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Emmanuel Macron : "Le récit national n'est pas un roman totalitaire"

Emmanuel Macron, le 9 mars 2017, dans La Fabrique de l'Histoire.
Emmanuel Macron, le 9 mars 2017, dans La Fabrique de l'Histoire.
© Radio France - Olivier Helle

Emmanuel Macron était, ce jeudi, l'invité de La Fabrique de l'histoire. Au cours d'un entretien de 45 minutes, il est revenu sur sa vision du "roman national", sur les débats autour de la notion de "crime contre l'humanité" et sur son affiliation avec certaines grandes figures historiques. Extraits.

"Ce qui est important c'est que, dans l'Histoire, on ait toujours cette part d"herméneutique, mais qu'elle ne vienne pas déconstruire ce rapport... Allez, allons-y puisque c'est un débat qu'il faut lancer, la vraie identité française", assurait ce matin Emmanuel Macron, invité de La Fabrique de l'Histoire pour discuter de son imaginaire historique. Il a longuement raconté son rapport à l'Histoire, en tant qu'enseignement mais aussi comme forme de "récit national" . Retrouvez ici les principaux extraits de cet entretien.

A ECOUTER L'intégralité de l'émission avec Emmanuel Macron (La Fabrique de l'histoire)

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Identité nationale, récit ou roman national

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Sur la question de l'identité, récurrente dans le débat politique, il s'affiche "très prudent" et privilégie le terme "d'appartenance à une nation". "Je suis toujours très prudent avec le sujet de l’identité car beaucoup de candidats à droite et à l’extrême utilisent ce terme pour replier la France sur la haine de l’autre, sur le fantasme d’un passé qui n’a jamais été. Je crois beaucoup plus au concept d’appartenance à une nation qui n’est pas la même chose qu’une identité. L’Histoire nous apprend que le rapport que nous avons avec la nation française est mouvant, qu'il s'est construit dans l’Histoire par un permanent dépassement."

"Quand je parle de 'récit national', je pense que c’est une fonction de l’enseignement de l’Histoire et c’est la partie éminemment politique. Ce n’est pas un roman totalitaire, ce n’est pas une vérité d’Etat qui doit être enseignée à nos élèves sans aucun recul."

"Dans le roman national, il y a des grands repères qui aident à construire notre appartenance à la Nation, qui sont le rapport à notre Histoire et à ses grandes figures que sont les Clovis, les Jeanne d’Arc etc. Dans ces grandes figures françaises se cristallisent notre rapport à une continuité dans le temps, à l’énergie du peuple français, à une aspiration à la liberté, à l’indépendance, et évidemment le rapport au moment fondateur qu’est la Révolution française, le rapport à la laïcité… Ces blocs que nous avons dans notre Histoire constituent le roman national, l’adhésion à la Nation et à la République."

A ECOUTER : Imaginaire historique des hommes politiques : Daniel Cohn-Bendit, Jean-Luc Mélenchon et Jean-Marie Le Pen

La notion de crime contre l'humanité

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Lors d'un discours tenu récemment par Emmanuel Macron à Alger, il avait qualifié la colonisation de l'Algérie de "crime contre l'humanité". Une sortie qui avait provoqué de nombreux débats et profondément irrité la droite et l'extrême droite. Au micro d'Emmanuel Laurentin, il est revenu sur cette notion :

"Je vous rappelle que le débat, on a eu exactement le même en 2001 au sujet de l’esclavage. Et cela éveille à chaque fois des sensibilités qu’on connaît. D’abord une sensibilité du côté de celles et ceux qui considèrent que la notion de ‘crime contre l’humanité’ devrait être réservée à la Shoah. Je ne remets en rien en cause, quand je cite le terme de ‘crimes contre l’humanité’, l’unicité de la Shoah. J’ai levé cette ambiguïté. Néanmoins il faut voir que depuis Nuremberg la notion de ‘crime contre l'humanité’ a évolué. Le traité de Rome l’a fait évoluer. La France l’a reconnu en 2010 en [la] faisant entrer dans le droit français - je rappelle d’ailleurs quand même qu’à l’époque c’est Nicolas Sarkozy et François Fillon, premier ministre, qui le décident et qui élargissent la notion de crime contre l’humanité, de manière très large, conformément au droit international. [...] Je lève cette première ambiguïté." Emmanuel Macron tient à lever une seconde ambigüité : il n'a jamais assimiler les colons à des criminels contre l'humanité.

"Je ne dis à aucun moment ‘toutes celles et ceux qui ont eu voir avec la colonisation sont des criminels contre l’humanité’. C’est cet espèce d’écrasement d’une notion sur tout ce qui a touché à la colonisation qui est une immense erreur. Mais je dis : des faits qui ont été commis dans ce cadre relèvent de cette notion aujourd’hui."

"Et en même temps il y a d’autres mémoires. Il y a la mémoire des Harkis trahis par la France, qui se sont battus pour elle et y sont revenus sans pouvoir y exister. Il y a la mémoire des pieds-noirs, qui ont vécu justement cette part de colonisation, et parfois de colonisation dans ses aspects plus complexes d’histoires personnelles, de traumatismes aussi, de sentiment d’abandon, qu’il faut savoir respecter. Il y a la mémoire des appelés, des anciens combattants. A aucun moment je n’ai considéré ces mémoires comme étant celles de criminels contre l’humanité. Mais j’ai dit que l’Etat français, en ce qu’il a porté et commis certains actes, a participé de cette histoire. "

Emmanuel Macron, saint-simoniste

Interrogé sur ses filiations historiques, Emmanuel Macron a dit accepter une filiation avec Saint-Simon, sans pour autant qu'elle soit exclusive d'autres filiations : "Il y a certaines personnes qui vous observent, historiens ou historiennes, qui disent : il y a du saint-simonisme chez Emmanuel Macron, questionnait Emmanuel Laurentin. La croyance dans le progrès, la croyance dans le progrès matériel, la croyance dans le progrès social, et peut-être aussi une certaine spiritualité, ou un certain spiritualisme, qui s'allient, comme au XIXe siècle les saint-simoniens mêlaient ces trois données. Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que c’est une erreur de leur part ? C’est un certain style de socialisme au XIXe, le saint-simonisme."

"C‘est une des filiations que je peux accepter, a répondu Emmanuel Macron. [...] C’est une filiation qui a sa part de vérité qui n’est pas exclusive pour autant. [...] Je pense que nous vivons un temps de recomposition profonde et radicale. J’en suis éminemment convaincu. Et que dans ce temps de recomposition vouloir être enfermé de manière exclusive ne permet pas de faire face aux défis du temps présents. Mais j’accepte tout à fait cette filiation comme j’accepte la filiation avec un libéralisme politique français. Notre histoire est faite, l’histoire de la république en particulier, mais même d’avant la Révolution, d’une exigence dans le rapport à la liberté politique aux libertés individuelles, dans le rapport entre le politique et l’individu dans laquelle je me retrouve."

- "C’est pour ça qu’il n’y a pas Robespierre c’est ce que vous voulez dire ?"

- "Je pense qu’il y a chez Robespierre un rapport de brutalité de l’Etat et de la chose publique dans le rapport à l’individu dans lequel je ne me reconnais pas. Il y a la vertu comme une promesse intenable."

- "C’est-à-dire ?"

-" Il y a la part purificatrice de la vertu qui détruit les hommes. Je crois à la vertu comme une valeur qu’on porte. Je crois à la vertu romaine, je crois moins à la vertu robespierriste. Je crois à la vertu romaine en ce qu’elle est une exigence en soi et pour soi. Je ne crois pas à la vertu qui reprend les habits en quelque sorte de l’inquisition pour avoir des méthodes encore plus radicales. Et je me méfie d’ailleurs de tous les grands purificateurs. L’histoire récente vient de nous montrer que parfois celles et ceux qui se drapent des habits de la probité et de la vertu ne sont pas les meilleurs au fond d’eux mêmes pour les porter. Je crois plus profondément qu’il y a un rapport irréductible de l’individu à sa liberté, il y a une nécessité de porter la vertu. Je crois, je l’écris d’ailleurs à la fin de mon livre : dans notre peuple il y a des vertus romaines, c’est celles là qu’il faut savoir réveiller, elles sont très profondes. Mais elles sont en nous, elles ne sont pas dictées par l’Etat. Et donc en effet je me reconnais plus dans l’affiliation de ces grands penseurs et acteurs de la liberté politique, où l’Etat a une exigence, où il y a une probité des décideurs politiques qui est indispensable pour reconstruire la confiance d’ailleurs entre le citoyen et le dirigeant, et j’y suis très attaché. Mais en même temps où il y a cette part de liberté qu’on reconnaît à chacun."