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En 20 ans, l'économie de la culture a changé de visage

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Depuis 1995, le poids économique du Spectacle vivant dans l'ensemble des branches culturels est passé de 12% à 15%. Preuve d'un véritable engouement selon le DEPS.
Depuis 1995, le poids économique du Spectacle vivant dans l'ensemble des branches culturels est passé de 12% à 15%. Preuve d'un véritable engouement selon le DEPS.
© Getty - PeopleImages

Entretien. L'arrivée du numérique, la chute du papier, l'explosion du design. Depuis 1995, l'économie de la culture a vu son poids et sa croissance modifiés par des révolutions et par des tendances. Mais comment a t-elle évolué depuis plus de 20 ans ?

Que représente l'économie de la Culture en France ? En 2016, sa valeur ajoutée s'élevait à 44,5 milliards d'euros. Une part importante dans l'économie du pays et pourtant, elle est en baisse continue depuis 2003. Car le secteur a subi de plein fouet la révolution du numérique et finalement, bien plus rapidement que les autres. Ce qui est donc important de mesurer, c'est le poids de l'économie de la culture par rapport à l'ensemble de l’économie. En 2016, il ne représente plus que 2,2% du PIB français, contre 2,5% en 2003. Il est même inférieur à son poids de 1995. 

Tristan Picard, adjoint au chef du Département des Études de la Prospectives et des Statistiques (DEPS) au ministère de la Culture, publie une enquête sur cette évolution économique. Une étude encore limitée par les nombreux défis que devront relever la Culture et l'Économie au XXIème siècle. 

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Comment expliquer la montagne russe du poids économique de la Culture en France entre 1995 et 2016 ? 

Il y a différentes branches qui composent ce pôle économique de la culture. L'audiovisuel, le spectacle vivant, la presse, le patrimoine, les arts visuels, l'architecture, etc... Au sein de ces branches, l'Audiovisuel et le Spectacle vivant ont connu de très fortes croissances entre 1995 et 2003 qui ont porté le poids économique de la Culture. Mais, une autre branche très importante, la presse, est soumise à une crise structurelle depuis plus de 20 ans. Une crise portée par la baisse de son lectorat et surtout l'arrivée du numérique. Donc la hausse du poids de l'économie de la culture entre 1995 et 2003 est porté par l'audiovisuel et le spectacle vivant, la baisse est ensuite tiré par la presse et dans une moindre mesure, le livre. 

La part des différentes branches culturelles dans la valeur ajoutée de l'ensemble de l'économie, 1995-2016.
La part des différentes branches culturelles dans la valeur ajoutée de l'ensemble de l'économie, 1995-2016.
© Radio France - DEPS / Ministère de la Culture

Mais 2,23% en 2016, ça reste un poids qui n'est pas ridicule. À titre de comparaison, en 2015, la Culture se situait légèrement en dessous du secteur hébergement-restauration, un secteur très important dans l'économie. La Culture reste donc tout de même un pôle important, même si la tendance est plutôt négative sur ces dernières années. Après, certaines branches sont en très forte croissance. Par exemple au sein de l'audiovisuel, l'édition de jeux vidéo a une croissance de plus de 20% entre 2015 et 2016. Sur un an, c'est énorme. C'est comme ça depuis 2009. Donc, il y a quand même des secteurs qui vont très bien.

Quel domaine tire le poids de l'économie de la culture vers le haut aujourd'hui ? 

Il y en a plusieurs. Mais sur les évolutions récentes, c'est le domaine des Arts visuels qui est extrêmement porteur. Depuis deux ans, il y a une croissance de +4% par an, quelque chose de très très fort par rapport au reste de l'économie. Dans ce domaine, on retrouve les activités de design, en pleine explosion depuis 20 ans, comme le design des sites web.  Mais aussi la création artistique relevant des arts plastiques, donc le travail des artistes plasticiens et les activités photographiques. Le design porte le domaine alors que la photographie est en crise. Mais la croissance du design est tellement forte qu'elle compense largement cette baisse. Finalement, les Arts visuels c'est le domaine qui monte le plus vite.  Mais le plus fort, ça reste le domaine de l'Audiovisuel qui est toujours en forte croissance. En 2016, il représente toujours presque 30% du poids de l'économie de la Culture. C'est un secteur toujours en grande croissance. Pour donner une idée sur 2016 : on est à +2,5%. L'ensemble de l'économie sur 2016, elle, a augmenté de +1,3%. Donc quelque chose qui croit beaucoup plus vite que le reste de l'économie. C'est dû à deux domaines de l'Audiovisuel : l'édition de jeux vidéo et la production télévisée.  

Les activités du design marquent une très forte progression.
Les activités du design marquent une très forte progression.
© Radio France - DEPS / Ministère de la Culture

Quel domaine est au contraire en baisse ? 

La Presse représente encore 12% du poids de l'économie de la Culture. Mais à titre de comparaison en 1995, elle en représentait 22%. Son importance a vraiment diminué et ça illustre bien les changements de pratiques des Français par rapport à la Culture. C'est le domaine qui a le plus baissé en 20 ans et celui qui baisse encore le plus vite.  Elle fait, face à deux grosses difficultés qu'on observe dans les enquêtes sur les pratiques culturelles du Département des Etudes de la Prospective et de Statistiques. D'abord, les gens lisent de moins en moins. En tout cas sur la partie imprimée et ça continue de s'accentuer. Forcément, cela a un impact sur les chiffres de diffusion de la Presse. Il y a aussi la question du modèle économique pour le numérique : comment monétiser la lecture d'articles en ligne ? Jusqu'à présent, elle a eu du mal à trouver une solution pour rentabiliser son activité et c'est encore un peu trop tôt pour dire si les initiatives prises stabiliseront les choses.   

D'après votre étude, la Presse a tellement ralenti que le Spectacle vivant est maintenant le deuxième pôle économique dans le poids de la Culture... 

C'est une branche qui a connu une très forte croissance, tout comme le Patrimoine, soit les deux activités non-marchandes. Dans nos chiffres on le voit. Que ce soit l'entrées des musées, les concerts, les festivals, etc... Il y a un engouement très fort. Depuis 1995, son poids dans l'ensemble des branches culturelles est passé de 12% à 15%. Alors, ce sont des branches assez déconnectées de la conjoncture économique globale, qui souvent sont en croissance même quand l'économie est en crise parce que c'est un secteur très subventionné. Ce qui fait que les choses peuvent bien se passer même si le secteur marchand va mal. En revanche, 2016 a été une année plus difficile pour le Spectacle vivant et le Patrimoine, conséquence des attentats. Ils dépendent surtout du tourisme et du tourisme étranger et en Île de France, il y a une une baisse significative en 2016. Mais sur le reste de la France ce n'est pas si flagrant. 

Qu'est ce qui a changé alors depuis 1995 ?  

Dans l'audiovisuel et la presse c'est le numérique qui a fondamentalement changé les choses. Tout comme pour les Agences de publicité. Ces secteurs ont dû se réinventer parfois plusieurs fois au cours de cette période. Certains ont réussi et se sont très bien adaptés. Comme le jeux vidéo qui est nativement numérique. La musique a finalement trouvé un modèle et commence à relever la tête. D'autres secteurs sont encore à la recherche d'un modèle efficace, la presse et la vidéo.  

C'est le numérique qui a renversé l'économie de la Culture alors ? 

Ce qui est intéressant, c'est que les secteurs culturels sont ceux qui ont été touchés le plus rapidement par l'arrivée du numérique. Exemple avec la musique et la vidéo. Dès les années 2000, ces secteurs se sont retrouvés en crise avec l'explosion du téléchargement illégal puis légal. Si on regarde les chiffres de la musique par exemple, on constate qu'entre 2003 et 2008 la musique a reculé de plus de 10% en moyenne par an. Une crise extrêmement forte. Et puis en 2016, la musique reprend +5,4% de croissance. C'est parce qu'ils ont réussi à trouver un modèle où ils se basent sur la diffusion en flux, le streaming, qui fait en sorte qu'ils peuvent maintenant quasiment stabiliser leur activité.  Dans la vidéo, ce n'est pas encore tout à fait le cas, (Netflix, la télé à la demande).   

Aujourd'hui on a l'impression que la Culture est partout. Alors pourquoi est-elle faible dans l'économie ?   

C'est une des limites aussi qu'on présente au début de l'étude. On a vraiment du mal actuellement à mesurer les revenus des géants du numériques (GAFA), pour deux raisons. Soit ils ne sont pas forcément bien classés dans le milieu culturel. Puisque les nomenclatures sont sorties en 2008 et qu'il y a beaucoup d'activités numériques qui, à l'époque, n'existaient pas sous la forme actuelle. Par exemple, les sites de flux de musique qui seraient classés dans l'économie de l'informatique. Deuxième problématique, il y a beaucoup de ces géants du numériques qui pour de nombreuses raisons ne déclarent pas leurs revenus en France. Or, on se base sur les données de l'INSEE pour établir nos chiffres. Donc si leur activité en France est opaque, l'INSEE ne peut pas deviner leurs revenus. On peut se retrouver à sous-estimer une partie des revenus de ses activités et il y en a une partie qui est clairement culturelle, comme YouTube ou Google Actualités. Finalement, la question est : de combien est cette sous-estimation ?