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En Suède, Greta Thunberg est une "fierté" et un "catalyseur"

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Greta Thunberg devant le parlement à Stockholm. 30 novembre 2018.
Greta Thunberg devant le parlement à Stockholm. 30 novembre 2018.
© AFP - Hanna FRANZEN / TT News Agency

Devenue une icône mondiale de la crise climatique, Greta Thunberg est de passage en France et à l'Assemblée nationale. Son combat pour sauver la planète, démarré à l'été 2018, a très vite rencontré un succès auprès des Suédois, notamment les jeunes. La classe politique a été plus frileuse.

"Nous sommes fiers des manifestations qu'elle a inspirées et qui ont réuni des millions de jeunes à travers le monde". L'hommage est signé du Premier ministre suédois lors d'un discours sur l'avenir de l'Europe au Parlement européen le 3 avril 2019 (Voir ici, à partir de 20'55).

"En tant que Suédois, on nous demande souvent si l'on connaît Abba ou Zlatan Ibrahimovic. Maintenant, on nous questionne à propos de Greta Thunberg", avait commenté Stefan Löfven. 

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Pourtant, le 20 août 2018, le Premier ministre et les parlementaires suédois semblaient peu intéressés par Greta Thunberg, alors âgée de 15 ans, lorsqu'elle décide de faire l'école buissonnière pour manifester devant le Parlement à Stockholm avec une simple pancarte "grève de l'école pour le climat" (Skolstrejk för klimatet).

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La puissance des réseaux sociaux

"Elle a commencé sur la scène nationale, un peu à l’ombre, raconte Magnus Falkehed, correspondant à Paris du journal suédois Expressen. C'était une curiosité. C’est vrai que, médiatiquement, la sauce a pris un peu plus vite".

Car malgré une relative indifférence des parlementaires, le combat de cette jeune adolescente a été rapidement relayé sur les réseaux sociaux, accompagné, dès le 20 août, par quelques lignes dans les médias suédois.

"Personne n’aurait pu imaginer que cela mènerait à un phénomène d'une telle ampleur", décrit Hanna Ryden, journaliste pour le GöteborgsPosten, l'un des principaux titres de la presse suédoise. Une adolescente de 15 ans qui ne va pas à l'école et manifeste ? "Les manifestations ne sont pas trop dans notre culture", répond la journaliste. Mais le sujet intéresse. D'abord les plus jeunes :"Ils ont compris très tôt, avant les journalistes et les politiques, ce qui se passait (…) puis la couverture médiatique a suivi."

Greta Thunberg est également aidée, au-delà du combat qu'elle porte, par une certaine notoriété familiale. Sa mère est une musicienne connue et son père est un acteur. La grève de la jeune fille s'accompagne de la publication d'un livre avec ses parents sur la manière dont le sujet de la crise climatique s'est imposé, via les enfants, au sein de la famille Thunberg. Une concomitance qui a suscité des critiques en Suède sur la démarche de Greta Thunberg. 

Car la démarche de la jeune fille n'a pas fait l'unanimité. Ses liens avec un jeune communiquant suédois spécialiste du business de l'économie "verte" ont pu intriguer, alimentant parfois des discours complotistes. Elle n'a pas échappé à "un flot de haine sur les réseaux sociaux" constate Magnus Falkehed.

Des critiques balayées par Greta Thunberg elle-même sur Facebook. Propos traduits pas nos confrères de Reporterre. 

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La "gêne" de la classe politique suédoise

Hormis ces critiques, il y a un "consensus général" autour de Greta Thunberg qui "renvoie une image de franchise, de droiture à l’extrême, sans compromis" lorsqu'il s'agit de mobiliser l'opinion sur la crise climatique, détaille Magnus Falkehed.

Politiquement, elle est désormais globalement soutenue, jusqu'au plus haut niveau de l’État."Vue l’ampleur du mouvement, il y a évidemment une sorte de fierté nationale.Tous les pays sur cette planète n'ont pas réussi à produire une icône planétaire qui fait la une de Time Magazine, rencontre le Pape et des présidents, tout en ne déviant pas d’un iota de sa trajectoire initiale", poursuit le journaliste de L'Expressen. Il se souvient que ce soutien politique a tardé à venir. Au départ, il y avait "une sorte de gêne parmi les adultes parce que Greta Thunberg les met mal à l’aise en disant qu’ils n’ont pas fait assez, que les politiques ne sont pas à la hauteur face aux défis climatiques. Elle leur donne mauvaise conscience."

Certains responsables politiques ont dépassé cette gêne. D'autres restent sceptiques vis-à-vis de Greta Thunberg, notamment à droite. "La leader du parti chrétien-démocrate lui reproche de ne pas être experte du changement climatique et le parti populiste Sverigedemokraterna dénonce régulièrement une campagne de communication", raconte Hanna Ryden. 

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Un "catalyseur"

Pourtant, la jeune Greta Thunberg ne prétend pas être spécialiste. Elle renvoie justement aux travaux scientifiques sur le réchauffement climatique et appelle à agir en conséquence. Elle prend également soin de ne pas affaiblir son message par des prises de position économiques."Sur tout ce qui est politique économique, elle reste très floue, y compris pendant les élections, elle n’a pas appelé à voter pour un parti", confirme Magnus Falkehed.

Si son message a reçu un tel accueil en Suède, c'est aussi parce que la société se préoccupe déjà des conséquences du changement climatique. On a ainsi beaucoup parlé parler du phénomène de honte à prendre l'avion, très pollueur, et de préférer au maximum le train. 

"Ce n'est pas seulement à propos de Greta, il y a beaucoup de gens qui ont pris conscience des enjeux. Greta a été un catalyseur", conclut Hanna Ryden.