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En guerre contre le nucléaire, le Nobel de la paix 2017 récompense l'ICAN

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L'image principale du compte Twitter de l'ICAN
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- ICAN

Le prix Nobel de la paix a été attribué ce vendredi à l'ICAN, la campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires. Une coalition de plus de 450 ONG dans une centaine de pays, lancée il y a dix ans pour mobiliser les citoyens et faire pression sur leurs gouvernements.

La lutte antinucléaire était favorite pour le Nobel de la paix 2017. Les tensions très vives entre la Corée du nord et les Etats-Unis et la récente remise en question de l'accord sur le nucléaire iranien y participaient. Ce vendredi matin, la prestigieuse récompense est finalement allée à la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), parmi 318 candidatures cette année. Cette coalition internationale recevra près d'un million d'euros à Oslo le 10 décembre. De l'argent venu du souhait d'Alfred Nobel de financer un prix grâce aux bénéfices de son invention involontaire : la dynamite !

Ce vendredi, la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen, qui a appelé les puissances nucléaires à entamer des "négociations sérieuses" en vue d'éliminer leur arsenal, a notamment déclaré :

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Nous vivons dans un monde où le risque que les armes nucléaires soient utilisées est plus élevé qu'il ne l'a été depuis longtemps. Certains pays modernisent leurs arsenaux nucléaires, et le danger que plus de pays se procurent des armes nucléaires est réel, comme le montre la Corée du Nord.

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Le combat de l'ICAN

Depuis 2007, cette coalition internationale s'attaque aux armes nucléaires. Elle s'était lancée à Vienne, en marge d'une conférence internationale du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Forte aujourd'hui de 450 organisations non-gouvernementales partenaires dans une centaine de pays, elle cherche à mobiliser les citoyens pour faire pression sur leurs gouvernements. Elle a su aussi convaincre des célébrités comme l'archevêque sud-africain et prix Nobel de la paix Desmond Tutu, le musicien de jazz Herbie Hancock ou encore le Dalaï lama.

Basée dans les bâtiments du Conseil œcuménique des Eglises à Genève, près de l'ONU, l'ICAN pousse à des négociations sur un traité d’interdiction des armes nucléaires. Ces organisations humanitaires, environnementales, de protection des droits de l'homme, pacifistes et pour le développement ont obtenu une importante victoire en juillet dernier à l'ONU, lorsqu'une cinquantaine de pays ont lancé la signature d'un traité bannissant l'arme atomique. Mais ces pays doivent ratifier le texte pour son entrée en vigueur. Et surtout, sa portée reste encore symbolique en raison du boycott du texte par les neuf puissances nucléaires (Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord), qui possèdent au total environ 15 000 armes nucléaires.

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"On espère que cela va permettre de faire bouger les lignes, notamment en France"

Membre de l'ICAN en France, Patrice Bouveret a rapidement réagi à cette distinction. Joint par Emma Sarango, celui qui dirige aussi l'Observatoire des armements a confié son "énorme émotion" et ce que lui inspirait ce "sentiment de responsabilité important" renforcé désormais.

On espère que cela va permettre de faire bouger les lignes, notamment en France. Parce que, encore hier il y avait un colloque sur cette question de la dissuasion où l'on sentait que du côté gouvernemental c'était complètement bloqué ! Là, ils seront obligés de prendre en compte cette question là, d'y réfléchir et de ne pas toujours continuer d'affirmer que les puissances qui n'ont pas l'arme nucléaire et veulent l'éliminer sont irresponsables. NON.

"Mettre fin aux armes nucléaires, c'est possible techniquement. C'est une question de volonté politique. Comme pour la non prolifération."

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"L'arme nucléaire est complètement anachronique par rapport aux véritables menaces"

Patrice Bouveret précise à propos de la France :

Ce qui bloque en France c'est tout le système qui a été mis en place autour de ces armes nucléaires. C'est vraiment la clé de voûte à la fois au niveau industriel mais aussi au niveau politique de toute l'organisation de la Défense depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Et ils pensent avoir trouvé avec l'arme nucléaire la solution qui évitera le retour à l'effondrement de la France, comme en 1940. Comme si on était dans le même contexte. L'arme nucléaire n'est d'aucune réponse par rapport aux menaces qui pèsent sur la France. Au contraire, elle crée ce sentiment d'insécurité au niveau français, avec tous les risques que cela représente d'un accident. On le voit encore avec le problème des victimes des essais nucléaires qui n'est toujours pas réglé de façon satisfaisante.

L'arme nucléaire est complètement anachronique par rapport aux véritables menaces qui pèsent sur nous, qui vont du réchauffement climatique au terrorisme.

Fin de non recevoir de l'OTAN et de Donald Trump

L'Otan, qui réunit trois des puissances atomiques de la planète, a réservé vendredi un accueil mitigé au prix Nobel de la paix. "L'Otan est engagée en faveur de la préservation de la paix et (veut) créer les conditions pour un monde sans armes nucléaires", a souligné son secrétaire général, Jens Stoltenberg, qui "salue l'attention donnée à ce sujet par le comité Nobel". Mais contrairement à l'ICAN, "l'Otan regrette que les conditions pour aboutir à un désarmement nucléaire ne soient aujourd'hui pas favorables", a ajouté le patron de l'Alliance, demandant une prise "en compte des réalités de l'environnement de sécurité actuel". Toujours sur notre antenne, le porte-parole de l'ICAN France, Jean-Marie Collin, a notamment réagi à ces propos. Il répond à Benoît Bouscarel, dans notre journal de 22h :

"La menace a toujours été forte et pendant la Guerre froide, c'est justement à ce moment que l'on a eu les plus grands accords de désarmement permettant d'éliminer des arsenaux entiers."

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Cette remarque de l'OTAN est tout à fait logique et dans la suite de la communication de ces derniers mois. Il est évident que l'OTAN prend très mal la décision du Comité Nobel. Sachant que l'OTAN poursuit cette politique de dissuasion, qui est exactement la même que celle menée par la France, les Etats-Unis, la Chine, la Russie. Et que ces Etats, en fait, ne veulent pas se séparer de leur arsenal.

Enfin, ce vendredi soir, Donald Trump a déclaré que le Traité d'interdiction des armes nucléaires ne rendra pas le monde plus pacifique. Les Etats-Unis ne signeront pas le traité défendu par l'ICAN.

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