Publicité

Escape Game : la grande évasion en huis clos

Par
Marion, Laurène, Emmanuel et Guillaume tentent de résoudre une énigme
Marion, Laurène, Emmanuel et Guillaume tentent de résoudre une énigme
© Radio France - PR

S’évader d’une pièce en un temps limité, et ce grâce à l’intellect plutôt que par la force ? C’est le principe des Escape Games. Plongée en immersion dans un de ces fameux jeux d’évasion, à mi-chemin entre un Cluedo grandeur nature, Da Vinci Code et jeu vidéo adapté au monde réel.

Écouter

59 sec

La clé va avec ce cadenas ? Non ? Il nous manque une clé ! ” Dans la pièce souterraine éclairée à la lumière des lamps murales, Emmanuel, Laurène, Guillaume, Marion et Pierre, rédacteur de cet article, fouillent sans relâche, parcourent les livres, scrutent les étagères et font glisser leurs mains le long des parois de bois, à la recherche d’une cache qui leur aurait échappé. Sur le bureau quelques coffres sont alignés. Concentrés, les membres de l’Archive, comme ils sont désignés, s’atèlent à déchiffrer les indices qu’ils ont récupérés. Ils sont à Paris, en 1935, dans le bureau du doyen de la Sorbonne, et ils tentent de résoudre une énigme déverrouillant un cadenas à 4 lettres. Derrière le loquet de la boîte trouvée sur une étagère, un nouvel indice les attend.

Marion, Laurène, Emmanuel et Guillaume tentent de résoudre une énigme.
Marion, Laurène, Emmanuel et Guillaume tentent de résoudre une énigme.
© Radio France

Écouter

2 min

Pour trouver la fameuse Spiritus Orbis, les cinq dernières recrues de l’Archive mettent leur esprit de déduction à contribution : pas d’épreuve de force ici, une fois les différents éléments dénichés, tout est affaire de réflexion. Et si les joueurs peinent à résoudre une énigme, Ariane, une voix artificielle, se manifeste pour leur fournir un petit coup de pouce : “Voulez vous un indice ? ” résonnent les hauts-parleurs sous la voûte de pierre. “Oui !” “Non ! On va trouver, on est là pour ça.”

Publicité

Le temps s’égrène, les joueurs sont de plus en plus fébriles. Les énigmes se corsent à mesure qu’ils progressent. Des petits groupes se forment, échangent afin de travailler plus efficacement. Au bout de 59 minutes, l’équipe d’Archivistes accomplit enfin sa mission. Il s’en est fallu de 60 secondes pour qu’ils perdent la partie et ont failli ne pas venir à bout de la pièce “Sorbonne 1935”. Derrière la porte, Yohann les attend pour proposer aux joueurs de se désaltérer avant d’attaquer une seconde Escape Room :  “Bastille 1635”. Les joueurs se félicitent et évoquent ensemble les moments qui leur ont posé problème, demandent à Yohann quelques explications supplémentaires. Ils peuvent être fiers d’être sortis, même à une minute près : seuls 40 % des joueurs parviennent à trouver la “Spiritus Orbis” dans le temps imparti.

Après avoir successivement testé deux Escape Room  et passé deux heures en immersion dans le passé, les joueurs quittent les lieux plutôt conquis par cette nouvelle activité. Emmanuel et Marion :

Écouter

2 min

Tout le défi des Escape Room  réside en la capacité des concepteurs à doser la difficulté. D’où la création, dans le cas de Prizoners, d’Ariane, qui aiguille les joueurs et dose les informations nécessaires à leur progression. Cette intelligente artificielle, ici, c’est Yohann Hermeline. Installé devant un écran, dans une autre pièce, il observe les faits et gestes des joueurs à l’aide d’une caméra, écoute leurs questions et y répond à l’aide de messages pré-enregistrés :

Écouter

1 min

Créer un Escape GameC’est important d’avoir un système d’indices pour avoir un bon rythme dans le jeu. Il n’y a rien de plus frustrant que de rester bloqué et de ne pas avancer , raconte Céline Bouquillon, co-créatrice de Prizoners. Chaque enseigne d'Escape Game communique différement : par talkie-walkie, par haut-parleur ou encore par écran.”

Céline Bouquillon, la co-fondatrice de Prizoners.
Céline Bouquillon, la co-fondatrice de Prizoners.

Et des enseignes il en existe un nombre de plus en plus conséquent : HintHunt, la Pièce, The Game, TeamBreak, Gamescape, Happy Hour... Cette activité est apparue tardivement en France, alors qu’elle existe depuis 8 ans au Japon par le biais de la société Real Escape Game , devenue depuis une véritable franchise.

C’était quelque chose de très attirant du point de vue créatif,  explique la co-fondatrice de Prizoners. Ca n’est pas simplement créer une entreprise mais créer un univers complet. C’est parti d’une idée toute simple et puis on s’est rendu compte que pour faire quelque chose de bien, il nous fallait des professionnels. ” Pour créer leur Escape Game , Céline et son frère s’entourent de deux concepteurs de jeux et d’une chef déco. “Le décor fait aussi un peu parti de l’équipe ”, sourit Céline, qui a décidé de s'inspirer de Paris pour ses pièces de jeu. Les locaux acquis rue Quincampoix ont achevé de la convaincre d'inscrire ses scénarios dans une thématique parisienne, grâce à de grandes caves dotées de voûtes de pierre. Il faut dire qu'au vu des prix de l'immoblier parisien, pouvoir lancer un concept qui se déroule essentiellement en sous-sol est une aubaine.

C’est intéressant, pour des gens qui travaillent dans le jeu vidéo, de transposer ce genre d'univers au jeu réel. Quant aux équipes déco, qui sont habituées à faire dans de l’éphémère, elles ont dû créer des décors capables de résister à la maltraitance des joueurs ! ” Outre le décor, c’est nécessairement la qualité du scénario et des énigmes qui font des Escape Games  de bons jeux. Alexis Moroz, game designer , a conçu les aventures avec Maxence Bouhenic en puisant dans de multiples sources populaires, livres et jeux vidéo, à l'image d'Assassin’s Creed :

Écouter

2 min

Pour créer ses énigmes, Alexis doit prendre en compte le seuil de connaissance des joueurs, de façon à ce que tous les types de joueurs soient amenés à participer. “On aime bien les énigmes un peu tactiles, qui obligent toute l’équipe à la coopération” , précise le game designer  :

Écouter

2 min

2014 a été une année faste pour les Escape Games , à tel point que Céline Bouquillon réfléchit déjà à l’ouverture de nouvelles salles à Bordeaux ou encore Barcelone. “Ca a démarré très très vite. Presque trop vite pour nous, on était pas vraiment prêts pour l’affluence ”, témoigne la co-fondatrice de Prizoners.

Écouter

54 sec

Pour attirer des clients en journée, les différents sites d’Escape Games  mettent en avant le “team working ”, ou plus prosaïquement en français, "le travail d’équipe". Cette pratique consiste, pour les entreprises, à envoyer ensemble des salariés participer à des activités ludiques pour renforcer la cohésion de groupe.

A Prizoners, Quentin et ses collègues sortent ainsi de "Bastille 1935" et se préparent à découvrir les coulisses d’"Elyseum 2135" avec Alexis, qui va leur expliquer, en tant que game designer , certains processus de création :

Écouter

1 min

Les jeux d'évasion semblent avoir trouvé une formule qui marche, même s’il sont conscients de bénéficier d'un aspect "effet de mode”. Les enseignes s’efforcent toutes de proposer une expérience unique : “C’est un marché particulier, parce que les joueurs ne peuvent venir qu’une seule fois. On a donc tout intérêt à travailler avec d’autres Escape Games à Paris ”, note Céline Bouquillon :

Écouter

2 min

Les créateurs d’Escape Games  sont, jusqu’ici, une communauté. Pour promouvoir le concept, il leur faut se serrer les coudes sur un marché qui attire de plus en plus de clientèle, et, nécessairement, de plus en plus de concurrence.