Publicité

En France, le réchauffement climatique fait évoluer le travail des pompiers

Par
Intervention à Lachaussée, dans la Meuse, pour un feu dans un champ de blé coupé, le 27 juillet 2019.
Intervention à Lachaussée, dans la Meuse, pour un feu dans un champ de blé coupé, le 27 juillet 2019.
© Maxppp - Alexandre Marchi

Entretien. Les pompiers sont confrontés cet été en France à un risque d'incendie maximum, même dans les régions autrefois plutôt épargnées. Depuis une dizaine d'années, l'évolution du climat oblige les soldats du feu à de nouvelles organisations. Explications du porte-parole de leur fédération nationale.

Les pompiers français sont en état d'alerte en raison d'un risque d’incendie maximal dans de nombreuses régions. Avec la canicule du mois de juillet et la sécheresse qui a battu des records cette année, tout est réuni pour faciliter les départs de feu. On retrouve désormais la même situation chaque été depuis une dizaine d'années : les pompiers subissent eux aussi les effets directs du réchauffement climatique. Leurs méthodes de travail doivent donc changer. Avec par exemple récemment des feux inhabituels dans l'Eure, en Lorraine ou lors de précédentes canicules en Bretagne. Le plus important l'an dernier avait eu lieu dans le Jura.

Entretien avec le capitaine Alexandre Jouassard, du SDIS de Seine-et-Marne, porte-parole de la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.

Publicité

A quelle nouvelle problématique se heurtent les pompiers avec le réchauffement climatique ?

Depuis environ une dizaine d'années, nos interventions évoluent, notamment pendant la période estivale. Avec un risque lié à l'indice IFM, l'indice forêt météo [risque d'occurrence d'un feu de forêt calculé par Météo France, ndlr]. Il est important et cela nous inquiète, en particulier pour les parties forestières et agricoles.

On a eu une multiplication d'interventions en lien avec ce type de feu ces dernières années, l'été mais aussi avant et après les mois de juillet et août. 

De nouvelles zones sont touchées par ces grands incendies ?

Ces endroits avaient déjà vécu des feux pendant des étés chauds dans les années 1970 et au début des années 2000. Mais cela ne se produisait que pendant une seule période. Cet été, on a déjà pu observer deux périodes de canicule et on en vivra peut-être une en fin d'été. Et avec ces deux périodes de canicule, nos équipes ont été particulièrement sollicitées avec des feux liés aux récoltes sur pied et une inquiétude spécifique pour les forêts présentes sur notre territoire.

Par exemple, un article a récemment détaillé les inquiétudes pour les pins en forêt de Fontainebleau. Certains sont totalement secs et cela va créer un risque plus important. Les feux de tourbe non virulents à la cime des arbres pourraient ainsi se transformer en feux plus violents et qui courent plus rapidement. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Quels secteurs sont concernés ?

Aucun secteur n'est épargné. Dans le Centre par exemple, l'Indre-et-Loire a été récemment touchée par de nombreux feux de récolte plus importants que d'habitude. La région parisienne également. Pour y faire face, il existe un vrai développement de nos moyens aériens pour avoir des zones d'écopage. Les Canadair ont besoin d'eau. Sur une zone en feu, après un premier largage, ils doivent pouvoir trouver de l'eau à proximité. Plusieurs points d'eau existent en région parisienne, avec la Seine évidemment. Ces zones n'avaient pas été testées jusqu’à présent pour les Canadair, qui ont besoin d'accès particuliers pour leur permettre d'écoper en toute sécurité. Nous avons fait ces tests l'an passé, et de nombreuses régions commencent à réfléchir à leurs futures zones pour pouvoir demander les vecteurs aériens s'ils devaient être confrontés à un feu très important dans les prochains mois ou années.

Il s'agir d'établir une nouvelle capacité à recevoir des moyens aériens nationaux là où ces besoins n'étaient jusqu'ici pas nécessaires.

Reportage sur le cas de l'Indre-et-Loire. Par Lisa Guyenne

1 min

De quoi vont avoir besoin ces régions dans les prochaines années ?

Il faut de l'entraide. En Europe, on le voit bien avec le Portugal, avec l’Espagne. Ces pays-là font de plus en plus appel à l'aide européenne et la France, l’Italie, tous les pays du sud prêtent leurs moyens et engagent des moyens pour aider ces pays là. 

L'objectif est de faire exactement la même chose. On le fait dès aujourd'hui avec par exemple en ce moment sept colonnes [des unités de pompiers d'autres départements, ndlr] engagées dans le sud de la France pour prêter main-forte aux sapeurs pompiers de la région.

Il y a aussi la capacité technologique. Aujourd'hui, nous bénéficions de drones en surveillance, au-delà des outils aériens classiques. On utilise maintenant des drones équipés de caméras qui permettent de voir des départs de feux en temps réel et donc d'être le plus rapide possible sur les lieux.

Enfin, il y a notre capacité en France à avoir des pilotes aguerris. Nous avons malheureusement eu un drame il y a peu [un avion bombardier d'eau s'est écrasé, dans le Gard, tuant son pilote le 2 août dernier].

Comment faciliter l'entraide si de nouvelles régions sont affectées et que leurs pompiers doivent rester sur place ?

Il faudra peut-être une aide internationale ou des moyens frontaliers de pays moins touchés. Sans doute aussi grâce à une organisation de l'aide nationale. Les unités d'instruction de la sécurité civile sont également là pour ça : aider sur sur les coups dur au niveau national. La répartition devra être réfléchie moins zone par zone mais peut-être à niveau étatique.

Aujourd'hui, nous avons encore la capacité de réagir parce que justement toutes les zones ne sont pas touchées en même temps. Lorsque l'Ouest est à l'abri mais que le Sud est en difficulté, on peut donc encore envoyer des colonnes de l'Ouest.

Des unités de l'Est, de l’Île-de-France sont ainsi en ce moment dans le Sud parce qu'il fait un peu plus frais dans le Nord et le taux de sécheresse et les difficultés avec les récoltes sont passés.

La prévention aussi doit évoluer dans les nouveaux départements touchés. Les gens n'y ont pas forcément les bons réflexes pour l'instant ?

Non, et nous souhaitons vraiment communiquer à ce sujet. C'est valable d'ailleurs pour tous les risques : on observe lors d'inondations que ceux qui se mettent le plus en danger sont des touristes ou des personnes pas forcément accoutumées aux risques. Notre objectif est d'acculturer les citoyens. Le citoyen doit être le premier acteur de sa sécurité, on essaie de le répéter de plus en plus. À travers les réseaux sociaux, les radios, les télés.

Les gens doivent comprendre que peu importe où ils vivent, il y a des risques. Ils sont mouvants et ils vont se développer dans le temps.

Les pompiers vont donc avoir besoin de davantage de moyens ou il va juste falloir mieux les répartir ?

Je dirais les deux. La répartition est évidemment un sujet, d'ailleurs nous nous sommes améliorés à ce niveau-là. Il y a une entraide également entre les départements pour essayer d'avoir un niveau de réponse quasi identique. 

Une nouvelle flotte d'avions avec des moyens encore plus modernes et performants serait évidemment appréciée, tout comme pour nos interventions sur des inondations. Après, tout cela a un coût et il faut l'évaluer par rapport à ce que l'on peut sauver, ce que l'on peut préserver en terme d'habitations, d'éléments d'environnement.

Nous pensons avec la fédération nationale des sapeurs-pompiers qu'il est important de se rendre compte au fur à mesure, notamment avec les assurances, de ce que préservent les sapeurs-pompiers. On parle souvent des vies humaines évidemment, mais on n'évoque pas forcément toujours le reste. Cela doit justement être chiffré pour pouvoir dire : un avion qui coûterait 800 000 euros, un véhicule à tel ou tel prix, ce n'est peut-être pas grand chose par rapport à ce qui été sauvé grâce à ce moyen-là.

Cette problématique s'inscrit aussi dans contexte actuel du mouvement social des pompiers, partout en France, où plusieurs dizaines de services souhaitent davantage de moyens et demandent à revenir à l'essentiel de leurs missions...

Notre fédération défend clairement ce mouvement, avec des axes d'améliorations très précis : l'augmentation du nombre d'interventions, les interventions récurrentes pour des motifs qui ne dépendent pas de nous normalement et de nombreux dossiers sur lesquels ceux qui nous gouvernent doivent décider.

Aujourd'hui, les sapeurs-pompiers répondent à tous les appels et font le maximum pour pouvoir prêter main-forte à la population et être présents sur tous les champs d'action. Notre champ principal est le secours d'urgence aux personnes et nous devons ensuite être présents sur toutes les interventions liées aux risques naturels.

Pour ce qui concerne les missions dépendant normalement d'autres services, des échanges ont commencé entre différents ministères - de la Santé, de l'Intérieur - pour que cela évolue. Cela doit changer rapidement, pour nos agents et pour la population.