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En Slovaquie, la mécanique démocratique plus forte que le Covid-19

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Le Premier ministre démissionnaire de Slovaquie Igor Matovic suivi de son successeur, ex-ministre des Finances, Eduard Heger, mardi à Bratislava.
Le Premier ministre démissionnaire de Slovaquie Igor Matovic suivi de son successeur, ex-ministre des Finances, Eduard Heger, mardi à Bratislava.
© AFP - VLADIMIR SIMICEK

C’est l’une des démocraties les plus vivaces d’Europe centrale, et elle le fait savoir. Pour avoir pris des décisions unilatérales contestables et mal géré la crise sanitaire, le Premier ministre Igor Matovic a été remercié. Pour le remplacer, Eduard Heger, le ministre des Finances, a été désigné.

Dans un environnement régional plutôt populiste, les Slovaques ont choisi la voie démocratique. Celle de la majorité et de la transparence, opposée au diktat et au secret. Le choix unilatéral d’Igor Matovic de se tourner vers la Russie pour commander des vaccins anti-Covid-19 est donc mal passé auprès d’une population déjà échaudée par son traitement jugé catastrophique de la crise sanitaire.

Le 1er mars dernier, un avion-cargo russe se pose à Košice. À son bord, 200 000 doses de Spoutnik V destinées à la Slovaquie. Pour accueillir cette livraison, le Premier ministre en personne a fait le déplacement dans l’est du pays, et remercie chaleureusement Vladimir Poutine sur les médias locaux. Interrogé sur ce qu'il donne en échange à la Russie, il évoque la région ukrainienne de Transcarpatie, anciennement slovaque : un trait d'humour très mal reçu en Ukraine ; le ministre des Affaires étrangères ukrainien s'est même fendu d'un tweet :

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Tweet de Dmytro Kuleba, ministre des Affaires étrangères d'Ukraine : "Qu'il échange plutôt des régions slovaques ! Il est regrettable que le Premier ministre slovaque gâche les relations extrêmement amicales et sincères entre l’Ukraine et la Slovaquie avec ses déclarations erronées."

Double choc à Bratislava, où Matovic a, de sa seule initiative, rallumé des dossiers sensibles. D’abord, le temps d’une mauvaise blague, il compromet l'amitié slovaquo-ukrainienne. Mais surtout, il fait, sans avoir consulté sa majorité, le choix de se tourner vers Moscou pour l’aider à régler la crise sanitaire qui balaie son pays. Inacceptable, disent ses derniers soutiens au Parlement et au gouvernement. 

Condamnation unanime

Deux partis ont lâché Matovic – les libéraux de Liberté et Solidarité (SaS) et les centristes de Pour le peuple (Za ľudí), le parti de l’ancien président de la République, tombeur des populistes de Robert Fico – et six ministres ont démissionné pour réclamer son départ. Parmi les membres du gouvernement démissionnaire, le très prestigieux ministre des Affaires étrangères Ivan Korcok, qui avait qualifié le vaccin Spoutnik V d'"outil de guerre hybride" de Vladimir Poutine.

La présidente de la République Zuzana Caputova a enfoncé le dernier clou en convoquant Igor Matovic pour lui demander de démissionner. Ce qu’il a fait dimanche 28 mars, tout juste un an après son accession au pouvoir. 

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Mais si l’homme est montré du doigt, son parti n’est pas marginalisé. Pour remplacer Matovic, c’est Eduard Heger, un autre dirigeant d’OLaNO ("Les gens ordinaires, les personnalités indépendantes") qui a été choisi. En accédant au poste de Premier ministre, Heger, fidèle du démissionnaire, a tout de même rappelé qu’"Igor Matovic a combattu le mal et la mafia pendant dix ans", comme son parti s’y était engagé.

À 44 ans, le nouveau chef du gouvernement slovaque a des arguments en sa faveur. Ancien ministre des Finances, cet économiste a fait des affaires – il a lancé la vodka premium slovaque dans de nombreux pays – et de la géopolitique – il a été consultant auprès du ministère de la Défense quand la Slovaquie entrait à l’Otan. Député OLeANO depuis 2016, il est certainement celui de son parti qui a déposé le plus de projets de lois. Un bosseur, un pragmatique, qui recherche le compromis et qui n’aime pas les conflits.

Majorité à rebâtir

Mais celui que sa famille et ses amis surnomment "Edo", est aussi catholique pratiquant. Marié et père de quatre enfants, il est opposé à l’avortement et sa devise est "Dieu, la famille et le travail". Ce qui pourrait le mettre en porte à faux avec les libéraux de sa majorité, même si la Slovaquie est un pays de tradition catholique.

Une majorité, justement, qu’il doit s’efforcer de recomposer, et ce n’est pas gagné : elle est composée de quatre partis différents, de la droite radicale incarnée par SME-Rodina ("Nous sommes une famille"), un parti eurosceptique, très conservateur, aux libéraux de SaS en passant par les europhiles d’OLeANO, plutôt à droite, et de Za ľudí, centristes.

L’opposition, incarnée par la présidente de la République Zuzana Caputova, issue du parti La Slovaquie progressiste, attend son heure.