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En Russie, la contestation se fait désormais en mode discret

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"Le tsar va perdre", peut-on lire sur l'autocollant placé sous la caricature de Vladimir Poutine attablé devant un cercueil.
"Le tsar va perdre", peut-on lire sur l'autocollant placé sous la caricature de Vladimir Poutine attablé devant un cercueil.
© Radio France

En Russie, où les opposants à la guerre en Ukraine sont surveillés et violemment réprimés, il est devenu difficile de manifester. D'après l'ONG spécialisée OVD Info, plus de 15 000 personnes ont été interpellées. À moins de développer de nouvelles formes d’expression, des actions plus discrètes.

Dans les rues de Moscou, on aperçoit parfois un ruban vert accroché à un poteau ou à une grille. Des petits bouts de tissu désormais symboles d'une protestation devenue discrète, par la force des choses.

Quand la guerre en Ukraine a éclaté, Lioubov*, une jeune militante féministe qui a participé aux premières manifestations contre l’engagement russe, a fait l’amère expérience d’une montée en puissance inédite de la répression. 

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J’ai réagi de façon extrêmement émotionnelle et radicale, sans me soucier des conséquences et de ma sécurité. Et puis j’ai été arrêtée, emprisonnée, et on a perquisitionné chez moi.

Cette étudiante moscovite fera quelques jours de prison, avant de reprendre son combat au sein d’un mouvement baptisé "Résistance féministe antiguerre". L’association organise des actions plus discrètes, comme celle qui consiste à s'habiller en noir et déposer des fleurs sur les monuments aux morts pour illustrer les souffrances de la guerre. Un geste symbolique qui, lui aussi, a parfois justifié l’interpellation de certaines militantes. 

Trois militantes participant à Moscou à l'action "Femmes en noir", avec la mention écrite "Les femmes contre la guerre".
Trois militantes participant à Moscou à l'action "Femmes en noir", avec la mention écrite "Les femmes contre la guerre".
© Radio France

D'autres organisations, comme le Mouvement du printemps démocratique, proposent des affiches, des tracts anti-guerre à imprimer. Des documents qui, délibérément, reprennent les codes visuels des courriers officiels de la ville de Moscou, et que les militants sont invités à distribuer dans les boîtes à lettres.

5 min

"Tu réalises que tu n’es pas seule dans cette folie"

Ivan* est l'un des dirigeants du Printemps démocratique. De la Suède, où il a fui, cet ancien militant des organisations de Navalny dresse un constat :

Les gens ont très peur d’aller manifester dans la rue, mais ils veulent quand même exprimer leur protestation.

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La preuve ? "Nous observons une grande demande pour les affiches contre la guerre, pour aller coller des autocollants contre la guerre." 

Un ruban vert à Saint-Petersbourg avec, en arrière plan, un slogan "Non à la guerre".
Un ruban vert à Saint-Petersbourg avec, en arrière plan, un slogan "Non à la guerre".
© Radio France

Ces initiatives restent isolées, mais elles permettent de continuer à croire en une forme de militantisme, explique Lioubov.

Tu te promènes dans la ville et tu penses que rien n’a changé, et puis tu vois une affiche, ou un slogan. Tu réalises alors que tu n’es pas seule dans cette folie, que tu n’es pas la seule à vouloir lever le poing en l’air.  C’est très important.

Dans un pays où, désormais, le simple fait de dire "Non à la guerre" est illégal – d'après l'ONG spécialisée OVD Info, plus de 15 000 personnes ont été interpellées depuis le début du conflit en Ukraine –, les militants pacifistes ne sont pas prêts à jeter l’éponge.

Un "Non à la guerre" dans une rame de métro à Moscou
Un "Non à la guerre" dans une rame de métro à Moscou
© Radio France

Certains commerçants, à Moscou, affichent de petits signes, une colombe dans un coin de leur vitrine par exemple. On voit aussi, parfois, dans les rares manifestations ou sur les réseaux sociaux, un drapeau rayé blanc-bleu-blanc, le drapeau russe sans la bande rouge, couleur du sang et de la guerre.

Comme Ivan, qui concentre son action "sur ces formes de contestations qu’on pourrait qualifier de silencieuses", la plupart des opposants à la guerre, tentés par la passion, choisissent finalement la raison. 

Ce mardi, la Cour suprême russe a confirmé la dissolution de l'ONG Mémorial, pilier de la société civile et parmi les plus respectées du pays, et Alexeï Navalny a été condamné à neuf ans de détention dans une colonie aux conditions drastiques, aggravant encore la répression visant le principal opposant au Kremlin.

* Les prénoms ont été modifiés.

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