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En France, une vague de problèmes de santé mentale chez les jeunes et précaires

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Beaucoup de personnes rassemblées et peu de masques portés lors de la fête de la musique, à Paris près du Canal Saint-Martin, après le déconfinement, le 21 juin 2020.
Beaucoup de personnes rassemblées et peu de masques portés lors de la fête de la musique, à Paris près du Canal Saint-Martin, après le déconfinement, le 21 juin 2020.
© AFP - Abdulmonam Eassa

L'invité de la semaine. Un possible relâchement après le déconfinement suscite la crainte d’une reprise de la pandémie qui a déjà eu un fort impact en termes de santé mentale en France. Un consensus fragile dans la population a laissé place à des stratégies différenciées, estime le sociologue Patrick Peretti-Watel.

"Il y a eu une forme de différenciation intergénérationnelle douloureuse pour les plus jeunes" estime le sociologue de l'Inserm, Patrick Peretti-Watel.

2 min

Le 21 juin, pendant la fête de la musique, au cours de nombreux rassemblements, les gestes barrières imposés contre la Covid-19, n’ont pas été bien souvent respectés. Un peu plus d’un mois et demi après le déconfinement, les masques sont de moins en moins portés dans les rues et dans les commerces. La crise sanitaire n'est pas terminée et pourtant, nous constatons aujourd'hui des signes de relâchement, alors que les mesures drastiques prises par le gouvernement, en plein pic de l’épidémie, avec pour message la préservation de la vie à tout prix, ont été acceptées et même suivies à la lettre par la très grande majorité des Français.

Le chercheur de l’Inserm à l’IHU Méditerranée Infection à Marseille, Patrick Peretti-Watel, spécialiste de la sociologie du risque et de la santé, estime qu’il y avait alors un “consensus fragile”, que le confinement a eu de fortes répercussions, en termes de santé et de santé mentale en particulier, que son impact sur la population a été marqué aussi par un accroissement des inégalités sociales et que les comportements évoluent maintenant en fonction de l’âge et des modes de vie, les plus jeunes étant particulièrement confrontés à une forme "d'arbitrage intergénérationnel".

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Prévalences et évolutions des indicateurs de santé mentale et des problèmes de sommeil (% pondérés), Enquête CoviPrev, France métropolitaine, 2020
Prévalences et évolutions des indicateurs de santé mentale et des problèmes de sommeil (% pondérés), Enquête CoviPrev, France métropolitaine, 2020
- Santé publique France

Santé publique France a lancé une enquête, depuis le 23 mars, sur l'évolution des comportements et de la santé mentale. Quels enseignements en tirez-vous ?

Cette enquête montre que pendant le confinement, la santé mentale au sens large des Français s'est très significativement dégradée, en termes d'anxiété, en termes de dépression et en termes de problèmes de sommeil aussi. Et comme l'enquête s'est poursuivie, nous constatons un recul de ces indicateurs, un recul des problèmes de santé mentale après le confinement, mais pas encore un retour à la normale.

Nous ne savons pas encore combien de temps cette vague de problèmes de santé mentale va mettre pour se résorber, sachant que les résultats de Santé publique France montrent aussi une différenciation sociale assez importante, puisque du point de vue du sexe, de l'âge, de la catégorie socio-professionnelle, du niveau de diplôme ou du niveau de revenu, l'impact n'est pas le même, l'impact est plus fort chez les plus précaires et chez les plus jeunes.

Il faut avoir en tête que cette période était marquée par une crise sanitaire et donc une menace très aiguë, jugée comme très forte par la population, et que le confinement en lui-même posait aussi des problèmes. C'est la conjonction de ces deux phénomènes qui semblent avoir particulièrement touché les 18-24 ans, en l'occurrence.

Et si les urgences peuvent maintenant être débordées, c’est lié au fait que les services de soins ont été monopolisés par la réponse à la crise et nous avons donc aujourd'hui toutes les personnes, non prises en charge ou dont la prise en charge antérieure a été interrompue, qui reviennent en masse à l'hôpital. L'impact de la crise dans les services de psychiatrie, en particulier, a provoqué une forte demande qui n'a que très imparfaitement pu être prise en considération et satisfaite pendant le confinement.

Dans l’établissement public de santé mentale de Ville-Evrard, à Bondy, le 7 mai 2020.
Dans l’établissement public de santé mentale de Ville-Evrard, à Bondy, le 7 mai 2020.
© AFP - Loic Venance

La situation en France ressemble-t-elle à celle des autres pays en Europe, dans le monde ?

Pékin a publié dès le mois de février des études montrant qu’il y avait en Chine un impact du confinement et de la crise sanitaire sur l'anxiété et la dépression, en particulier aussi d'ailleurs justement chez les plus jeunes.

Ces données ont depuis été confirmées dans d'autres pays par des enquêtes internationales et certains experts parlent déjà de seconde vague, pas de seconde vague épidémique, mais de seconde vague sur le plan de la santé mentale, en disant que cette seconde vague, pour le coup, elle est déjà là, qu’on la ressent déjà, notamment en termes de besoins en soins, en soutien, en support psychologique et ça, c'est vrai à peu près partout dans le monde.

À réécouter : Déconfinements et des contaminations : état des lieux de la Covid-19

Vous avez mené votre propre enquête, en participant à l’étude COCONEL. Avez-vous d’autres conclusions ?

Avec COCONEL (Coronavirus Confinement Etude Longitudinale), il s’agissait pour nous de suivre sur des échantillons représentatifs chaque semaine cette période de confinement, pour voir comment la population française vivait la situation.

Tout au long de l'étude, nous avons pu observer que les gens avaient des attitudes très positives à l'égard du confinement. Dès le début, nous avions près de 90% des personnes interrogées estimant que le confinement était la seule mesure efficace à mettre en œuvre pour lutter contre l'épidémie et cette proportion n'a que très peu baissé par la suite. En fin de confinement, nous étions toujours à plus de 80%, sachant que ce consensus pour nous était quand même fragile, parce que nous avions aussi une majorité qui considérait que ce confinement était un moindre mal et une solution induite par l'impossibilité de faire autre chose, c’est-à-dire que le manque de masques, le manque de tests, le manque de moyens hospitaliers faisaient que, effectivement, il fallait confiner, que c’était la conséquence aussi de l'absence d'autre solution.

Ce consensus était fragile parce qu'également socialement différencié. Les gens qui ont le plus souffert du confinement étaient forcément moins enclins à le soutenir.

Nous avons relevé aussi un soutien paradoxal au confinement, mesure sans précédent extrêmement contraignante et qui avait un coût et même des coûts, que ce soit on l’a dit en termes de santé mentale, en termes de santé tout court, de coût matériel... il y avait vraiment des conséquences fortes. Les gens l’ont soutenu, alors même que pour la plupart d'entre eux, il n'y a pas eu finalement de contact avec la maladie.

Dans le cadre de notre étude, nous demandions aux gens chaque semaine si eux-mêmes avaient été infectés, si quelqu'un dans leur foyer avait été infecté ou s'ils avaient des proches, famille, amis qui avaient été infectés.

Et au tout début du mois de mai, nous avions quasiment trois quarts des Français adultes qui répondaient non à ces différentes questions, trois quarts des Français qui n'ont pas été touchés, ni eux-mêmes, ni aucun membre de leur foyer, ni des personnes qu'ils connaissent. Et pourtant, ils se sont astreints au confinement.

La principale raison pour laquelle les gens sont restés à ce point consensuel sur la question du confinement, malgré ses coûts et malgré le fait qu'ils ne soient pas directement ni même indirectement confrontés à la maladie, c’est le traitement médiatique sans précédent qui a été fait à cette pandémie.

Des soignants transportent une personne infectée par la COVID-19, à la sortie d'un TGV médicalisé, le 10 avril 2020 à la gare de Bordeaux, après son évacuation, comme celle de 23 autres patients d'hôpitaux submergés de la région parisienne.
Des soignants transportent une personne infectée par la COVID-19, à la sortie d'un TGV médicalisé, le 10 avril 2020 à la gare de Bordeaux, après son évacuation, comme celle de 23 autres patients d'hôpitaux submergés de la région parisienne.
© AFP - Mehdi Fedouach

Dans nos enquêtes, nous avons pu en observer l’impact. Des images sur les morgues dans des camions frigorifiques à côté des hôpitaux parce qu'il n’y avait plus de place, ou sur les services de réanimation complètement surchargés avec des malades évacués par hélicoptère avec autour une demi-douzaine de soignants en combinaison de protection intégrale, ces images-là ont été jugées effrayantes par les trois quarts des personnes interrogées.

Nous avons observé aussi des comportements d'évitement, après un mois de confinement, deux tiers des gens disaient qu'il leur arrivait de changer de chaîne de télévision ou de station de radio parce qu'ils n’en pouvaient plus, qu’ils voulaient éviter un énième reportage sur le coronavirus et d'autres affirmaient qu’ils ne suivaient plus le comptage quotidien de personnes décédées.

Le confinement a été bien accepté, malgré le fait que la maladie reste invisible pour la plupart des gens, grâce aux médias. Mais il y a eu en même temps un coût à ce traitement médiatique, puisque nous avons pu observer une corrélation nette entre cette exposition à l'information sur l’épidémie et les problèmes de santé mentale.

À réécouter : Médias et coronavirus (1) : le regard d'Alain Comte-Sponville

Dans le cadre de ce consensus, le confinement a-t-il été vécu de la manière partout en France ?

Il y a des différenciations géographiques puisque certaines régions étaient nettement plus touchées que d'autres et il y a aussi des différenciations sociales.

Le confinement a accru les inégalités sociales préexistantes et en particulier les inégalités sociales de santé. D'abord, tout simplement parce qu'il y a eu un “effet logement”. L’Insee considère qu'un logement est surpeuplé dès qu'il y a moins de 18 m2 par personne, mais ce n’est pas la même chose de vivre dans un logement dit surpeuplé, quand on n'y est que quelques heures par jour et uniquement la nuit, au regard de ce qui s’est passé du jour au lendemain pour beaucoup de gens qui se sont retrouvés comme leurs voisins, chez eux, tous, 24 heures sur 24.

Le confinement n’a pas du tout été vécu de la même manière et ça, nous avons pu l'observer. Qu'on soit en milieu rural ou en milieu urbain, qu'on ait accès ou non à un extérieur, qu'on soit en habitat collectif ou dans un habitat pavillonnaire... il y a eu un très gros impact des inégalités préexistantes, en particulier de logement, sur la façon dont était vécu le confinement.

Et cela, nous le retrouvons aussi au niveau des attitudes à l'égard du confinement, le fait d'y être plus ou moins favorable, ou en termes de l'impact en termes de santé mentale. Sur d'autres indicateurs aussi, nous avons très bien vu la différence du point de vue de la situation professionnelle ou du point du niveau de revenu aussi, où l'impact n'a pas été le même.  Quand nous regardons la proportion de personnes qui a pu télé-travailler selon la catégorie socio-professionnelle, alors bien évidemment, pour un cadre, c'est beaucoup plus facile que pour un ouvrier ou même un employé.

L’impact sur la situation professionnelle, au-delà de l'impact matériel, a donc été différencié. Dès le début du confinement, nous avions environ un adulte sur cinq déclarant avoir une situation financière difficile depuis le début du confinement, à cause du confinement. C'est une proportion qui est restée stable pendant tout le confinement, malgré les mesures qui ont pu être mises en place. Et bien sûr, cette proportion varie énormément suivant la profession et suivant le niveau de revenu initial. De façon générale, le confinement a été beaucoup plus difficilement vécu par les plus précaires, et cela a eu aussi un impact en termes de santé.

Nous avons pu voir que, d'une part, les personnes les plus précaires ont, plus souvent que les autres, ressenti un besoin de soutien psychologique, parce que plus souvent dans une situation de détresse liée notamment à des indicateurs de surpeuplement du logement et d’autre part, ils ont eu moins souvent la possibilité d'avoir accès aux soins, et donc effectivement, il y a eu lieu un redoublement des inquiétudes à la fois du point de vue du besoin ressenti d'accès aux soins et de la capacité d'y accéder. C’est le principal résultat de notre étude, il y a un impact en termes de santé mentale socialement différencié.

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Santé publique France, en fonction des résultats de son enquête, affirme vouloir justement chercher à identifier les populations les plus vulnérables, en se fixant pour objectif de mieux orienter et cibler l’offre de prévention ? Qu’en pensez-vous ?

C’est tout à fait louable, mais ce qui est important aussi, c'est de mener des recherches qui permettent de comprendre pourquoi ces segments-là de la population ont plus mal réagi, puisqu'on parle de prévention.

Puisque nous observons des augmentations de consommation d'alcool ou de tabac, il faut voir comment ces comportements sont différenciés, sachant que pour certains segments de la population, le confinement a pu être l'occasion de réduire les consommations. Il est important de comprendre pourquoi à un moment donné, quand on est dans une situation précaire, de surpeuplement de logement, augmenter sa consommation de tabac ou d'alcool, cela peut être vécu comme un exutoire.

Le fait que ce type de consommation puisse être vécue en milieu précaire comme une façon de tenir le coup, c'est une tendance qui est connue depuis des années et qui a pu être vraiment très aigüe pendant cette période-là.

Il est effectivement important de cibler pour la prévention, de cibler les populations qui ont été les plus impactées de ce point de vue-là par la crise. Mais il est aussi très important de bien comprendre par quel mécanisme, par quel processus il y a eu ces comportements d'adaptation.

Il ne faut pas considérer que boire de l'alcool ou fumer du tabac, c'est une maladie et donc essayer de cibler des gens qui sont plus atteints par cette pathologie que d'autres. Il faut essayer de comprendre pourquoi ces pratiques sociales sont plus fréquentes dans certains milieux que dans d'autres.

Quand on cible une population pour y mener des actions de prévention visant à prévenir des conduites à risque, il est important de ne pas réduire ces conduites à risque à l'expression d'un problème biologique, pathologique, mais les considérer comme des pratiques sociales qui ont un sens pour ceux qui s'y adonnent, qui correspondent à des processus d'apprentissage socialement partagés. C'est toujours vrai et plus encore dans ce cas précis, je pense.

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La crise sanitaire n'est pas terminée. Le nouveau coronavirus continue à circuler et pourtant on observe un relâchement dans l’application des dits gestes barrières. Comment expliquer cette tendance, après une longue période de respect des injonctions ?

Je pense que c'est d'autant plus compréhensible que les gens ont respecté justement avant, les injonctions préventives. Dans leur quotidien, l'épidémie, c'était le confinement. Le déconfinement, cela veut dire pour eux que, a priori, l'épidémie n'est pas forcément plus là, mais moins là.  Les gens, ne serait-ce que parce qu'on les a autorisés à sortir de chez eux, se sentent moins exposés. Et puis ensuite, nous pourrions dire que la vie reprend ses droits. Même si le risque est toujours là, les gens vont arbitrer entre ce risque-là et d'autres risques.

On a toujours tendance à oublier en santé publique le fait qu'il n'y a pas que la santé dans la vie, tout simplement, et qu'effectivement, de même que dans les années 80 et 90, on n'arrivait pas à comprendre pourquoi beaucoup de jeunes ne mettaient pas de préservatif pour avoir un rapport sexuel alors qu'ils risquaient d'être contaminés par le VIH, alors qu'il y avait, en fait, d'autres risques à prendre en compte pour eux : le risque de refus du partenaire, le risque de solitude affective..., de même aujourd’hui, on a aussi d'autres risques. Par exemple, il faut bien travailler pour vivre et nous l’avons vu aux Etats-Unis, où en particulier les gens qui ont un emploi précaire sont moins enclins à respecter les gestes barrières parce qu'ils ont plus besoin de s'exposer pour travailler et parce qu'il y a un risque aussi de ne pas ramener suffisamment d'argent chez eux à la fin de la semaine.

Mais on peut aussi décliner cette notion de risque concurrent dans tous les autres domaines de la vie, que ce soit du point de vue affectif, social, amical, professionnel..., on est enclin à faire des arbitrages, on accepte de s'exposer à un risque d'infection au coronavirus parce que on veut éviter de perdre son emploi, de perdre ses amis, de trop déprimer à force de ne pas voir ses proches, etc.

Et c'est d'autant plus vrai que le risque est très différencié puisque nous savons maintenant que tous les efforts déployés visent surtout à protéger les personnes vulnérables et en l'occurrence les personnes les plus âgées et les personnes qui sont déjà atteintes de maladies chroniques.

Il y a une forme d’arbitrage intergénérationnel. On parle un peu abusivement aujourd'hui déjà de génération Covid, de génération sacrifiée pour les jeunes, mais il vrai que les conséquences économiques et sociales qui vont probablement être considérables et qui vont durer des années devraient concerner plus spécifiquement les jeunes.

Cet arbitrage intergénérationnel est, il me semble, douloureux pour les jeunes pour lesquels le confinement était le plus difficile à vivre, pour lesquels, justement, il y a le plus de risques concurrents alors qu’ils sont en même temps les moins exposés eux-mêmes en termes de conséquences sanitaires potentielles, en tout cas ceux qui n’ont pas de maladies chroniques graves, à savoir la plus grande majorité.

C'est donc tout à fait compréhensible qu’il y ait ce qu'on appelle un relâchement. Et j'ajouterais que c'est aussi un début de retour à la normale qui est encouragé par les pouvoirs publics. Il suffit de regarder les terrasses des bars ou des restaurants où les mesures de distanciation sociale sont très peu appliquées. La population a besoin d'un semblant de retour à la normale et elle y ait encouragée parce que c'est bon pour elle et bon aussi pour l'économie.

À réécouter : Santé et/ou économie : le dilemme du déconfinement

Selon une étude de l'Inca, l’Institut national du cancer, 76% des Français déclarent qu’ils feront plus attention à leur santé à la suite de la crise du Covid-19. Cela veut-il dire que notre rapport à la maladie a évolué, en raison de la pandémie ?

Si l'Inca se saisit de cette occasion pour essayer d'inciter les gens à faire plus attention à leur santé et à adopter des gestes préventifs, c’est positif évidemment, mais il y a quand même de fortes chances que ce sentiment-là soit fugace et se résorbe.

Il est probable aussi que cette réaction soit elle aussi socialement différenciée et qu’il y ait le sentiment inverse. Pour revenir à des questions de risques concurrents, si des gens pensaient en janvier et février pouvoir continuer à vivre une vie normale et qui du jour au lendemain, se trouvent confinés avec une maladie apparemment mortelle circulant aux portes de chez eux et réduisant considérablement d'un seul coup leur espérance de vie potentielle, nous pourrions très bien avoir, à l'inverse, des comportements de prise de risque, certains pouvant se dire : “À quoi ça sert d'éviter d'avoir un cancer dans 20 ans, puisque si ça se trouve, je vais attraper un virus mortel d'ici quelques semaines ?”

La réaction mécanique qui consisterait à être davantage attentif à sa santé suite à cette pandémie, ne me parait pas couler de source.

S'agissant des attitudes de la population française adulte vis-à-vis d’un vaccin potentiel contre la Covid-19, nous avons observé pendant toute la durée de l'enquête COCONEL, qu’une grande majorité, à peu près un Français sur quatre, refuserait de se faire vacciner, principalement pour des doutes à l'égard de l'efficacité et de l'innocuité du vaccin.

Les experts en vaccination estiment que d’habitude la méfiance est dûe au fait que les vaccins seraient victimes de leur succès, avec l'idée que puisque les vaccins ont contribué à faire disparaître un grand nombre de maladies, la population ne se rend plus compte à quel point ces maladies sont dangereuses.

Mais aujourd’hui, cela ne peut évidemment pas être le cas puisque nous sommes encore en pleine pandémie. La défiance contemporaine à l'égard des vaccins, en particulier en France, est donc avant tout nourrie par une défiance à l'égard des vaccins eux-mêmes et pas du fait que la maladie ne serait pas suffisamment dangereuse pour nécessiter un vaccin ou d'une d’inquiétude ou une méfiance à l'égard de la vaccination en général.

Les gens que nous avons interrogés se méfient du possible vaccin contre la Covid-19, parce qu'il serait produit dans un contexte d'urgence par une industrie pharmaceutique qui ne suscite plus non plus beaucoup de confiance du point de vue de la population.

Et je pense que ces attitudes de défiance à l'égard de la vaccination sont aussi nourries par une défiance aussi à l'égard de la science qui a été nettement aiguisée pendant cette période de confinement et de crise sanitaire.

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