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Enfin reconnue ! Karen Uhlenbeck, première femme à obtenir le prix Abel de mathématiques

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La mathématicienne américaine Karen Uhlenbeck, spécialiste des équations aux dérivées partielles, à Princeton (New Jersey), le 18 mars.
La mathématicienne américaine Karen Uhlenbeck, spécialiste des équations aux dérivées partielles, à Princeton (New Jersey), le 18 mars.
© AFP - ANDREA KANE / ACADÉMIE DES SCIENCES DE NORVÈGE

Il y avait déjà eu la médaille Fields à Maryam Mirzakhani en 2014, mais il a fallu attendre 2019 pour qu'une mathématicienne reçoive l'autre prix prestigieux de sa discipline. Qui est Karen Uhlenbeck, dont les travaux ont nourri la physique quantique, et qui vient d'obtenir le Prix Abel 2019 ?

Spécialiste des équations aux dérivées partielles, Karen Uhlenbeck vient de voir ses travaux couronnés par l’Académie norvégienne des sciences et lettres, qui lui a décerné le très prestigieux prix Abel des mathématiques, créé en 2003 par le gouvernement du pays pour pallier l'absence de Nobel dans cette discipline. 

Elle est la première femme scientifique à en être la lauréate, et le président du comité a célébré son "travail fondamental dans l'analyse géométrique et la théorie de jauge qui a radicalement modifié le paysage mathématique", ajoutant : 

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Ses théories ont révolutionné notre compréhension des surfaces minimales, telles que celles formées par des bulles de savon, et des problèmes de minimisation plus généraux en dimension supérieure.

Avec ce prix, Karen Uhlenbeck a reçu une récompense de 6 millions de couronnes, soit 620 000 euros.

Karen Uhlenbeck, 76 ans, est toujours chercheuse à l'Institute for Advanced Study et à l'université de Princeton, où elle avait fondé en 1994 un "programme pour les femmes et les mathématiques". Cette figure de proue pour l'égalité des sexes en sciences est également professeure émérite à l'université d'Austin, au Texas.

Des travaux précieux pour l'avancée des mathématiques, et trop tardivement reconnus

Native de Cleveland, passionnée par la lecture, elle s'était mise assez tardivement aux mathématiques, leur ayant d'abord préféré la physique. Elle soutient sa thèse en 1968, à l'âge de 26 ans, sous la direction du mathématicien géomètre Richard Palais. Ses travaux sur les équations aux dérivées partielles, les théories de jauge (notamment sur la théorie de Yang-Mills) ou encore sur les équations d'ondes non linéaires ont énormément apporté au domaine de la physique. Jim Al-Khalili professeur britannique de physique théorique et membre de la Société royale norvégienne a d'ailleurs regretté une reconnaissance trop tardive : 

La reconnaissance des réalisations de Karen Uhlenbeck aurait dû être beaucoup plus grande car son travail a conduit à certaines des avancées en mathématiques les plus importantes de ces quarante dernières années.

A ce jour, seules 19 femmes sont lauréats de prix Nobel scientifiques, sur 607 récompenses. Mais nous ne pouvons que nous réjouir que malgré la méconnaissance du grand public et des médias à leur sujet (les archives radiophoniques de France Culture comprises, malheureusement vides de références à Karen Uhlenbeck...), la valeur du travail de cette grande scientifique ait été reconnue. Cette récompense témoigne peut-être en partie du recul de "l'effet Matilda" : l'oubli des femmes scientifiques au profit des hommes, phénomène auquel Pierre Ropert avait récemment consacré un grand dossier