. Ils sont 26% des 50-59 ans et 20% des 60-69 ans.

S'ajoutent aussi les 6,5% des inscrits qui ont refusé de choisir eux aussi en glissant un bulletin blanc ou nul, soit plus 3 millions d'électeurs.

"35% du corps électoral soit n'a pas voté, soit a voté blanc et nul", a résumé sur LCI le politologue Jérôme Jaffré, soulignant que "17 millions d'électeurs, sur les 48 millions d'inscrits, n'ont pas pris part au scrutin".

Selon un sondage Ipsos - Sopra Steria sur les raisons de l'abstention et du vote blanc ou nul, 24% de ceux qui se sont abstenus disent qu'ils l'ont fait parce qu'ils "refusent de choisir entre deux candidats" qu'ils "rejettent totalement", comme 49% de ceux qui ont voté blanc ou nul.

Avec AFP et Reuters