En Slovénie, la vague libérale portée par une femme

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En Slovénie, la vague libérale portée par une femme

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Le 13 novembre 2022, Natasa Pirc-Musar est devenue la première femme présidente de la Slovénie.
Le 13 novembre 2022, Natasa Pirc-Musar est devenue la première femme présidente de la Slovénie.
© AFP - Jure Makovec

Après la prise du gouvernement par le jeune libéral, pro-européen, Robert Golob en avril 2022, Natasa Pirc Musar, elle aussi venue de la société civile, emporte la présidentielle, tournant la page d'une longue marée populiste. 

En quelques mois, une marée libérale a submergé la Slovénie. Après la défaite des populistes aux législatives d’avril 2022 et la mise à l’écart du "Trump slovène", le Premier ministre Janez Jansa, le 13 novembre 2022, c’est le candidat ultraconservateur à la présidentielle Anze Logar qui a été balayé. Et dans les deux cas, des novices, issus de la société civile et attachés aux valeurs démocratiques, l’ont emporté. Une leçon venue de l’Est pour une Europe occidentale, en Italie et en Suède notamment, gangrenée par les nationalistes radicaux.

Personne ne l’attendait, mais en quelques semaines, Natasa Pirc Musar a tout balayé. Elle s'était présentée à la présidentielle pour stopper la montée des populistes dans son petit pays alpin. Pari gagné, avec 54 %, pour cette outsider.

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Avocate de 54 ans, très médiatique, elle a participé à beaucoup d'émissions de télévision sur ses dossiers de prédilection, à commencer par les droits de l’homme. Plus surprenant, Natasa Pirc Musar a défendu la Slovène la plus célèbre de ces dix dernières années, Melanija Knavs, plus connue sous son nom de femme mariée : Melania Trump.

Élue, Natasa Pirc Musar devient la première femme présidente de Slovénie. Elle ressemble beaucoup à Zuzana Caputa, son homologue slovaque, avocate aussi, spécialisée dans les dossiers de droit de l'homme, également. Comme Caputa, encore, Natasa Pirc Musar est étrangère au monde politique, lutte contre les populistes et s’inscrit dans le courant libéral et centriste. Autant de qualités qui doivent lui permettre d’apaiser la vie politique slovène. Et elle en a besoin. Le pouvoir de Janez Jansa a été marqué par une tension permanente. Le "Trump slovène" multipliait les tweets vengeurs, sur un registre illibéral, populiste et ultraconservateur, très en phase avec le Hongrois Viktor Orban.

Le retour dans l'Europe

Natasa Pirc Musar invite à sa table les dirigeants de tous les partis politiques pour "s’unir et tourner la page des disputes". Autre objectif affiché : améliorer les relations avec l’Union européenne après les vives tensions attisées par Jansa. "J’ai confiance dans l’UE et les valeurs démocratiques sur lesquelles l’Union européenne a été fondée", a-t-elle déjà déclaré. Message reçu à Bruxelles : Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, s’est félicitée du retour de Ljubljana dans le camp des pro-européens. "En tant que première femme élue à la présidence, vous tracez la voix pour les générations futures", la dirigeante européenne.

Au fond, Natasa Pirc Musar se présente comme une "libérale", "une autorité morale". Elle doit avoir une opinion, elle ne devra pas être "une présidente neutre". "Je n’ai jamais eu peur de faire entendre ma voix", avertit-elle. Mais si elle s’est présentée comme "indépendante", deux partis l’ont néanmoins soutenue : les Verts et les Pirates.

Reste une inconnue dans le nouveau paysage politique slovène : la réaction des mouvements défaits lors des deux derniers scrutins nationaux : le Parti démocratique slovène (SDS), les conservateurs et populistes. Vlado Miheiljak, politologue slovène, enfonce le clou : "Janez Jansa est le grand perdant de cette présidentielle". Mais son parti, le SDS, représentait encore 23 % des électeurs aux législatives en avril 2022 et 46 % à la présidentielle suivante. À l’heure où les populismes connaissent en regain à l’ouest, célébrer leur déclin durable à l’est est peut-être prématuré.