"En 2016, j’ai voté pour le Brexit. Aujourd’hui, je voterais contre !"

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"En 2016, j’ai voté pour le Brexit. Aujourd’hui, je voterais contre !"

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Vidéo | Rob MacKay a 38 ans, il habite Liverpool, au nord-ouest de l'Angleterre, et il n’est plus du tout certain que la sortie de l’Union européenne soit la bonne solution pour le Royaume-Uni. Rencontre.

Rob n’a jamais supporté la "machine européenne". C’est même sans doute à cause de ce monstre sans tête qu’il a voté en faveur du Brexit il y a bientôt quatre ans. Mais aujourd’hui, sa position a évolué et sa liberté de mouvement est devenue plus importante que la souveraineté britannique. 

La "machine UE"

Rob MacKay est contre le Brexit, mais il n’est pas un "révolutionnaire" ou un "dangereux gauchiste". Par de nombreux aspects, ce trentenaire serait même plutôt "gentiment conservateur". Pendant que Charlie, sa petite fille de 2 ans joue sur le tapis du salon, lui explique calmement, sans jamais se départir de son joli sourire : "J’ai voté pour le Brexit parce que je n’étais pas heureux. Les choses ne se passaient pas comme je le souhaitais. Mon principal problème, c’était la "machine UE !" Rob n’a donc jamais été anti-européen, mais comme un nombre incalculable de Britanniques, pro ou anti-Brexit, il ne supportait plus les lourdeurs de l’institution européenne : "Je n’ai jamais aimé l’idée d’une armée continentale ou d’une monnaie unique. J’ai toujours pensé que cela « dévaluerait » le pays. Que nous pourrions y perdre nos différences."

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Parce que Rob se sent définitivement Britannique. Un sentiment d’appartenance qu’il résume ainsi : "J’aime mon thé et mes biscuits !" Et ses biscuits, il les a mangés une douzaine d’années en Ecosse avant de revenir à Liverpool. Aujourd’hui, avec Sophie, sa compagne française et leur fille Charlie, il habite une "terraced house", l’une de ces maisons mitoyennes en briques rouges, dans un quartier populaire près des docks de la ville. Mais il le dit :

Je pourrais vivre n’importe où ! Je suis développeur web, mon patron est basé en Allemagne, quelques-uns de mes collègues vivent en Espagne. Moi, je suis ici, mais je pourrais partir.

La rue où habite Rob, dans une banlieue populaire de Liverpool.
La rue où habite Rob, dans une banlieue populaire de Liverpool.
© Radio France - Franck Ballanger

"Partir", le mot est décisif ! Rob se sent bien à Liverpool : il vit juste à côté de l’endroit où il est né et cela pourrait durer jusqu’à la nuit des temps. Sauf que le Brexit est passé par là. Les Britanniques peuvent effectivement avoir le sentiment de récupérer leur souveraineté, mais Rob Mackay a surtout l’impression d’avoir perdu en liberté de mouvement. Finalement, avec la sortie de l’Union européenne, c’est un peu comme ci les Brexiters avaient construit un mur autour de son pays. Et il ne voit pas cette nouveauté d’un très bon œil : 

Je suis en plein questionnement ! Que dois-je faire ? Doit-on partir vivre en France ? Nous y avions pensé avant avec Sophie, mais le Brexit en rajoute encore à mon doute. Et puis il y a Charlie : pour son éducation, un départ en France serait sans doute une bonne chose, mais là-bas, elle ne parlerait plus beaucoup anglais et pour son avenir, ce pourrait être un handicap. 

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Pour la libre circulation des hommes et des idées

Rob s’imagine une nouvelle vie en France. D’autant plus qu’il ne sait pas si Sophie, sa compagne, va pouvoir continuer à vivre en Angleterre. Avec le Brexit, elle doit obtenir un statut de résidente pour pouvoir rester et ce n’est pas une simple formalité. Rien n’est acquis. Il y aurait également la possibilité de demander la nationalité britannique, mais là non plus, sa compagne n’est pas certaine d’avoir gain de cause. Dans ces conditions, un départ vers la France pourrait être la solution la plus simple. 

La Tate Gallery de Liverpool, sur les docks de la ville.
La Tate Gallery de Liverpool, sur les docks de la ville.
© Radio France - Franck Ballanger

Mais ce n’est pas sa situation familiale qui a conduit Rob à changer d’avis sur le Brexit. Il possédait les mêmes ambitions pro-européennes avant de rencontrer Sophie. Encore une fois, si les « Etats-Unis d’Europe » n’étaient pas son rêve, lui est totalement favorable à la libre circulation des hommes et des idées. Il l’a toujours été et c’est bien ce principe qui l’a fait changer d’avis sur l’appartenance à l’Union européenne. 

Jusqu’à la victoire du Brexit, Rob prenait l’Europe pour un conservatoire de la nature et des monuments. En gros, Bruxelles ne pouvait servir qu’à entretenir nos espaces verts et nos vieilles pierres. Le spectre de la réapparition des droits de douane et des frontières a fait "évoluer son opinion". Il le dit en regardant Charlie et Sophie : "Je suis très fier de faire partie d’un groupe. L’Europe est un groupe. C’est symbolique, mais Liverpool est un port et moi, je suis né à Liverpool…"