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Erotisme du scalpel et bricolages chirurgicaux

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«Les Crimes du futur» avec Léa Seydoux et Viggo Mortensen Serendipity Point Films 2021/Nikos Nikolopoulos
«Les Crimes du futur» avec Léa Seydoux et Viggo Mortensen Serendipity Point Films 2021/Nikos Nikolopoulos

La 6e journée de compétition cannoise, avec Les Crimes du futur de David Cronenberg, est pour ainsi dire rentrée dans le lard, avec des images qui, en fouillant la chair humaine, ont salutairement secoué leurs spectateurs.

David Cronenberg est coutumier du fait, depuis l'immense controverse qui avait accompagné la présentation de Crash, en 1996, sa première entrée en compétition (et aussi, 3 ans plus tard, quand en président du jury il avait donné la Palme d'or au Rosetta des frères Dardenne, et le reste des prix à L'Humanité de Bruno Dumont). Les Crimes du futur a donc, comme prévu, provoqué des claquements de siège hier soir dans le Grand Théâtre Lumière, en plusieurs vagues de départ : la première, quand une mère assassinait sous nos yeux son enfant dévoreur de matières plastiques, les suivantes à chaque scène d'ablation à vif, et en public, des organes inédits produits en son sein par un artiste performer. Après 8 ans de silence depuis sa satire de Hollywood, Map to the Stars, Cronenberg revient au genre qu'il a pour ainsi dire créé, le body horror, récapitulant et approfondissant des thématiques anciennes : la nouvelle chair, la beauté intérieure, et l'érotisme troublant des instruments chirurgicaux, avec cet autoportrait du cinéaste en artiste vieillissant, lui-même véritable body artist à présent, puisqu'il a mis en vente une NFT de ses très beaux calculs rénaux.

59 min

Miraculeux bricolages

Un autre film, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, a provoqué hier un émoi comparable. Tourné sur plusieurs années à l'APHP, De Humani Corporis Fabrica, des plasticiens cinéastes Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor, est un voyage au cœur du corps humain, via les nouvelles techniques d'imagerie médicales et surtout chirurgicales. Souvent d'une étrange beauté abstraite, ces images nous saisissent quand on comprend soudain de quoi il retourne, et nous rappellent aussi par quels miraculeux bricolages les techniques de pointe maintiennent en vie cette masse de chairs précaires qu'on nomme l'humain.

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