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En Géorgie, un chaos bien ordonné ?

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Mardi 23 février 2021, la police géorgienne investit par les toits le siège du parti d'opposition Mouvement national uni.
Mardi 23 février 2021, la police géorgienne investit par les toits le siège du parti d'opposition Mouvement national uni.
© AFP - Vano Shlamov

Un chef de l'opposition en prison, un Premier ministre démissionnaire, des milliers de manifestants dans la rue. La Géorgie, petit pays du Caucase, ne se remet pas du scrutin contesté de l’automne 2020, remporté par un parti, aux affaires depuis 2012, très proche de la Russie.

Dernier épisode en date d’une crise bien installée, les Géorgiens ont pu assister mardi 23 février à l'arrestation de Nika Melia, le chef du principal parti de l'opposition, le Mouvement national uni, le parti créé, en partie, par l'ancien président géorgien, Mikheil Saakachvili, réfugié en Ukraine.

Une opération brutale, qui a fait 17 blessés, pour interpeller l’homme de 41 ans… accusé d'incitation à la violence lors de manifestations en juin 2019 – ce qu’il nie.

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Pour le ministre de l'Intérieur, la police a fait un usage de la force proportionné de la force, tandis que le porte-parole du gouvernement dénonçait, en référence à Melia, qui risque 9 ans de prison, des "délinquants faisant de la politique". Ambiance nauséabonde.

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En réaction, des milliers d'opposants se sont rassemblés devant le siège du gouvernement, à Tbilissi, mardi soir. Les mêmes qui, depuis les législatives du 31 octobre et du 20 novembre 2020, contestent la légitimité du parti au pouvoir, Rêve géorgien, accusé d'avoir truqué le scrutin. C’est d’ailleurs l’un des reproches que les électeurs font à ce mouvement, aux affaires depuis 2012 : au-delà de son incapacité à relancer l’économie, Rêve géorgien est régulièrement accusé de porter atteinte aux principes démocratiques.

Purge démocratique

Signe supplémentaire d’un repli autoritaire à Tbilissi, le Premier ministre Guiorgui Gakharia, en profond désaccord au sein de majorité sur la liberté de l'opposition, a démissionné. Et un allié modéré de Rêve géorgien comme le parti centriste et libéral du banquier Mamouda Khazaradze a appelé à mener un combat pacifique et inlassable pour défendre la démocratie géorgienne.

La patte de Moscou semble s’installer sur l’ex-République soviétique. Le nouveau Premier ministre, Irakli Garibachvili, ancien ministre de la Défense – tout un symbole – est un proche de Bidzina Ivanichvili, le chef de Rêve Georgien. Or Ivanichvili n’est pas seulement influent. Il est l’homme le plus riche de Géorgie, après s’être enrichi en Russie dans les années 1990. Et en bon oligarque, Ivanichvili connaît personnellement Vladimir Poutine. 

Pour l’ancien diplomate Matthew Bryza, du cercle de réflexion Atlantic Council, "le système démocratique géorgien est brisé".

Sans une médiation plus grande de l'Occident, la situation pourrait devenir très dangereuse.

À ce stade, les amis de la Géorgie se contentent d’exprimer leur inquiétude. L’émissaire de l’Union européenne, Carl Hartzell, a déclaré "regretter que la logique d’une escalade l’emporte", tandis que l’ambassadeur de France Diego Colas prévenait : la France, qui attend "un respect des droits de la défense", suivra "avec une grande attention" la façon dont Nika Melia sera jugé. Washington, de son côté, s’est dit "profondément préoccupé" par cette arrestation, en contradiction avec l’intégration euro-atlantique.

Le gouvernement géorgien a sans doute choisi une politique plus proche des "démocratures" que de l’Occident. 

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