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En guerre - Solo, que la Force (ouvrière) soit avec vous !

Par
Alden Ehrenreich (Han Solo) et Joonas Suotamo (Chewbacca)
Alden Ehrenreich (Han Solo) et Joonas Suotamo (Chewbacca)
- Lucas Film

Cannes 2018. Eclectisme oblige, on peut voir aussi bien, en compétition, le nouveau film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, En guerre, que, hors compétition, un énième épisode de la franchise Star Wars : Solo, signé Ron Howard. Parfois les films entrent en collision, parfois, ils s’éclairent l’un l’autre...

Rien de commun, a priori, entre l'énième épisode de la franchise Star Wars, machine à cash de l'industrie du divertissement Disney, et le parangon du cinéma social à la française qu'est En guerre, qui réunit à nouveau le duo Stéphane Brizé-Vincent Lindon après le succès de La Loi du marché, qui avait valu à l'acteur un prix d'interprétation à Cannes il y a quatre ans. Space opera illusionniste d'un côté, recherche effrénée du réalisme de l'autre dans la description du combat d'ouvriers pour empêcher la fermeture de leur usine, pourtant bénéficiaire. 

La collision des films à Cannes entraîne parfois une certaine confusion mentale...

Et pourtant ! Les deux films, d'action, qui partagent un goût pour une narration effrénée qui laisse peu de temps au spectateur pour réfléchir à ce qu'il voit, s'intéressent tous deux à la question du héros, à la nature de son combat, et à l'articulation entre le collectif et l'individu. Chez Brizé, faute de pistolet laser, le héros, leader syndical, n'a pour seule arme que la parole, elle déborde de partout, elle doit convaincre plus que débattre. Le taiseux Lindon de La Loi du marché est devenu extrêmement volubile. Dans les deux cas, on se bat contre un empire qui exploite les individus, les espoirs sont souvent déçus par la trahison des proches, et se pose alors la question de l'action individuelle, jusqu'au-boutiste, pour sauver sa communauté, en solo. Ce qui se veut également, chez Stéphane Brizé, une réflexion sur la façon dont les médias reflètent les mouvements sociaux, tout en instrumentalisant leur violence pour les décrédibiliser (réflexion peu convaincante, les reportages télévisés recréés dans le film servant surtout à accélérer l'action), devient ainsi avant le chemin de croix d'un homme brisé, véritable messie de la classe ouvrière, dont seul le sacrifice ultime sauvera les siens, qui l'avaient abandonné.

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