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Entre Trump et l’Iran, la guerre à distance continue

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Donald Trump : "Si les Iraniens nous sont hostiles, ils vont le regretter comme jamais auparavant".
Donald Trump : "Si les Iraniens nous sont hostiles, ils vont le regretter comme jamais auparavant".
© AFP - Mandel Ngan

Durement frappés par le coronavirus, les Etats-Unis et l’Iran continuent leur guerre des mots à distance via les réseaux sociaux. Donald Trump craint que Téhéran utilise le contexte actuel de la pandémie pour s’en prendre à ses intérêts en Irak.

Un tweet de Donald Trump et la tension grimpe d’un seul coup entre Washington et Téhéran ! Dans un message de mise en garde sur Twitter, le Président américain assure que son pays ne souhaite "pas d'hostilités" avec les Iraniens, "mais s'ils nous sont hostiles, ils vont le regretter comme jamais auparavant".

Une allusion claire au harcèlement des milices chiites pro-iraniennes en Irak contre les bases américaines. "S_elon nos informations (...),_ a ajouté Donald Trump, l'Iran et ses protégés préparent une attaque sournoise contre des troupes américaines et/ou des installations en Irak". Et de conclure : "s_i cela a lieu, l'Iran paiera un prix très élevé"._

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L'Iran n'agit qu'en "légitime défense", a rétorqué par le même canal le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Zarif_, contrairement aux Etats-Unis qui mentent, trompent, et assassinent"._ Dans la région, l’Iran a des "amis", pas des "affidés", a tenu à préciser le patron de la diplomatie de la République islamique.

Mohammad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères, le 23 février 2020 à Vienne.
Mohammad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères, le 23 février 2020 à Vienne.
© AFP - ATTA KENARE / AFP

En Irak, depuis plusieurs mois, les GIs sont sous la pression de ces miliciens pro-iraniens qui tirent régulièrement des roquettes sur leurs installations militaires. La situation sécuritaire devient chaque jour de plus en plus inconfortable pour les soldats américains, mais aussi pour les troupes étrangères de la coalition internationale anti-Daech, qui ont entamé leur retrait à l’image de la France.

Depuis l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani sur la route de l’aéroport de Bagdad le 3 janvier 2020, la tension s’est dangereusement accrue dans la région, ainsi que l’anti-américanisme. Dans ce contexte, les Américains ont commencé à évacuer plusieurs bases militaires (Al-Qaïm, Mossoul, Kirkouk). Les durs du régime iranien veulent-ils hâter le retrait des Etats-Unis d’Irak en excitant leurs alliés locaux ?

16 min

L'instrument d'échanges commerciaux INSTEX enfin opérationnel

La République islamique est en grande détresse économique et sociale, amplifiée par un niveau des cours du pétrole historiquement faible. "Les ressources budgétaires du pays étaient déjà au plus bas avec le peu de pétrole que l’Iran parvenait encore à écouler", constate François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France à Téhéran.

Seule bonne nouvelle dans un océan de difficultés : pour la première fois depuis sa création en janvier 2019, Bruxelles et Téhéran viennent d’activer le mécanisme INSTEX (Instrument de soutien aux transactions commerciales). 

Cette chambre de compensation commerciale, concernant exclusivement le matériel médical et les produits agricoles, permet aux entreprises européennes d’échapper aux sanctions américaines. 

Le matériel livré via INSTEX n'est pas lié à la pandémie de coronavirus, a précisé une source européenne, ajoutant que la transaction était dans les tuyaux depuis décembre dernier, soit avant la propagation du Covid-19. L'identité des fournisseurs de ce matériel médical n'a pas été dévoilée, pas plus que le type de biens.

Seule bonne nouvelle dans un océan de difficultés : pour la première fois depuis sa création en janvier 2019, Bruxelles et Téhéran viennent d’activer le mécanisme INSTEX (Instrument de soutien aux transactions commerciales).
Seule bonne nouvelle dans un océan de difficultés : pour la première fois depuis sa création en janvier 2019, Bruxelles et Téhéran viennent d’activer le mécanisme INSTEX (Instrument de soutien aux transactions commerciales).
© AFP - EMMANUEL FRADIN / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Un contexte sanitaire désastreux

Pour autant, le contexte sanitaire actuel en Iran a sans aucun doute accéléré l’activation d’INSTEX. "C’est un geste minuscule, tient à relativiser François Nicoullaud. Est-ce que d’autres transactions vont suivre pour atteindre des volumes conséquents ? C’est toute la question".

En tout cas, cette première transaction réussie ouvre une brèche dans le mur de sanctions imposées par l’administration Trump. "Enfin ! J’en suis ravi, explique Mehdi Mirémadi, patron de la chambre de commerce et d’industrie franco-iranienne. C’est un commencement. Il faut continuer".

Dans le pays, la grogne monte ainsi que la misère. Le ras-le-bol est général dans la population. Le gouvernement a de moins en moins de moyens financiers pour aider les gens. C’est le règne de la débrouille générale.

"L’ambiance est très tendue, nous confie un homme d’affaires franco-iranien. Mais, on ne tombera pas plus bas. Les Iraniens sont débrouillards". Pour la population, l’épidémie de coronavirus est une nouvelle malédiction, après celle des sanctions économiques américaines. "Ce qui fait peur, c’est que la pandémie risque de se propager en Iran, poursuit notre homme d’affaires". 

5 min

Un confinement de la population très relatif

L’Iran apparaît comme dépassé par le virus. Les chiffres officiels des autorités sanitaires semblent largement sous-évalués, avec plus de 3 000 décès et plus de 50 000 personnes contaminées par le virus. La réalité est certainement beaucoup plus sombre. Le pays ne manque pas de personnel médical mais de médicaments et de matériels pour les structures hospitalières.

Le 25 mars 2020, il y a encore du monde dans les rues de Téhéran.
Le 25 mars 2020, il y a encore du monde dans les rues de Téhéran.
© AFP - FATEMEH BAHRAMI / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP

Les mesures de confinement se sont pourtant durcies à Téhéran. La police contrôle les rues et les accès autoroutiers. "L’autre jour, ma femme et ma fille sont parties acheter de la nourriture, nous rapporte un habitant contacté par téléphone. J’ai alors reçu un message de la police, qui a pris en photo la plaque d’immatriculation de notre voiture, nous invitant à rester à la maison".

Dans les quartiers nord huppés et bourgeois de la capitale iranienne, les gens se sont auto-confinés d’eux-mêmes et respectent les consignes de distanciation sociale, ce qui n’est pas forcément le cas dans les quartiers populaires du sud de Téhéran et en province. 

Certes, il n’y a plus de vols vers l’étranger au départ de l’aéroport de l’Imam Khomeiny, mais les Iraniens continuent à voyager à l’intérieur du pays. Les religieux font pression sur le gouvernement pour rouvrir les lieux saints et les sites religieux. 

Depuis une douzaine de jours, les Iraniens ont profité des congés du Nourouz, le nouvel an perse, pour souffler un peu. Un répit momentané dans un contexte de grande tension intérieure et internationale, après les menaces de Donald Trump.

6 min