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Emploi des personnes handicapées : la France peut encore beaucoup mieux faire

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En France, 14% des personnes handicapées sont au chômage. Soit le double du taux national. Les entreprises sont pourtant obligées par la loi d'employer des travailleurs handicapés. Image d'illustration
En France, 14% des personnes handicapées sont au chômage. Soit le double du taux national. Les entreprises sont pourtant obligées par la loi d'employer des travailleurs handicapés. Image d'illustration
© Getty - Luis Alvarez

La Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées s'ouvre ce lundi. Alors que le taux d'emploi direct des travailleurs handicapés est resté stable en 2019, à 3,5% de l'effectif des entreprises et établissements concernés. Entretien, analyse au sujet des jeunes et reportage.

Ce 15 novembre marque le début de la 25e édition de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées. Avec deux thèmes mis en avant : la ruralité et la jeunesse. Cet évènement qui vise à faire respecter un droit fondamental, l'accès à l'emploi des personnes en situation de handicap, est désormais largement relayé. Il fait l'actualité, loin de ses débuts dans la confidentialité à la fin des années 90. Mais la France a encore beaucoup à faire. Le secteur public respecte presque l'obligation légale de 6% de personnel handicapé dans la masse salariale, mais pas le privé. Selon une étude de la Dares publiée mardi dernier, en 2019, 505.300 travailleurs handicapés étaient employés dans les 102.500 établissements assujettis à l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés (OETH). Cela représentait 369.800 équivalents temps plein sur un peu moins de 10,5 millions au sein de ces établissements, soit un taux d'emploi direct de 3,5%. Ce taux reste inchangé depuis 2016, quand la proportion de contrats à durée déterminée (CDD) a légèrement augmenté.

"Les entreprises sont en train de bouger" mais "la société française n'a pas encore passé le pas de l'inclusion des personnes handicapées"

Aujourd'hui, moins d'un quart des entreprises sont totalement équipées pour accueillir des travailleurs handicapés. Les PME et surtout les TPE sont à la traîne. Et pourtant, cette mesure est obligatoire. Ne pas le faire expose à des amendes. Il peut aussi y avoir des sanctions pénales. Pour Éric Blanchet, qui préside LADAPT, l'association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées à l'origine de cette semaine de sensibilisation depuis 1997, la société française dans son ensemble et son évolution sont en cause. Il expliquait ainsi dans notre journal de 12h30, interrogé par Thomas Cluzel, qu'"Aujourd'hui, la société française n'a pas encore passé le pas de l'inclusion des personnes handicapées. Tout un chacun reste un peu avec un regard, on va dire prudent, voire méfiant des fois, par rapport à ces situations. Les entreprises sont à l'intérieur de ça. Elles sont en train de bouger et on a quelques exemples de grands groupes, en tout cas les partenaires qui accompagnent LADAPT et la Semaine européenne pour l'emploi, démontrent que cela bouge pas. Mais pas suffisamment. Il y a encore près de 480 000 personnes handicapées en capacité de travailler qui sont au chômage actuellement." 

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Eric Blanchet : "Aujourd’hui, la société française n’a pas encore passé le pas de l’inclusion des personnes handicapées."

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Pour ce spécialiste de la question, tous les secteurs professionnels doivent pouvoir accueillir les compétences de personnes handicapées : "C'est une question d'accompagnement et d'adaptation. Sinon, on se retrouvera toujours dans les mêmes cycles et dans les mêmes métiers de la restauration, pas des métiers d'encadrement, etc. Les jeunes veulent autre chose aujourd'hui". D'après la Dares, les établissements assujettis qui recourent le plus à l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés sont ceux du secteur marchand de l'administration publique, l'enseignement, la santé et l'action sociale, suivis par les établissements de l'industrie. Inversement, ceux du secteur de l'information et de la communication y recourent le moins.

Éric Blanchet de souligner le rôle déterminant de l'école : "C'est là où tout démarre, le parcours qui va vers l'emploi. L'Éducation nationale a certes fait des évolutions, mais elles ne sont pas suffisantes aujourd'hui. Il y a trop de ruptures de parcours pour les jeunes quand on passe de l'école primaire au secondaire, du secondaire aux études supérieures, qu'elles soient professionnelles ou universitaires. Ça reste compliqué encore aujourd'hui pour les familles et pour les jeunes. Le sujet de la précarité est aussi aujourd'hui assez présent dans un certain nombre de familles".

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Des jeunes handicapés d'autant plus frappés par la crise sanitaire

Si les jeunes ont été particulièrement frappés par la crise sanitaire, ceux en situation de handicap l'ont été d'autant plus. Une enquête miroir réalisée par l'IFOP chez les jeunes de 18 à 30 ans le démontre. La recherche d'emploi chez les jeunes en situation de handicap est ainsi quasiment deux fois plus longue. Ils mettent en moyenne plus de sept mois et demi à trouver un emploi, quand cette durée n'est que de quatre mois pour l'ensemble des jeunes. Et la difficulté majeure est  la discrimination : 1 jeune en situation de handicap sur 2 en a déjà fait l'objet au cours de sa recherche d'emploi, 42% ont même été victimes de stigmatisation ou de moqueries. De peur d'être discriminé, 6 jeunes sur 10 ne mentionnent donc pas leur handicap sur leur CV. "Mais vous avez quand même une génération qui est en train de bouger et qui est en train de revendiquer ses droits, relève Éric Blanchet, le Président de LADAPT. C'est quand même quelque chose de nouveau par rapport à la société et à il y a une vingtaine d'années où les personnes handicapées ne prenaient pas la parole. Aujourd'hui, ceux qui font des études et même les autres ont envie, besoin, de revendiquer en fin de compte leur espace de vie. Ils veulent être considérés comme des citoyens à part entière et c'est bien normal".

Autre difficulté : l'accessibilité : 82% d’entre eux déplorent le manque d’offres d’emploi proposant un environnement de travail accessible et adapté à leur handicap. Car si les entreprises de plus de 20 salariés ne respectent pas toujours l'emploi de personnes handicapés à hauteur de 6% de leur effectif, les très petites entreprises ne sont pas suffisamment accompagnées, soutient Éric Blanchet : "On n'a pas laissé la chance aux petites entreprises de pouvoir accueillir, former les jeunes qui n'ont pas obligatoirement fait des études supérieures. On n'est pas dans des histoires de quotas mais dans des histoires d'accompagnement de l'entreprise et de l'entrepreneur. Parce que ce sont souvent des entreprises avec deux ou trois personnes et, bien entendu, c'est la simplicité de pouvoir organiser les choses qui va leur faire passer le pas."

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Reportage en entreprise auprès de salariés sourds de naissance

Une de nos journalistes, Laura Dulieu, s'est rendue dans les bureaux de la société Deafi à Montreuil, à l'Est de Paris. Cette entreprise emploie des personnes sourdes ou malentendantes pour du téléconseil à destination de personnes également sourdes ou malentendantes. Les employés sont en visio et répondent en langue des signes aux clients d'une grande entreprise de télécom. Angélique par exemple est sourde de naissance et avant d'arriver dans cette société, son parcours en entreprise a été compliqué. Elle est traduite par Raphaël, interprète en langue des signes : "Tout ce qui est réunion, discours, échanges entre collègues, je n'y comprenais rien. On n'a pas du tout le réflexe de prendre des interprètes et donc il y a beaucoup d'informations auxquelles je n'ai pas du tout accès. Ce sont aussi des informations qui peuvent être informelles pendant les pauses par exemple. Je n'ai aucun moyen de participer à ces moments-là. et en terme d'adaptation ou d'efforts de la part de mes collègues entendants, il n'y avait vraiment pas grand chose. Quand on m'a proposé de travailler dans l'accessibilité pour les personnes sourdes, je me suis tout de suite proposé parce que j'ai vu mes parents devoir se battre pour avoir accès à certaines choses. Quand j'ai ensuite subi les mêmes situations, je me suis rendue compte qu'il y avait besoin de gens pour les aider, pour permettre une communication directe entre moi, personne sourde, et un client sourd."   

Car cette entreprise joue sur les deux tableaux. En externe, avec son coeur de métier, elle aide les grandes entreprises à rendre accessible leur service client aux personnes sourdes ou malentendantes. Et aussi en interne avec ses salariés. Anabelle Adam est la responsable de la communication : "Nous sommes environ 75 salariés. Il y a une quarantaine de personnes sourdes malentendantes, une dizaine de personnes bilingues, qui sont des entendants mais qui pratiquent la langue des signes française parfaitement, et nous avons des personnes qui ne pratiquaient pas du tout la LSF avant de venir ici. Tout est pensé pour que cela soit accessible pour tous les salariés." Chaque semaine l'entreprise propose aux salariés non bilingues des cours de langue des signes française.

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