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En pleine crise sanitaire, la Slovaquie nomme un nouveau gouvernement anti-corruption

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La présidente slovaque Zuzana Čaputovà (au centre) et son nouveau gouvernement, emmené par Igor Matovič (à sa droite). Samedi 21 mars 2020.
La présidente slovaque Zuzana Čaputovà (au centre) et son nouveau gouvernement, emmené par Igor Matovič (à sa droite). Samedi 21 mars 2020.
© AFP - Joe Klamar

Il y a un an, Zuzana Čaputovà, la présidente de la République slovaque, était élue sur une ligne anti-corruption. C’est donc sur cette même ligne qu’elle a installé son nouveau gouvernement. Mais il lui faudra composer avec la coalition hétéroclite emmenée par le Premier ministre Igor Matovič.

Les visages recouverts de masques et les mains gantées : le nouveau gouvernement slovaque a participé samedi à une prestation de serment inédite. Les ministres, emmenés par l’homme d'affaires Igor Matovič, commencent leur gouvernement avec un double combat : le coronavirus et la corruption.

L'heure est grave pour l'avenir de ce petit pays d'Europe centrale, a laissé entendre Zuzana Čaputovà en s'adressant aux ministres :

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Vous ne prenez pas le pouvoir, vous prenez surtout la responsabilité de ce pays et de ses citoyens.

Un message en forme de mise en garde. Car si, en un an, Zuzana Čaputovà, la Présidente, et Igor Matovič, le nouveau Premier ministre, sont parvenus à chasser le régime de Robert Fico et ses douze années de populisme de gauche, ce n’est pas pour s’égarer dans les mêmes logiques de pouvoir.

Le complexe Matovič

Le nouveau Premier ministre a fait fortune avec des journaux de petites annonces et des sites web "roses". Très engagé contre la corruption, son parti, OL'aNO ("Les gens ordinaires et les personnalités indépendantes"), fondé en novembre 2011, a trouvé son électorat après le meurtre de Jan Kuciak et Martina Kušnirová.

Mais Igor Matovič est très difficile à suivre politiquement : d’un côté, il est proche des libéraux et intransigeant en matière de corruption, de l'autre, il rejoint les populistes de droite sur les quotas de migrants accueillis dans l’Union européenne et s’oppose à l’union civile (Pacs) des homosexuels.

En fait, Igor Matovič profite de trois choses : du côté « attrape tout » d’OL'aNO, qui l’autorise à s'allier avec tout le monde, de l'ambiguïté de l'autre parti libéral SaS ("Liberté et Solidarité"), libéral mais libertarien, et en même temps proche du Parti conservateur britannique, et enfin de l'échec de la coalition de la présidente, PS-SPOLU ("Slovaquie progressiste-Ensemble démocratie civique") aux législatives.

Une union anti-corruption ?

Son gouvernement s’en ressent : il rassemble son mouvement conservateur et anti-corruption, le parti libéral de droite SaS ("Liberté et Solidarité"), le mouvement libéral centriste Za L’idu ("Pour le Peuple") de l'ancien président de la République Andrej Kiska et… le parti SME-Rodina ("Nous sommes une famille") proche de la Liga italienne et du Rassemblement national français, de Boris Kollár.

Mais si Igor Matovič a eu une certaine liberté pour choisir ses partenaires, beaucoup plus à droite qu’initialement, la présidente lui a rappelé que si de nombreux électeurs ont clairement voulu tourner la page de la corruption, ils n’ont pas pour autant fait un choix politique décisif en faveur de la droite. Une union anticorruption est-elle possible entre conservateurs et libéraux ?

Par ailleurs, les choix d’Igor Matovič ne seront pas seulement scrutés chez lui, en Slovaquie. L'enthousiasme suscité par son élection a été palpable dans toute l'Europe centrale. En République tchèque, le lendemain des législatives slovaques, a eu lieu une manifestation anti-corruption contre le Premier ministre. En Hongrie, l'opposition anti-Orban de Budapest regarde avec envie les Slovaques qui, en un an, ont "éjecté" les corrompus.

La Slovaquie de 2020 est observée par toute l'Europe centrale. Sera-t-elle au rendez-vous ?