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Entrez dans le monde psychédélique de Roger Ballen !

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Discussion 2018, Roger Ballen
Discussion 2018, Roger Ballen
- Roger Ballen - Halle Saint Pierre

Culture Maison. Jeanne Aleos, productrice déléguée de "Par les temps qui courent", vous invite dans "Le monde selon Roger Ballen", une exposition visible jusqu’en décembre à la Halle Saint-Pierre, pour découvrir un univers singulier.

La condition humaine et le non-sens de l’existence traversent l’œuvre de Roger Ballen, artiste de la contre-culture. Dans des lieux abandonnés, un monde souterrain vit à la marge, en dehors des règles et des normes. Roger Ballen y photographie des laissés-pour-compte et une pauvreté nue dont sont frappés certains Sud-africains, dont il s’approche par des mises en situation dramatisées qu’il opère avec eux, révélant une caverne vertigineuse composée d’êtres confrontés à une déchéance sociale.

Le chaos

Entre des murs décatis couverts de dessins, se côtoient des cintres, des câbles, divers animaux extirpés de leur milieu (rats, pigeons, serpents, poulets…) dans un huis-clos, coupés de la vue des autres, tout autant que privés de celle donnant sur un extérieur et un ailleurs.

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Dans ces lieux, les sols sont bruts, sans propreté, et les objets usuels élémentaires (une table, un sofa, une vieille baignoire, des lits sommaires). Tout a été récupéré, usé, cassé, cabossé par la vie. Ces objets mis en scène par Roger Ballen côtoient des êtres humains dotés de véritables gueules, qui laissent parfois poindre la consanguinité ou la déficience intellectuelle, et contribuent à une étrangeté poussée à son paroxysme par des mises en scène desquelles s’échappent une tension, une ambiance oppressante pouvant évoquer " Délivrance" de John Dickey mis à l’écran par John Boorman, ou certaines photos de Diane Arbus .

La question du chaos dans l'expérience humaine a été un sujet prédominant tout au long de ma carrière. En fin de compte, même si nous pouvons tenter d'ordonner notre existence, de créer la prédictibilité, le chaos semble finalement prédominer. Ce n'est pas le prévisible qui façonne tant nos vies, mais l’imprévisible. Roger Ballen

La psyché humaine

Avec ses images, Roger Ballen installe un climat d’intranquilité rappelant le livre éponyme de Fernando Pessoa, ainsi que les questionnements et dédoublements ou "proliférations de soi-même" qui jalonnent son œuvre.

Sonder les âmes et la psyché humaine est sans nul doute ce qui dicte le travail de Roger Ballen. "Je suis lié à un seul territoire, celui de l’inconscient", aime-t-il à dire, lui qui a été nourri par la pensée de Carl Jung et son concept d’individuation, processus par lequel une personne devient consciente de son individualité. Ainsi que par les théories de Ronald David Laing, affranchi de certaines pratiques psychiatriques, qui a travaillé sur la place de la folie dans l’expérience humaine, et en particulier sur la schizophrénie qu’il a beaucoup étudiée. 

Dans l’antre du créateur

Au rez-de-chaussée de la Halle Saint-Pierre, dans une pénombre qui crée une atmosphère à la fois chaleureuse et inquiétante, oppressante et parfois comique, tout ce qui façonne l’univers de Roger Ballen est réuni. Des animaux empaillés, des fils de fer, des masques, des mannequins, des dessins, des poupées désarticulées, des peintures chinées et modifiées, tout un monde fait de récupération, qui donne naissance à des êtres hybrides au corps de mannequin avec une tête de baigneur, pour certains mis en vie par des souffleries et machineries qui actionnent tantôt la respiration d’un corps, tantôt une main dessinant à l’envi. 

À partir de ce bric-à-brac savamment choisi, Roger Ballen façonne une réalité photographique à partir de ses visions, laissant place à une approche sensible en résonance avec celle de Beckett : l’absurdité de l’existence. 

La constitution d’un vocabulaire visuel

Américain né en 1950, Sud-africain depuis 37 ans, Roger Ballen est diplômé de psychologie à Berkeley et docteur en géologie. Sa sensibilité à la photographie, il la doit à sa mère décédée trop tôt, ce qui le marquera à jamais. Archiviste à l’agence Magnum de New York, elle se lie d’amitié avec Henri Cartier-Bresson, Bruce Davidson, Eliott Erwitt, ainsi que Kertesz. 

À 18 ans, un premier appareil photo en main, il a l’œil, le regard et le sens du cadrage forgés par ces tirages et ces livres de photo avec lesquels il cohabite au sein de la maison familiale. Les choses infusent et Ballen reste marqué par le formalisme de Paul Strand, et l’humour d’ Eliott Erwitt.

À l’écart de la photographie objective, les 50 années de prises de vue exposées à la Halle Saint-Pierre, montrent l’évolution de son travail.  Peu à peu, par ses dessins, la place des animaux, ses mises en situations, les personnes photographiées, Roger Ballen se forge une identité singulière et une signature forte, comparables à nulles autres, constituées de petits théâtres qu’il circonscrit dans des formats carrés de taille moyenne, en noir et blanc pour la plupart, et depuis peu de couleurs sourdes.

Mes images ont de multiples épaisseurs de sens et pour moi, il est impossible de dire qu’une photographie concerne autre chose que moi-même. Roger Ballen

Si à ses débuts Roger Ballen photographie la pauvreté de Sud-africains blancs post-apartheid, dans des campagnes reculées, dans leur élément (ce qui lui valut les foudres de la gauche comme de la droite), au fil du temps, son monde ballenesque se précise et se singularise pour laisser place à une atmosphère et une composition maîtrisées et pensées en amont, où les dualités appellent à un décryptage minutieux et donc à une attention et une immersion du visiteur. Des images où la vie côtoie la mort, l’animé l’inanimé, l’âpreté la douceur, une menace une candeur, le calme la violence, où un ange cherche à attraper son aile cassée, et un chiot tout juste né placé entre des pieds sales rappelle Lennie dans Des souris et des hommes de John Steinbeck. 

Je ne suis pas certain de savoir ce qui est réel dans ce monde et ce qui ne l’est pas. En revanche, je n’ai aucune hésitation quant au fait que la réalité qui est capturée dans mes images n’a presque seulement à voir qu’avec ma propre vision des choses. Roger Ballen

Critiqué par certains qui s’interrogent sur le rapport entretenu avec ces personnes déficientes et pauvres, Roger Ballen souligne la dangerosité des lieux où il se rend, les soins qu’il leur apporte dans leur quotidien et l’impossibilité de donner naissance à ces images sans respect réciproque.

Figure inspirante à son tour, il a notamment signé le film collaboratif de I Fink U Freeky, créé pour le groupe culte Die Antwoord en 2012, pétri de son univers visuel. 

En exposant son travail, Roger Ballen espère que le visiteur "rentrera comme une personne, et en sortira comme une autre", tout en ponctuant de sa voix grave : " The light comes from the dark". 

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